Sciences / Société

Ivre, il devient ce qu'il s'attendait à devenir

Temps de lecture : 2 min

La prophétie auto-réalisatrice de l'ivresse. 

L'alcool nous donnerait en fait une bonne excuse. | Kampus Production via Unsplash 
L'alcool nous donnerait en fait une bonne excuse. | Kampus Production via Unsplash 

Peut-être vous réveillez-vous d'une soirée (trop) arrosée. Les souvenirs de la veille défilent dans votre tête: vous y étiez plus triste, plus extraverti, plus drôle, plus sociable ou même plus agressif qu'en temps normal. Vous placez l’alcool comme responsable, la réalité est un peu plus complexe. Nos attentes face à l'alcool influencent nos comportements alcoolisés, nous explique David Robson, journaliste scientifique, dans BBC Future.

En principe, l’éthanol, le produit chimique actif dans les boissons alcoolisées est censé avoir un effet plutôt dépressif. Un effet plutôt inverse à ce que provoque l’alcool chez de nombreuses personnes. Pour comprendre ce phénomène, plusieurs scientifiques se sont penchés sur la question et ont découvert une sorte d'effet placebo de l'alcool.

Laurent Bègue est professeur de psychologie sociale et chercheur à l’Université Grenoble Alpes. Il a notamment étudié dans le cadre d’une thèse les «effets d'attentes de l'alcool sur le comportement agressif». En 2008, avec d’autres scientifiques, ils soumettent une centaine d’hommes à un test: certains ont un verre sans alcool, d’autres avec un taux moyen et le reste avec un taux élevé. Les personnes ne connaissent pas la dose d’alcool qui leur est donnée, les cocktails ont tous le même goût pour éviter que les participants essayent de deviner leur dosage.

Ensuite, pour mesurer leur niveau d’agression, chacun est associé à un acteur qui doit jouer un personnage hostile. Les participants ont la possibilité de se venger en assaisonnant son assiette de purée avec de la sauce piquante et du sel, plus le participant s'imagine être intoxiqué et plus il utilise ces ingrédients. Et ce, peu importe l'alcool réellement ingéré.

En 2013, Laurent Bègue mène une nouvelle expérience. Comme dans sa première étude, les personnes ne connaissent pas le contenu de leur verre. Mais à la fin de l’expérience, ceux qui s’estiment le moins sobre se trouvent en fait les plus beaux.

Plus de risques

Bègue n’est pas le seul chercheur à s’être penché sur cet «effet d’attente». À l’université de Colombie-Britannique au Canada, Yann Cornil a montré que notre attente s'adapte aussi au cocktail ingéré. Les participants de son expérience pensant avoir ingéré un cocktail à base de vodka et redbull se sentaient plus intoxiqués que ceux pensant avoir bu un cocktail de fruits exotiques et ce même si les cocktails étaient, en réalité, strictement les mêmes. Et plus la personne pensait en amont que le mélange d’une boisson énergisante avec de l’alcool était un accélérateur d’ébriété et plus elle croyait en son état d’ébriété. De même, plus la personne pensait, au début, que l’alcool favorise une attitude plus risquée, plus elle appliquait cette attitude pendant l'expérience.

Andrew Lac, professeur de psychologie, a mené une enquête auprès de 400 participants aux États-Unis. Au jour 1 de l’expérience, les participants remplissent un questionnaire sur leur croyance quant aux effets de l’alcool sur eux-mêmes: s’ils se sentent plus courageux, calmes, sexy, sociables... Au jour 30, ils racontent leurs expériences de consommation d’alcool. Ceux qui s’attendent à des expériences positives ont davantage consommé d’alcool. Et l’ensemble des participants décrivent des attitudes proches de leurs réponses au jour 1.

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Comme l’indique David Robson, l’ensemble de ces études ont été réalisées sur des personnes saines, avec une consommation d’alcool modérée. On ne le répétera jamais assez, l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

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