Santé / Société

Longtemps, on se souviendra de l'égoïsme des non-vaccinés

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Quand débordés par l'afflux de patients, des hôpitaux déprogramment des opérations, il est légitime de se demander si les non-vaccinés mesurent les conséquences de leurs actes.

Il faut une force mentale extraordinaire pour soigner des non-vaccinés. | Vladimir Fedotov via Unsplash
Il faut une force mentale extraordinaire pour soigner des non-vaccinés. | Vladimir Fedotov via Unsplash

C'est une sorte de faille dans l'histoire de la civilisation. Alors que l'humanité dispose de plusieurs vaccins à même de réduire la gravité de la maladie à coronavirus, d'aucuns décident en conscience de s'en passer. C'est leur choix dira-t-on. Sauf que ce choix ô combien discutable entraîne une saturation des services hospitaliers, réduits à déprogrammer moult opérations afin de soigner quiconque se présente aux urgences –vaccinés comme non-vaccinés.

Par la faute de quelques esprits «éclairés» qui considèrent les vaccins comme une invention du diable et s'en font le chantre dans les médias ou sur les réseaux sociaux, des gens de tout âge, de toute condition, de tout horizon, doivent prendre leur mal en patience et attendre que les hôpitaux se désemplissent afin d'être soignés à leur tour. On imagine sans mal le degré d'exaspération de ces malades contraints de laisser leur place à des individus qui, pour un grand nombre d'entre eux eussent-ils été seulement vaccinés, auraient pu se passer de toute hospitalisation.

Sans parler de leur souffrance, de leur angoisse, de leur inconfort, des risques de voir leurs maux s'aggraver, de cette incertitude de savoir quand enfin le corps médical pourra s'occuper d'eux. De ces derniers, les non-vaccinés n'en parlent jamais. Comme s'ils n'existaient pas. Comme si c'était là chose normale, entendue. Voilà donc des gens qui refusent de prendre un vaccin susceptible de les protéger d'une forme grave de la maladie et qui n'ont pourtant aucun scrupule à occuper un lit convoité par d'autres.

Fabuleux paradoxe que d'un jour se moquer de la science et de ses avancées et le lendemain se précipiter à l'hôpital afin d'échapper aux griffes de la mort. Que diable, un peu de panache! aimerait-on parfois leur dire, à ces brillants esprits: si votre méfiance pour les progrès de la science est telle, pourquoi donc vouloir en profiter quand votre santé se retrouve en péril?

Ne seront-ce pas aux mêmes charlatans tant décriés qui vous supplient à longueur de temps de vous faire vacciner que vous allez confier ce que vous avez de plus précieux au monde: votre santé? Ces mêmes jean-foutre qui ne cessent de vous vanter l'efficacité de ces vaccins honnis, ces médecins hospitaliers, ces infirmières, ces réanimateurs, ces grandes professeures, voilà que soudain, quand votre vie est en jeu, vous les parez de toutes les vertus.

Hier super menteurs à la solde de Big Pharma, moutons dociles d'un pouvoir corrompu, incessants objets de vos moqueries, ils deviennent sitôt la maladie contractée vos sauveurs, ceux sur qui vous vous reposez afin d'éviter de finir à la morgue de l'hôpital. Comment peut-on vivre avec de pareilles contradictions? Comment peut-on se supporter quand on sait son poids d'hypocrisie, cette forfanterie qui consiste à moquer la science tout en exigeant d'elle des miracles à répétition? Comment se regarder dans la glace quand de par sa propre inaction, sa formidable veulerie, on contribue à déprogrammer des opérations qui pourraient améliorer le quotidien d'une multitude de personnes voire même empêcher de voir leur état se dégrader?

Pour suivre l'actualité de ce blog, c'est par ici: Facebook-Un Juif en cavale

J'ignore où le corps médical dans son ensemble trouve la force mentale pour continuer à soigner des individus assez farceurs pour s'être moqués de leurs (in)compétences depuis le début de la pandémie. Quelle force de caractère, quel inlassable dévouement, quelle extraordinaire humanité il faut posséder pour passer ses journées à soigner des personnes qui, vaccinées, auraient eu de grandes chances d'éviter toute forme d'hospitalisation. Et permis au personnel soignant de souffler un peu, de poser des jours de congés, de profiter de leur famille –tout sauf un luxe.

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Les non-vaccinés me font penser à ces gens qui passent leur vie à nier l'existence de Dieu et qui, une fois se sachant mourants, s'accrochent aux manches du prêtre pour obtenir le salut de la vie éternelle. Ou à ceux qui embarqués sur une croisière jurent leurs grands dieux qu'en cas de naufrage, ils seront les derniers à monter sur un canot de sauvetage et quand il arrive, sont les premiers à exiger de grimper dedans.

La même incohérence.

Et au fond, le même égoïsme.

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