Sciences

Le fait de participer aux élections est-il influencé par la génétique?

Temps de lecture : 2 min

Une nouvelle étude affirme qu'accomplir son devoir civique dépend davantage de l'ADN d'un individu que de facteurs culturels tels que l'éducation.

Les facteurs génétiques auraient aussi une influence déterminante sur le niveau d'études dont le lien avec le fait d'aller voter est conforté par cette étude. | Warren Umoh via Unsplash
Les facteurs génétiques auraient aussi une influence déterminante sur le niveau d'études dont le lien avec le fait d'aller voter est conforté par cette étude. | Warren Umoh via Unsplash

Pourquoi certaines personnes se déplacent-elles pour mettre leur bulletin dans l'urne le jour d'une élection quand d'autres préfèrent aller à la piscine? À cette question primordiale pour la bonne marche de nos démocraties correspond une ample littérature scientifique où l'on trouve, parmi les résultats les plus solides et les plus stables, que le niveau d'études est positivement corrélé au fait de participer à un scrutin. En d'autres termes, que plus les gens sont diplômés, plus ils votent, et réciproquement.

L'explication conventionnelle de ce phénomène est qu'user ses fonds de culotte sur des bancs d'école ou d'amphis est un bon moyen d'acquérir les compétences civiques et les ressources cognitives nécessaires pour avoir un tant soit peu l'impression de saisir l'intérêt du processus démocratique.

Mais avec la révolution de la génétique comportementale amorcée depuis une bonne vingtaine d'années, cette explication «exogène» n'en finit plus de prendre du plomb dans l'aile. Les travaux se succèdent pour infirmer ces hypothèses et pour montrer le rôle déterminant des variations individuelles antérieures à la scolarisation –liées au QI, aux traits de personnalité ou encore au degré de socialisation parentale– qui interviennent autant dans la propension à gravir les échelons du système scolaire que dans celle d'avoir envie de se bouger jusqu'à un bureau de vote (ou de se connecter à une plateforme numérique) le moment venu.

C'est dans ce sens que va une étude en passe d'être formellement publiée dans les PNAS. Menée par l'équipe de Christopher T. Dawes, professeur associé de sciences politiques à l'université de New York et spécialiste de «génopolitique» –soit comme son nom l'indique, de l'analyse des facteurs génétiques impliqués dans les comportements politiques–, elle exploite les données de plus de 50.000 individus aux États-Unis et en Suède. Les résultats mettent en évidence qu'un score polygénique, jusqu'alors connu pour être associé avec le niveau d'études, est aussi lié avec la propension à aller voter. Une bonne partie des facteurs qui influencent ces deux prédispositions s'enracinent dans notre ADN.

Des mesures observées grâce au score polygénique

Le score polygénique est à la génétique comportementale ce que les outils d'évaluation psychométrique sont à la psychologie et à la psychiatrie. Mais là où, pour évaluer une personnalité ou la gravité d'une maladie mentale, psychologues et psychiatres se servent d'échelles et de scores composites créés le plus souvent à partir de questionnaires standardisés, l'objectif d'un score polygénique est de fournir un indicateur génétique unique pour prédire un trait. Ce score est exprimé en valeur statistique pour mesurer, chez un individu, le poids de la génétique sur un trait ou une maladie. Ici, il est mis au point sur la base d'une myriade de variations génétiques qui sont impliquées dans l'héritabilité (tout ce que nos parents nous transmettent lorsque l'ovule de notre mère fusionne avec un spermatozoïde de notre père) du trait en question.

Dans l'étude de Dawes, les associations les plus fortes entre niveau d'études et participation à une élection ont été observées lors d'élections secondaires –les midterms aux États-Unis et les élections européennes en Suède. Soit des scrutins relativement boudés par les médias et où il est donc nécessaire de faire davantage d'efforts pour s'informer afin de s'impliquer dans le processus. Ce qui laisse entendre que les aptitudes cognitives pourraient être le troisième larron qui influerait sur l'accomplissement du devoir civique. Et, de fait, les scientifiques estiment que la capacité cognitive et le niveau d'instruction se combinent pour expliquer entre 41% à 63% de la corrélation qui lie la génétique du niveau d'études à celle qui explique pourquoi un individu est plus ou moins déterminé à se rendre aux urnes.

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