Culture

Après le pénis de Warhol sur la Lune, bientôt la première exposition d'art dans l'espace

Temps de lecture : 3 min

En 1969 (année forcément érotique), des œuvres de Warhol et Rauschenberg voyageaient secrètement vers la Lune avec Apollo 12. Un demi-siècle plus tard, l'ISS s'apprête à héberger une nano-galerie.

L'ISS, «dernière frontière de l'habitat humain», accueillira la Moon Gallery, en 2022. | NASA/Roscosmos via Wikimedia Commons
L'ISS, «dernière frontière de l'habitat humain», accueillira la Moon Gallery, en 2022. | NASA/Roscosmos via Wikimedia Commons

La mission Apollo 12 s'envolait en 1969 avec un invité secret. Un ingénieur de la NASA, «John F.», serait parvenu à y faire embarquer clandestinement le plus petit musée au monde. Le Moon Museum est, effectivement, plus petit qu'un timbre-poste. À l'initiative du sculpteur Forrest Myers, ses contemporains Claes Oldenburg, Robert Rauschenberg ou encore Andy Warhol ont gravé une œuvre (ce dernier ayant opté pour un pénis qu'il n'a même pas cherché à faire passer pour une fusée) sur une minuscule pièce de céramique.

L'œuvre a été réalisée en plusieurs exemplaires afin que les artistes puissent en conserver une copie. Quand la confession de Myers paraît dans le New York Times, le 22 novembre 1969, Apollo 12 est déjà en route. Dans l'illustration de l'article, le pouce tenant le «musée» vient opportunément masquer l'œuvre de Warhol.

En cinquante ans, les initiatives sont devenues officielles: des dessins envoyés sur la Lune, des œuvres d'art mises en orbite… Loin de l'esprit potache et spontané du Moon Museum, les projets sont désormais développés avec minutie, supervisés par des scientifiques et validés par des agences spatiales comme la NASA. C'est le cas du mini-musée de l'université Carnegie Mellon, le MoonArk, qui ne devrait pas tarder à s'envoler à l'issue d'une dizaine d'années de préparatifs.

Cette tour miniature d'environ vingt centimètres de hauteur offre une vision «kaléidoscopique de l'humanité», selon son maître d'œuvre, l'artiste et professeur Lowry Burgess. Décédé en 2020, ce pionnier de l'art spatial –en 1989, son œuvre «Boundless Cubic Lunar Aperture» était la première à voyager officiellement dans l'espace, à bord de la navette Discovery– a coordonné les interventions de 300 artistes. On y trouve un diamant, du plancton, une chanson d'amour, l'ADN de formes de vie variées, des photos et de nombreuses nano-œuvres.

Colonisation artistique

Le MoonArk, initialement programmé pour être lancé en 2021, pourrait bien être coiffé au poteau par le projet de la Moon Gallery Foundation, basée aux Pays-Bas. Cette plateforme indépendante, notamment soutenue par l'université de Leiden et l'European Space Agency (ESA), prévoit d'envoyer une nano-galerie sur la Station spatiale internationale (ISS) en février prochain. Après ce vol-test, la galerie devrait se diriger vers l'astre sélène en 2025 avec pour mission «le développement d'une culture interplanétaire», détaille un porte-parole de la plateforme.

La galerie se présente sous la forme d'un plateau carré de 8 cm de côté, qui accueillera soixante-quatre œuvres dans les cases dédiées, chacune d'une dimension maximale de 0,98 cm. Pourquoi les pièces envoyées dans l'espace sont-elles miniaturisées? «La question du poids comme de la masse, de l'encombrement, est cruciale. Plus l'objet est lourd ou encombrant, plus il est complexe à transporter dans l'espace –et coûteux. C'est la raison pour laquelle nous avons imposé cette contrainte: chaque artefact artistique doit pouvoir tenir dans un centimètre cube.»

L'exposition cosmique la plus compacte jamais réalisée: soixante-quatre œuvres viennent se nicher dans un plateau-galerie de 8 cm de côté. | Nanorack / Moon Art Foundation

Concrètement, les œuvres sont de natures aussi variées que les messages qu'elles transmettent, de l'hommage historique aux commentaires sociétaux. Un artiste italien rend hommage à Galilée, un trio nippo-américano-autrichien envisage de tester les possibles dégradations des informations contenues dans de l'ADN synthétique après un voyage dans l'espace... Il y a même des pilules homéopathiques (pour prévenir les habitants d'autres planètes des dangers supposés de l'industrie pharmaceutique), tandis que le Français Benjamin Pothier rend hommage au fameux pigment bleu d'Yves Klein.

La nano-galerie. | Nanorack / Moon Art Foundation

Un bon nombre des œuvres miniatures allient art et technologie. Lakshmi Mohanbabu, artiste et architecte singapourienne, a collaboré avec le Dr Matteo Seita du Centre d'impression 3D (SC3DP) de la très cotée Nanyang Technological University Singapore. Son œuvre, intitulée «Structure and Reflectance», a fait l'objet de nombreux essais à partir d'alliages variés pour enfin obtenir ce parfait «contraste optique sur la surface du cube, une géométrie complexe obtenue grâce à des cristaux qui soulignent la dualité des pensées et émotions humaines –une dualité à laquelle fait écho celle de la Lune, visible de tous mais dont la partie cachée est restée ignorée des hommes pendant des millénaires».

Le coût de la Lune

C'est la compagnie aérospatiale privée Nanoracks qui se chargera du convoi vers l'ISS à l'occasion de la mission de réapprovisionnement Northrop Grumman Cygnus, en février 2022. Le coût du voyage oscille, selon la nature de l'œuvre, entre 500 et 3.000 euros. Pour décrocher la Lune en 2025, il leur faudra chacun débourser entre 10 et 15.000 euros.

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L'équipe de la fondation Moon Gallery se félicite de cette première étape aérospatiale, «dernière frontière de l'habitat humain, qui nous permettra de propager nos valeurs dans l'univers. Car, même si la Lune est destinée à être la destination finale de la galerie, l'idée ne s'arrête pas là: notre travail est basé sur l'établissement du dialogue culturel de l'humanité au-delà de notre planète d'origine.»

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