Culture

Le meilleur du pire des comédies françaises, édition 2020-2021

Temps de lecture : 21 min

Pandémie oblige, ce classement habituellement annuel regroupe les deux dernières années de comédie française.

Claudia Tagbo et Jean-Pascal Zadi dans Tout simplement noir. | Capture d'écran Gaumont via YouTube
Claudia Tagbo et Jean-Pascal Zadi dans Tout simplement noir. | Capture d'écran Gaumont via YouTube

Écrire ce top m'a manqué l'année dernière. Je n'avais pas le cœur à me moquer (parce qu'il s'agit souvent de cela) d'une industrie qui va vers le bas, marquée par la fermeture des salles. Mais là, a priori, c'est reparti pour durer. Et à l'heure où j'écris ces lignes, les cinémas sont sans doute sauvés parce qu'on n'a plus le droit d'y manger du popcorn. Ouf.

D'où l'idée de prendre un peu de films de 2020 et de mélanger tout cela à la crème de la crème de 2021. Ça n'a pas été deux années pleines, malheureusement entrecoupées par des arrêts, des reprises et des faux départs. Mais à chaque fois, pour presque toutes les comédies, c'était de véritables bouffées d'air frais derrière un masque FFP2.

Je sais très bien qu'en faisant un top sur deux ans, la sélection se fait de manière encore plus personnelle. Sur soixante-dix films, à la louche, j'ai décidé d'en garder trente. Exit les drames avec deux, trois vannes, même s'il y en avait des très biens comme À l'abordage. Mise à l'écart de France, le dernier Bruno Dumont, involontairement drôle tant il est caricatural. J'ai aussi décidé arbitrairement de ne pas parler de toutes les comédies des «petits chenapans». Zappés donc Ducobu 3, Les Blagues de Toto ou encore Le Trésor du Petit Nicolas qui, lui, est passé complètement sous le radar. J'aurais voulu avoir la place de parler de Barbaque, Mince alors 2! ou encore de L'Origine du Monde, toutes pas très réussies. Mais le prochain chiffre rond intéressant, c'était cinquante. Peut-être un jour en podcast, qui sait. Et puis aussi désolé Mandibules, la livraison annuelle du Dupieux-verse, je veux ainsi laisser un peu de place aux autres.

C'est aussi l'avènement d'un nouveau genre de comédie, celle qui nous vient des plateformes de streaming. Il y a d'abord les films qui ont choisi de s'y réfugier plutôt que de mourir. Netflix et Amazon se battent à coups de millions de dollars pour savoir qui va récupérer la plus pourrie. Et puis, on va sans doute voir de plus en plus de productions directement produites par elles. C'est un nouveau phénomène un peu accentué par le Covid mais avec lequel il va falloir désormais compter.

Et puis enfin, je n'ai pas inclus pour des raisons déontologiques Les Méchants pour la simple raison que j'y fais une figuration. Ce qui me permet de lancer un appel: si vous souhaitez être certain que votre film ne figure pas dans cette liste, contactez-moi. Une apparition, à peine une pige et hop, on n'en parle plus. Voyez ce que je suis prêt à faire après deux années de cinéma audacieux.

Rappel, ce top se lit de la fin (trentième et donc meilleur film) jusqu'au numéro un, le pire film de ces deux années. Les anciennes éditions de ce top sont disponibles ici: 2013 | 2014 | 2015 | 2016 | 2017 | 2018 | 2019.

30. «Tout simplement noir»

La France manque de bons «mockumentaries» (ou «documenteurs» comme on dit en français). Et celui de Jean-Pascal Zadi et John Wax est tout simplement hilarant. Tirant à boulets rouges sur tout le monde et en particulier sur lui-même, Zadi invite toute une ribambelle de grands noms de la comédie, offrant à plusieurs de leurs comédiens les meilleures scènes qu'ils aient jamais tournées. Il y a les inoubliables Lucien Jean-Baptiste et Fabrice Éboué, au bout d'eux-mêmes, mais il ne faut pas oublier une autre star: Fary, dans son propre rôle fantasmé. Une prestation qui méritait un César. C'est bordélique, plein d'énergie et de bonne humeur sans se détourner de son sujet primordial, la place des Noirs dans le cinéma français. C'est l'anti-Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?.

29. «Fragile»

L'ère des romcoms au cinéma est désormais révolue. Elles ont toutes été absorbées et liquéfiées dans les plateformes de streaming qui les conçoivent selon des cahiers des charges précis et sans doute rébarbatifs, quitte à en faire des séries, beaucoup plus adaptées au «binge watching». Dans ces circonstances, il faut accueillir Fragile, romcom très simple et solaire, comme une bénédiction. Soit l'histoire classique d'un jeune gaillard pas débrouillard qui va essayer de reconquérir l'élue de son cœur par la danse, le tout dans la ville de Sète. Ça ressemblerait presque à du Kechiche, à cela près qu'il n'y a ni sexe frontal ni scène de bouffe dégoulinante. Juste des jeunes comédiens qui donnent tout ce qu'ils ont. Un régal du genre.

28. «Effacer l'historique»

Kervern et Delépine sont des habitués des cimes de ce classement, toujours réguliers et appliqués dans leurs productions. Effacer l'historique est de loin leur film le plus tenu d'un bout à l'autre, sans doute le plus ambitieux visuellement, pourvu que l'on aime l'esthétique morose des banlieues pavillonnaires. Le trio formé Gardin, Podalydès et Masiero, uni contre une machine qui les dépasse, donne au film cet habituel humour mélancolique d'une «société où tout fout le camp». Les ennemis ici sont l'industrie du VTC, les chantages à la sextape et globalement les réseaux sociaux. Une comédie toujours un peu actuelle et pas forcément feel-good.

27. «T'as pécho?»

Attention à ne pas confondre T'as pécho? avec En passant pécho. Alalalala, pas du tout la même chose. T'as pécho? raconte les turpitudes d'ados qui grandissent. L'inspiration, c'est Les beaux gosses, et le film est toujours un peu trop beau pour être vrai de ce côté-là: une fille magnifique qui, pour 10 balles, va donner des cours de «péchotage» à une bande de losers sympathiques. Le film devient vraiment touchant quand il s'attarde sur les parents, à savoir Ramzy Bedia, Vincent Macaigne et Sophie-Marie Larrouy, un peu désemparés devant ces gamins qui ont grandi trop vite. La bande-annonce n'y fait quasiment pas référence, et c'est dommage. Ils sont aussi le cœur de cette comédie sur le passage délicat de l'adolescence.

26. «Antoinette dans les Cévennes»

Dans une année normale, il n'est pas dit qu'une comédie comme Antoinette dans les Cévennes se fasse remarquer. Pourtant, le succès populaire était bien là et il fallait du nez pour sentir que Laure Calamy allait devenir la star qu'elle est aujourd'hui. Dès la première scène où elle se déshabille dans la classe avec ses élèves, elle arrive à créer une ambiance très particulière et assez réjouissante. Difficile de ne pas la trouver attachante, et le film tout entier est un véhicule à son talent.

25. «Selfie»

Sorti en janvier 2020, à une époque forcément plus clémente et différente, Selfie est un projet omnibus de plusieurs histoires liées entre elles par l'obsession des réseaux sociaux. Evidemment, le résultat est forcément inégal, mais certains sketchs sont vraiment hilarants, en particulier celui de Blanche Gardin et Maxence Tual qui font tout pour gagner des followers sur les réseaux en utilisant la maladie de leur enfant. Est-ce cynique et amoral? Complètement, et c'est ça qui est vraiment rigolo.

24. «Le sens de la famille»

Il manquait un genre de film à Franck Dubosc et à Alexandra Lamy, c'est celui du «body swap», un grand classique de la comédie. Et celle-ci implique toute une famille entière qui mélangent les personas dans leur différents corps. L'idée est plutôt bonne, et on peut voir de gros efforts en ce qui concerne l'écriture et l'acting pour rendre la situation rigolote et compréhensible. Certes, l'histoire ne va pas dans une noirceur qui l'aurait rendue mémorable, même s'il y a quelques passages chelous concernant les enfants. La cerise sur le gâteau de cette comédie, c'est qu'elle offre à Franck Dubosc l'occasion d'aller encore plus profondément dans sa démence, en lui faisant jouer des enfants.

23. «C'est quoi ce papy?»

Si un jour, on m'avait dit que le troisième opus de la grande saga familiale C'est quoi cette famille? serait classé si haut, je ne l'aurais pas cru. Pourtant, le dernier épisode de cette grande trilogie est clairement le meilleur de tous, avec un Patrick Chesnais encore plus acariâtre que Chantal Ladesou, tout ça pour un clash au sommet. Chapeau les artistes. Le truc positif, c'est que tous les enfants jouent de mieux en mieux avec le temps, et ont tous désormais un gimmick ou une attitude qui les distingue des autres. Mention spéciale à la fille qui voulait faire bonne sœur en mode Christine Boutin et qui se dit qu'elle essayerait quand même bien avec un demi-frère éloigné. Cela, en plus du reste, fait que cet épisode est celui qui a le plus de personnalité.

22. «Pourris gâtés»

Devinez quel est le film français le plus vu dans le monde cette année. Bon, tout ceci n'est que théorique mais il s'agirait bien de Pourris gâtés depuis qu'il est disponible mondialement sur Netflix. Quelle ironie pour le remake d'un film, cette fois-ci mexicain. L'histoire est simple, celle de Gérard Jugnot, PDG millionnaire, qui décide de donner une bonne leçon à ses enfants tous gâtés pourris, d'où le titre. La morale du film, évidemment, c'est la victoire de la valeur travail, qui remet dans le droit chemin les sales mioches. Ça serait une comédie vraiment pas terrible s'il n'avait pas la présence mémorable de Tom Leeb, venu essayer d'extorquer de l'argent en séduisant la fille du PDG. Ce qui rend savoureuse sa prestation, c'est qu'il passe tout son temps à imiter l'accent espagnol, cachant sa véritable identité. Complètement ironique quand on connaît la carrière de son père Michel, il offre là à une comédie complètement oubliable une proposition délicieuse de véritable méchant. Il est au top et il n'y a rien de tel qu'un bon super-vilain pour remonter le niveau.

21. «Mystère à Saint-Tropez»

Ça aurait pu être le début d'une grande et glorieuse franchise, comme le préfigure le logo de Jacquouille la Fripouille en pré-générique. Malheureusement, Mystère à Saint-Tropez est une machine très coûteuse qui marche un peu à vide. Ça voudrait être le À couteaux tirés des comédies françaises avec plein d'idées. Malheureusement, elles ne sont pas toutes maîtrisées, loin de là, puisque tout le monde est en roue libre, mais chacun de son côté. Imaginez tout un film où le majordome, Jérôme Commandeur, a décidé d'imiter la voix de Mickey pour tenir son rôle. Tout. Le. Film. Et Vincent Desagnat qui joue un artiste grec efféminé en mode complètement random. C'est clairement mieux filmé que la plupart des films de cette année, mais ça va tellement dans tous les sens qu'on en ressort fatigué.

20. «Le Discours»

Préparez-vous, les adaptations de Fabcaro, ce n'est que le début. Le Discours est une adaptation d'un roman du célèbre auteur de BD (dès février prochain, Zaï Zaï Zaï Zaï débarquera sur les écrans). Ce n'est pas une entreprise facile, puisque tout se déroule au cours d'un repas mais aussi dans la tête du personnage principal, incarné par Benjamin Lavernhe. C'est techniquement une des plus grandes réussites dans l'année mais le résultat final a du mal à sublimer le bouquin. On apprécie quand même l'initiative.

19. «Opération Portugal»

Sur le papier, on a tout d'une comédie cheap au «racisme gentil» qui se moque des communautés. Mais il faut voir avec quelle candeur Tal et ses compères s'embarquent dans cette histoire. Celle d'un flic arabe qui se déguise en Portugais pour infiltrer un gang de maçons qui trafiquent de la drogue. Certes, c'est dégueulasse et il n'y a rien qui va. Et c'est pas beaucoup plus brillant en vrai. Dans sa première scène, l'agent de police se retrouve le sexe collé à la porte d'un camion frigorifique. Et ce n'est que le début. Mais en vrai, c'est si bas du front que c'est complètement désarmant. Opération Portugal est peut-être la comédie si-nulle-qu'elle-en-devient-géniale de l'année. Pour vous dire le niveau, à un moment il y a un match France-Portugal et le brave policier infiltré ne peut s'empêcher d'être dégoûté de voir Ronaldo et ses partenaires gagner, tout en maintenant son accent nul avec des «ch» au début et à la fin des mots. «C'est un plaisir coupablch», comme il le dirait lui-même.

18. «Présidents»

On est dans la frange plus «intello» de ce classement, avec Anne Fontaine qui imagine un Nicolas Sarkozy souhaitant faire un come-back politique. Dans cette uchronie complètement absurde, il se rend en Corrèze pour convaincre François Hollande de s'allier avec lui. Jean Dujardin et Grégory Gadebois semblent s'en donner à coeur joie dans cette fable écrite dans la tradition des comédies de satires politiques, dont les derniers représentants sont Quai d'Orsay et Le Poulain. Ce n'est pas toujours rigolo, mais en s'affranchissant beaucoup de la réalité, Présidents offre aux comédiens l'occasion d'aller dans l'émotion. Et ce n'est pas quelque chose qu'on a l'habitude de dire des hommes politiques sus-cités.

17. «Le Prince oublié»

Qui se souvient encore du Prince oublié? Pas grand monde, justement. Il restera dans les mémoires comme le film que Michel Hazanavicius a préféré réaliser plutôt que le troisième OSS 117. Un papa qui vit seul avec sa fille invente des histoires pour endormir sa fille. Malheureusement pour lui, elle grandit et s'éloigne de lui, détruisant tout l'imaginaire qu'il a essayé de mettre en place. Toute cette histoire serait infiniment plus mémorable si Pixar n'avait pas peu ou prou la même chose avec Vice-versa, et en mieux.

16. «Terrible jungle»

Voilà un cas bien particulier. Une comédie bien écrite et même bien réalisée, mais où le seul truc vraiment rigolo, c'est Jonathan Cohen en roue libre. Peut-être que dans une France pré-Covid, on aurait accompagné la sortie de ce film d'une haie d'honneur. Mais aujourd'hui, avec la surexposition de JoCo, entre Fucking Fred et la première saison de La Flamme, Terrible jungle montre à la fois l'efficacité et les limites d'une machine à rire formidable, entouré par plein d'éléments nettement moins investis, ou alors pas forcément dans le même délire.

15. «La Pièce rapportée»

Je suis avec beaucoup d'intérêt les films d'Antonin Peretjatko à qui l'on doit La Fille du 14 juillet et La Loi de la Jungle, et j'étais partant pour le voir réaliser une satire bourgeoise. Philippe Katerine prend pour la première fois le métro à 45 ans et tombe amoureux d'Anaïs Demoustier, une guichetière pleine d'entrain. Sa mère incarnée par Josiane Balasko s'y oppose. Et pendant une trentaine de minutes, le temps d'installer la situation, les personnages et quelques gags proches d'une BD caricaturale, le film commence à tourner à vide, malgré le personnage de marâtre de Balasko, jamais aussi géniale que quand elle doit être odieuse. À la fin, on finit par trouver le temps long et le film beaucoup moins mordant. Assez décevant et c'est bien dommage.

14. «30 jours max»

Ah notre fix régulier de la bande à Fifi! Cette fois-ci c'est au tour de Tarek Boudali de revenir avec une comédie de flic ultra classique. Un policier nul découvre qu'il n'a plus que trente jours à vivre (évidemment c'est une erreur) et décide de donner un sens à sa vie, à savoir pécho la fille qu'il aime et coffrer un gros mafieux joué par José Garcia. Évidemment, on a tous en mémoire les gros relents homophobes «mais c'était pour rire!» d'Épouse-moi mon pote. Dans 30 jours max, il n'y en a pour ainsi dire plus. Il y a certes un passage ultra caricatural sur le Mexique mais hé, eux ils ne vont pas se plaindre. Du coup, il reste la recette de la bande à Fifi: un enchaînement de cinq gags à la minute, souvent déjà vus ailleurs, pas toujours très fins, sans aucune cohérence logique, mais dans le lot, il y en a bien quelques-uns qui fonctionnent. À l'usure. Car telle est la méthode de la bande à Fifi. Tout tenter. Je suis partagé entre «un peu mieux», «moins atroce» et «encore la même chose».

13. «Kaamelott – Premier volet»

Le saviez-vous, Kaamelott sort en Russie en janvier 2022. Il va falloir faire vite pour les mettre au courant de ce qui arrive car ils ne sont pas nombreux à connaître la série. J'ai donc décidé de me mettre dans la peau du peuple russe et de me lancer dans Kaamelott sans rien connaître. Et en réalité, c'est assez simple: le roi Arthur a renoncé au trône, a rendu Excalibur et s'est exilé. Les deux heures de film se consacrent à ce lent retour. Mais Arthur n'en a rien à foutre de tout ça. Même si on ne connaît pas l'univers de Kaamelott, le film est complètement compréhensible mais il n'en devient pas drôle pour autant. Ce n'est pas si éloigné de ce que fait par exemple Édouard Baer, et de ses films qui tournent autour du concept de «lui l'artiste qui se pense génial entouré par une bande d'abrutis». Réalisation mise à part, je vous le dis comme un néophyte: il y a de sérieux problèmes de ton dans les dialogues, où tout le monde parle exactement sur la même tonalité, une sorte d'Audiard de capes et d'épées, et où tout le monde ne joue pas toujours très bien. Je dois confesser que je n'ai pas vraiment rigolé, à part lors des scènes d'Alain Chabat, véritable MVP du film, et de la rencontre inouïe de Christian Clavier et de Sting. Ça, pour moi, c'était littéralement Noël.

12. «Les Bodin's en Thaïlande»

Attention, ceci n'est pas un monde alternatif, mais notre bonne vieille Terre. Plus exactement en France, où Les Bodin's en Thaïlande ont fait un million et demi d'entrées, soit le sixième plus gros box-office pour un film français en 2021. Troisième film de la franchise dont j'ignorais pour ainsi dire tout, elle met en scène madame Bodin, 80 ans, et son fils débile de 50 piges qui prennent des vacances en Thaïlande pour se remonter le moral. Et. C'est. Tout. Il y a des blagues à base de chambres givrées car la clim est branchée au max. Bon, je ne vous raconterai pas de salades, ce n'est pas ma came du tout, mais quand j'avais 10-12 ans, je me souviens avoir bien rigolé devant les sketchs des Vamps, un univers pas si éloigné de celui des Bodin's. Et soulignons une quasi prouesse: ils arrivent presque à esquiver toutes les blagues gênantes sur les ladyboys, une politesse dont s'étaient affranchis Pattaya et la plupart des films situés à Bangkok.

11. «Les Tuche 4»

Tuche 3 > Tuche 4 > Tuche 1 > Tuche 2, et ce classement devrait sans doute être final, ce dernier opus faisant quatre fois moins d'entrées que le précédent (tout en étant le neuvième film le plus vu en salle cette année). Qu'est-ce qui les différencie? Le thème et quelques vannes, mais c'est tout. Jeff Tuche décide de reprendre une usine pour concurrencer son beau-frère (Michel Blanc). Must de l'épisode, Jeff a décidé de court-circuiter son rival, un simili-Amazon, avec un tout nouveau jouet, «Toto le bâtard». Si ce point de scénario vous fait sourire, c'est bon, Les Tuche 4 encore pour vous. On n'est presque pas étonné du peu de place offerte à tout le reste de la famille, clairement ils ont envie de passer à autre chose et on ne leur en voudra pas. Ce qui choque le plus, c'est de voir à quel point la franchise Les Tuche est devenu une entreprise qui se prend extraordinairement au sérieux.

10. «OSS 117: Alerte rouge en Afrique Noire»

À un moment, le réalisateur Nicolas Bedos apparaît dans le film pour faire une mine dégoûtée quand OSS 117 passe à côté de lui, sur l'air de «Qui c'est ce ringard?» Cela signifie plusieurs choses: d'abord, il n'a pas pu s'empêcher de se mettre dans le film, et on le comprend un peu, lui qui sera complètement caché lors de la promo. Deuxième chose: il indique à quel point il est supérieur à l'espion ringard, Dujardin l'acteur, et même à tout le phénomène OSS. Là non plus, il ne pouvait pas résister. On sent que ce n'est pas son œuvre personnelle, qu'il a réécrit cela parce que, comme son caméo, il ne peut pas s'en empêcher. Mais au fond, Bedos se fout bien de OSS 3. Et tout cela se voit et se sent durant tout le film, où seul le début, parodie de l'administration et de l'enfer des bureaux, essaye encore quelque chose. Mais c'est un sacré gâchis, comme si ce film existait désormais pour qu'on puisse parler du «moins bon des OSS».

9. «Haters»

Au cours de deux années particulières pour le cinéma, il faut admettre que Haters est une vraie lueur d'espoir. Pas pour Kev Adams, soyons sérieux. Ni sur la qualité même du produit, celle-ci ne fait aucun doute. Pas sur la prestation des dizaines de caméos tous plus lourdingues les uns que les autres (ça va du meilleur avec Franck Dubosc qui essaye de jouer comme dans Split de Shyamalan, jusqu'à Jean-Claude Van Damme qui a filmé sa séquence à l'iPhone depuis sa chambre d'hôtel). Pas non plus pour les scénaristes: ici on est devant une idée proposée par Kevin Smith il y a des décennies, étirée sur une heure et demie, à savoir deux gus qui vont frapper à la porte de leurs détracteurs, un par un. Non, s'il y a une chose positive à retenir, c'est savoir que quand les temps sont durs, il suffit de frapper aux portes des plateformes, en l'occurrence Amazon: ils achètent visiblement tout et n'importe quoi.

8. «8, rue de l'humanité»

A la question de philo «Qu'est-ce que l'audace?», on pourra désormais répondre 8, rue de l'humanité, une comédie produite par Netflix sur le confinement. Les auteurs de ce hold-up cynique sont le réalisateur Dany Boon et sa compagne, l'actrice Laurence Arné. Si vous pensiez qu'il est trop tôt pour rire du Covid, rassurez-vous, d'autres n'ont pas les mêmes scrupules que vous. Jamais audacieux pour un sou, ce film d'une étrange pauvreté visuelle (sans doute liée au confinement justement) pompe même des vannes à droite à gauche. Si vous avez aimé le jeu entre «pain de mie» et «pandémie» de Problemos, vanne qui a pas mal tourné sur Twitter, rassurez-vous, ils la refont ici. C'est un foutoir désorganisé où se mélangent Dany Boon le parano, un savant fou (Yvan Attal en roue libre, façon Champignac), un papa toxique (François Damiens) et un couple d'influenceurs (Tom Leeb et Alison Wheeler, de très loin les meilleurs du lot). Mais ce qui rend le film assez méprisable, c'est sa volonté de retomber sur ses pattes et de ne surtout pas s'engager. Véritable robinet à eau tiède illustrant ces mois de merde qu'on a tous vécus, il veut faire un grand pont qui nous unit tous, les paranos, ceux qui se moquent, ceux qui risquent leur vie dans les hôpitaux, les conspirationnistes et ceux qui applaudissent à 20 heures. Tout se vaut dans ce petit monde, mais au fond on a envie de dire «plus jamais ça».

7. «Tout nous sourit» / «Chacun chez soi»

Qu'est-ce qui se passe avec Stéphane De Groodt? Il a l'air malheureux, jamais content d'être là. Est-ce qu'il est content de jouer dans ses films? Elsa Zylberstein, c'est bon, on est habitué à ce qu'elle joue les femmes trompées dans des comédies bourgeoises de mœurs jamais vraiment intéressantes. Mais au moins, elle fait ça comme une pro et elle y met du sien. Mais De Groodt, que ce soit avec elle ou Michèle Laroque, il y va toujours avec le frein à main et ça se voit. Est-ce cet éternel rôle de patriarche un peu désabusé qui le rend comme ça? Toujours les mêmes intrigues? Notez par ailleurs que Stéphane de Groodt et Zylberstein sont, avec Ary Abittan, les stars de La vertu des impondérables, le film «culte» de Claude Lelouch, tourné à l'iPhone et sorti directement en vidéo en 2020 à cause du Covid. Celui où un attentat à la bombe est montré de manière positive car il y a toujours une source de bonheur après un gros malheur. Surprise, De Groodt y a l'air à peine plus heureux.

6. «Les Fantasmes»

Les Fantasmes n'est pas un film insultant. Ce n'est même pas consternant. C'est juste vraiment nul. Plus inspirés dans Jalouse avec Karin Viard, les frères Foenkinos reviennent en quelques sketchs avec des acteurs connus sur le thème des fantasmes des Français. Il y a ceux qui jouent des rôles, les asexuels, le couple lesbien (Monica Bellucci et Carole Bouquet, catastrophiques), la sextape. Tout est superficiel, propre et gentil, pas un seul segment pour sauver cette entreprise qui prend l'eau à chaque fois que l'espoir renaît à l'arrivée d'une nouvelle thématique. C'est pathétique de bout en bout.

5. «Brutus vs César»

Le principal gag dans Brutus vs César, c'est que Brutus tombe. S'il marche trop vite, implacablement, il chute. Conçu comme un clone cheap d'Astérix & Obélix: Mission Cléopâtre, dont il va jusqu'à reprendre certains acteurs et gimmicks, Kheiron n'a ni les moyens ni le savoir-faire pour produire une comédie péplum qui se tienne. Même quand il joue sur les anachronismes, tous les effets tombent à plat. À côté, Kaamelott – Premier volet, c'est du Kubrick. Au cinéma, il n'aurait sans doute pas fait beaucoup d'entrées et, disons-le franchement, à ce niveau de qualité, ça serait de l'arnaque. Mais en le vendant à une plateforme, en l'occurrence Amazon, le problème, c'est que les gens peuvent désormais le voir. Et personne n'est préparé à voir Pierre Richard mimer un coït.

4. «Divorce Club»

Ben, tout juste divorcé, est sauvé de la déprime par son pote Patrick, millionnaire qui l'invite dans sa villa pour retrouver les plaisirs de la vie. Ils fondent le Divorce Club. Les deux gus sont Arnaud Ducret et François-Xavier Demaison qui, je l'avoue, sur le papier, ne me font pas rêver. Dans les faits, ça se confirme, c'est jamais ouf. On est face à une «romcom de bonhommes» hallucinante de débauche de fric, un monde où casser des bagnoles n'a aucune importance sauf si c'est «une Ferrari avec une valeur affective». Cette dernière comédie de Michaël Youn est complètement vulgaire, prévisible, méga lourdingue. Et surtout, elle est complètement impersonnelle.

3. «Merveilles à Montfermeil»

Attention, le prix de la comédie hors sol est décerné à Merveilles à Montfermeil. Une nouvelle mairesse en plein divorce décide de relancer la ville de Montfermeil. Honnêtement, ce qui s'y passe est indescriptible. Pavé de bonnes intentions humanistes et d'une approche quasi contagieuse de la joie de vivre de Kusturica, on ne demandait qu'à y croire. Pourtant, je mets ma main à couper que personne ne s'y retrouve, ni les gens qui habitent là-bas, ni les responsables de cette zinzinade. Artistiquement, c'est assez catastrophique. C'est à la fois burlesque, simili-poétique, volontairement politique, et totalement embarrassant pour tous les gens impliqués. Si ces années étranges nous ont donné Bac Nord, il ne faut pas oublier qu'on a eu aussi le Banlieue Est de l'humour.

2. «Oranges Sanguines»

Je m'interroge souvent sur la manière dont l'humour vieillit. Et je peux vous assurer qu'Oranges Sanguines est clairement le genre de film écrit par des gars qui se croient super marrants en 2021. Et que tout cela va très très mal vieillir. Cynique du début à la fin, cette comédie sociale se rêve aussi en film d'horreur transgressif, un peu épate-bourgeois, avec quelques acteurs connus venus s'encanailler (Denis Podalydès, toujours présent). Même Blanche Gardin y passe, pour une redite de son personnage qu'on commence à vraiment bien connaître. Passent encore les discours un peu réac, ce qui est un peu fataliste mais presque inévitable quand on parle de comédies françaises. Ce côté provocateur m'évoque plutôt ces gus qui hurlent de joie sur les effigies brûlées dans les manifs, ce qui n'a jamais été trop ma came. Le climax du film, c'est un homme politique forcément dégueulasse et corrompu qui se fait sodomiser. Et je vous le dit comme un amoureux des «revenge movies» en tout genre, ceux avec des katanas et des shotguns, j'en ai vu d'autres, des castrations gore au cinéma. Mais ici, il y a un truc assez gerbant dans la volonté cathartique de faire rire de ça. Donc si on pouvait avoir des comédies sans viol, ça serait un grand pas.

1. «En passant pécho»

Parfois, on se demande comment ce genre de choses peut arriver. Je ne sais même pas s'il s'agit d'un film. C'est comme si tout le monde avait essayé d'effacer ce bidule de la mémoire collective aussitôt disponible. Adapté d'une web-série, En passant pécho est un «stoner», et pas un très bon dans le genre. Il y a beaucoup d'énergie dans l'entreprise, mais avec très peu de résultats, avec la même détermination qu'un poulet sans tête, venu mourir dans le cimetière des éléphants du cinéma, les plateformes de streaming, Netflix en l'occurrence. C'est le pire film possible et imaginable, avec une aura complètement nanardesque propulsée par les deux comédiens au sommet de leur art. J'avoue, j'ai une fascination pour Hedi Bouchenafa, déjà sacré «meilleur acteur d'une pire série», à savoir Marseille de Netflix. Mais en toute franchise, rien ne va, rien n'a de sens, et l'esprit nul du film ne lui vaudra même pas une place dans les nuits Nanarland dans dix ans. C'est vraiment physiquement douloureux, et c'est pour cela que c'est ce qui s'est sans doute fait de pire en deux ans. En fait, la seule chose vraiment drôle de ce film, c'est quand on apprend qu'il est réalisé par le fils de François Hollande. C'est dire le niveau de la blague.

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