Culture

Clamecy, la petite ville de 4.000 habitants qui a inspiré un album électro

Temps de lecture : 4 min

Guillaume Alric s'est exilé du duo The Blaze le temps d'enregistrer un album en solo sous le nom d'Enfant Sauvage, pour lequel il a fait participer des dizaines d'habitants de son village d'enfance, dans la Nièvre.

Guillaume Alric, alias Enfant Sauvage, est revenu dans son village d'enfance, Clamecy, pour enregistrer l'album Petrichor. | Sofiane Boualia
Guillaume Alric, alias Enfant Sauvage, est revenu dans son village d'enfance, Clamecy, pour enregistrer l'album Petrichor. | Sofiane Boualia

«J'ai voulu montrer Clamecy parce que les gens d'ici, je les trouve beaux et parce que ces petits villages de France, on n'en parle pas beaucoup.» Guillaume Alric –Enfant Sauvage sur scène– s'est provisoirement éloigné de The Blaze le temps d'un album d'électro introspectif, véritable déclaration d'amour à sa ville d'enfance, Clamecy. Ce petit village bourguignon de 4.000 habitants appartient pour certains à une partie de cette France oubliée.

Bien loin des bruits de la ville, Guillaume Alric a connu minot les samedis à se baigner avec les potes dans l'Yonne, et les sorties de lycée à traîner sur les marches du petit musée pour tuer l'ennui. L'été, il s'improvisait éclusier pour frayer un chemin aux bateaux de plaisance.

À Clamecy, l'un des terrains de jeu des ados ou le lieu de balade de leurs parents, c'est aussi l'immensité déroutante du bois de Creux, les bords de rivières et les quelques bars de la ville. Comme d'autres de cette France oubliée, Guillaume a grandi au cœur de rues désertes au crépuscule et parcouru des kilomètres à vélo à travers champs –pour le sport comme pour faire des conneries.

«Ici, quand les gens s'adressent à toi, ils regardent au loin tellement l'espace est étendu», décrit-il. Et tout le monde se connaît: «C'est assez bizarre car quand tu es jeune ici, tu n'as qu'une envie: te barrer. Tu regardes avec des jumelles la ville, au loin. Mais en même temps, tu te rends compte de la chance que tu as de vivre ici car ton groupe de potes, tu le connais depuis la maternelle. Ce sont des frères.»

Guillaume Alric a casté plusieurs des frères en question pour les besoins de ses clips, aidé de Max, le barman du rade de la ville. Ce même bar-tabac, aux pochettes de vinyles accrochées sous le comptoir où l'on profite d'acheter ses clopes pour remplir une grille de loto, a été transformé en véritable studio de tournage. «On faisait défiler les figurants là-bas, près du flipper», se souvient le serveur de ce «lieu de vie», Clamecycois depuis toujours.

«Sois toi-même et tout va bien se passer»

C'est aussi dans cette ancienne ville industrielle, terre d'ouvriers, qu'Enfant Sauvage a goûté aux premiers émois musicaux. Sur les hauteurs, surtout, près du lycée du village. La «Ferme Blanche», sorte de MJC de quartier, abrite une batterie et une petite scène; il s'y rendait souvent. Aujourd'hui, elle habille l'un de ses clips, qui met en scène une énorme soirée qui finit mal, mais aussi des amoureux. Si les deux acteurs principaux de cette série de trois clips sont de véritables comédiens, la soixantaine de figurants étaient déjà à domicile.

Photo: Sofiane Boualia

«Quand j'ai commencé à mûrir le projet, j'ai demandé au serveur de mon QG d'en parler à tous les habitués qui passaient par là», raconte Guillaume Alric. Les réactions étaient parfois mitigées: «Les habitants étaient au départ très pudiques à l'idée de se mettre devant une caméra.»

C'est le cas d'Alexia. Être dirigée par une vraie équipe technique de plus d'une vingtaine de personnes n'a pas été une mince affaire pour cette infirmière de 25 ans, qui s'est donc improvisée actrice l'espace de quelques jours: «J'avais jamais fait ça, j'étais tellement stressée! Avant de tourner, je me disais que je n'allais pas en être capable. Mais ça a été si enrichissant. Je ressens une petite fierté.»

Thibault, avec qui Guillaume a fait les 400 coups plus jeune, a lui aussi «halluciné» de l'organisation. «Je ne pensais pas que ça allait être aussi gros», décrit-il avec des yeux encore embués de joie. D'autres, se souvient Guillaume, se sont fait quelques films quand on leur a proposé de participer au projet: «Quand j'ai commencé à en parler, certains m'ont dit qu'ils allaient venir faire des allers-retours avec leur moto. Mais non! J'ai dû leur expliquer qu'il allait falloir jouer… Ils ont flippé, ils n'ont jamais eu cette expérience. Il a fallu rassurer et leur dire: Sois toi-même et tout va bien se passer.”»

Guillaume Alric est connu comme le loup blanc dans son village. Il suffit qu'il fasse quelques centaines de mètres pour croiser des amis. Puis, d'autres, attablés au rade de la ville. À chaque recoin de Clamecy son souvenir: «Je prenais cette rue pour rentrer chez mes parents», explique-t-il en montrant du doigt. «Et ce petit chemin là-bas, c'est celui que j'empruntais tous les jours pour revenir du lycée!»

Faire honneur à sa ville d'enfance est un projet qu'il mûrit depuis longtemps. Ce qui devait être au départ un projet photo –Guillaume a fait des études de photographie à Montpellier– s'est transformé, comme une évidence, en un projet musical.

Photo: Sofiane Boualia

«J'étais confiné à Paris, mais j'ai composé ces chansons en regardant les photos que je prenais à l'époque, pour me ré-imprégner de la ville», raconte celui qui, se remémorant ses souvenirs d'adolescent, a longtemps marché dans le bois de Creux pour trouver une certaine forme d'oisiveté créatrice. Mais alors, comment traduire en musique une ville, ses couleurs et son essence? «J'ai fait en sorte que mes sons soient très organiques. En utilisant des synthétiseurs analogiques, par exemple. Que le résultat sorte des carcans.»

Aujourd'hui encore, Guillaume Alric ressent une forme de liberté à Clamecy. «Le temps ne passe pas pareil ici, on est beaucoup plus contemplatif que dans une grande ville», affirme-t-il, confirmant les dires de sa pote Alexia qui, elle, n'a jamais vécu ailleurs que dans son village.

Photo: Sofiane Boualia

À quelques centaines de mètres du bar du quartier où se retrouvent les habitués, non loin de la rivière de Beuveron surnommée «la Petite Venise», se trouve un petit cinéma. Une fois la série de clips terminée, Guillaume Alric a convié tous les habitants à s'y rendre pour une avant-première.

Un moment joyeux et émouvant, raconte-t-il. «C'était dingue de se voir sur grand écran», confesse Alexia. Il est clair que Petrichor, le premier album solo d'Enfant Sauvage, peut difficilement mieux flatter ce village et ses habitants chaleureux. Rien qu'avec le titre qui ouvre la danse: «58500», comme le code postal de Clamecy.

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