Monde

Le retour du crédit à la consommation

Daniel Gross, mis à jour le 28.05.2010 à 14 h 57

La diminution des dettes et des saisies comme signes d'une amélioration.

«First in, last out» [«premier arrivé, dernier sorti»]: l'expression est bien connue dans le monde de la comptabilité-  et elle pourrait parfaitement s'appliquer à l'actuelle reprise économique. L'expansion a repris à la mi-2009, mais le secteur qui a provoqué cette crise - celui du crédit - est toujours en récession. Le feu de broussailles des dettes - crédits immobiliers non remboursés, prêts bancaires non honorés, sociétés sous la protection de la loi sur les faillites (Chapitre 11), défauts de paiements sur les cartes de crédit, prêts étudiants, crédits auto - a plongé l'économie américaine dans une grave récession. Aujourd'hui, près d'un an après le retour de la croissance, le secteur du crédit à la consommation montre toutefois de timides signes de reprise.

Les signes d'une amélioration

Prenons la partie la plus importante du crédit à la consommation: le crédit immobilier. La Mortgage Bankers Association a récemment communiqué ses chiffres pour le premier trimestre 2010. Le taux de défaut de paiement des prêts immobiliers résidentiels [residential mortgages] a atteint les 10,06% durant ce premier trimestre, soit une hausse substantielle par rapport au quatrième ainsi qu'au premier trimestre 2009. Mais d'autres éléments laissent penser que l'embellie approche. TransUnion - une société d'information sur le monde du crédit - a récemment annoncé que le taux de défaut des prêts immobiliers (le pourcentage des emprunteurs ayant deux mois de retard ou plus sur leurs paiements) a baissé durant le premier trimestre 2010, et ce après trois années consécutives d'augmentation.

D'autres signes laissent penser que la vague des saisies est elle aussi en train de retomber. Lors d'un récent petit déjeuner avec la presse, Shaun Donovan, le secrétaire au Logement et au Développement urbain, s'est montré particulièrement optimiste. Il a noté «un réel progrès quant aux procédures de saisies», avec une baisse de 27% entre avril 2009 et avril 2010. Une fois la procédure lancée, 18 mois peuvent s'écouler avant que la saisie ne soit effectuée; de ce fait, selon Donovan, le nombre de saisie restera encore élevé pendant un temps.

Nous ne sommes pas encore tirés d'affaire, a-t-il ainsi déclaré. Mais notre situation actuelle n'est en rien comparable à celle d'il y a 15 mois.

Le dernier rapport du cabinet spécialisé RealtyTrac montre que les procédures de saisie (toutes catégories confondues) ont chuté de 9% entre le mois de mars et le mois d'avril 2010, et de 2% par rapport à avril 2009. Corroborant les affirmations de Donovan, RealtyTrac affirme que le rythme des saisies est à la baisse:

Ce mois-ci, 103,762 foyers ont reçu un avis de défaut de paiement, soit une baisse de 12% par rapport au mois précédent et de 27% par rapport à avril 2009 - les défauts de paiement avaient alors atteint un point culminant, avec 142.000 cas.

Le secteur des cartes de crédit semble lui aussi en meilleure forme. TransUnion a annoncé que le taux de défaut de paiement de ces cartes (le pourcentage des emprunteurs ayant plus de 90 jours de retard) est tombé à 1,11% au premier trimestre 2010, ce qui témoigne d'une baisse par rapport au quatrième et au premier trimestre 2009.

Les encours moyens ont eux aussi diminué. On peut sans doute imputer une partie de l'amélioration au fait que les banques considèrent les créances n'ayant pas été honorées depuis 180 jours comme irrécouvrables. Mais le volume de ces «créances douteuses» semble lui aussi être en recul. Capital One Financial (COF) a déclaré qu'en avril, ses pertes dues aux cartes bancaires étaient tombées à 9,68% - soit 451,7 millions de dollars, pour 510,9 millions (10,87%) en mars. Pour la même période, Capital One a également fait état d'une chute des taux de défaut de paiement et de créances irrécouvrables pour ses crédits auto.

Mais pas de conclusions hâtives

Il ne s'agit là que des données d'un seul mois; n'en tirons donc pas de conclusions hâtives. Il faudra que RealtyTrac, TransUnion, la Mortgage Bankers Association, et les sociétés de cartes de crédit enregistrent plusieurs mois de baisse des taux de défaut de paiement pour que la relance du crédit à la consommation puisse être confirmée. (Je recommande l'excellente «carte du crédit» - réalisée par la New York Federal Reserve Bank - à tout lecteur désirant mesurer la gravité de la situation). Et même si ces données témoignent bel et bien d'une nouvelle tendance, rien ne permet d'affirmer que la reprise économique en est la cause. Les créanciers font peut-être preuve de plus de tolérance envers les emprunteurs, de peur d'enregistrer de nouvelles dépréciations. On peut aussi imaginer que les résultats s'améliorent parce qu'un grand nombre de personnes ont déjà été saisies, et que les sociétés de crédit immobilier et de cartes de crédit connaissent une baisse d'activité. Mais pour ma part, je pense que ces timides signes d'amélioration ont une explication simple: la consolidation de l'économie et la reprise de la création d'emplois permettent à un nombre croissant de personnes de rembourser leurs dettes.

Daniel Gross

Traduit par Jean-Clément Nau

Photo de Une:cartes bleues, via Flickr CC License by

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