Égalités / Société

Le «hogging», cette détestable pratique qui sévit dans les fraternités américaines

Temps de lecture : 3 min

Des étudiants se lancent le pari de qui couchera avec la femme la plus grosse de la soirée. Sur TikTok, une victime dénonce le phénomène.

«Ils voient les femmes obèses comme des cibles faciles», déplore Megan Mapes. | AllGo via Unsplash
«Ils voient les femmes obèses comme des cibles faciles», déplore Megan Mapes. | AllGo via Unsplash

Le hogging est une pratique méconnue du grand public, qui sévit dans l'ombre des fraternités américaines. Il s'agit d'un jeu où les étudiants se mettent en concurrence pour coucher avec la femme la plus grosse présente à la soirée, ou le plus de femmes en surpoids possible. Une femme qui en a été victime, Megan Mapes, a décidé de dénoncer cette pratique sur les réseaux sociaux. Sa vidéo TikTok compte aujourd'hui près d'1,5 million de vues.

@megsforfun

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original sound - Megan

Questionnée par BuzzFeed, Megan Mapes explique que le hogging est «une pratique qui renforce la masculinité» aux yeux de ses adeptes. «Une des manières pour eux [d'atteindre cette masculinité] est de coucher avec le plus de personnes possibles. Ils voient les femmes obèses comme des cibles faciles», déplore-t-elle. Cette activiste du body positive espère que parler de cette pratique détestable pourra y mettre un terme.

Dans sa vidéo TikTok, Megan Mapes raconte que, parfois, après avoir terminé sa relation sexuelle avec une femme grosse, le membre de la fraternité «fait venir tout le groupe d'hommes dans la pièce et ils commencent à la harceler jusqu'à ce qu'elle s'en aille».

Dénoncer pour faire réagir les hommes

Le récit de Megan Mapes a certainement fait écho aux expériences d'autres jeunes femmes, qui, en l'entendant, ont pu se rendre compte qu'elles aussi avaient été victimes de hogging. Dans les commentaires de la vidéo de l'intéressée, ou d'autres posts TikTok, plusieurs d'entre elles ont témoigné. Des hommes ont pour leur part assuré n'avoir jamais entendu parler de ce phénomène, mais ils disent que s'ils en étaient témoins ils s'y opposeraient.

C'est d'ailleurs un autre souhait de Megan Mapes: que les hommes présents lorsqu'un hogging se produit réalisent ce qui est en train de se passer et qu'ils réagissent. «Pour y parvenir, ils ont besoin d'être informés de ce dont il s'agit, que ça existe et que ça arrive», argue la TikTokeuse. Elle estime que lorsque des violences sexuelles se produisent, il est important que les hommes dénoncent ces agissements.

Malheureusement, c'est souvent l'inverse qui se produit. En 2018, par exemple, une affaire de hogging a eu lieu à l'université de Cornell, dans l'État de New York, sans que les faits ne fassent grand bruit. Le journal étudiant a publié un article à ce sujet, dans lequel la fraternité incriminée, Zeta Beta T, expliquait que ce jeu n'était pas sanctionné. La fraternité a cependant été mise en probation pendant deux ans par la direction de l'université et a dû suivre les cours d'un intervenant au sujet des violences sexuelles.

Étudier sociologiquement le «hogging»

Une sociologue et professeure agrégée à la Texas Christian University, Jeannine A. Gailey, s'est interrogée sur cette pratique. Elle a conduit une étude publiée en 2006 dans la revue Deviant Behavior. «Aucun des hommes que nous avons interrogés n'a admis s'être engagé dans la pratique», relate-t-elle. Néanmoins, tous à l'exception de deux sondés savaient de quoi il retournait. De manière volontaire, Jeannine A. Gailey et son équipe n'ont jamais utilisé le terme «hogging» au cours de leurs entretiens. «Nous avons simplement demandé aux participants s'ils avaient déjà entendu parler d'une pratique où les hommes essaient de draguer des femmes qu'ils jugent grosses ou peu attrayantes dans le cadre d'un pari ou pour des relations sexuelles, et ils ont répondu “ouais, hogging”.»

Aujourd'hui, cette étude permet d'affirmer que des membres de fraternités se récompensent entre eux pour cette pratique, mais aussi que ces hommes humilient les femmes victimes, écrit la sociologue dans son rapport. «Ces rencontres impliquaient presque toujours l'alcool et commençaient lors de fêtes ou dans un bar.»

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Dans son rapport, la sociologue détaille les contours du hogging et explique pourquoi des étudiants membres de fraternités s'en prennent aux femmes obèses. «La réponse semble résider dans deux hypothèses de base, qui englobent toutes deux un phénomène sociétal plus large de grossophobie», note-t-elle. D'une part, les femmes de forte corpulence sont considérées comme «faciles et désespérées». D'autre part, elles sont perçues par ces hommes comme étant «déviantes» et même «dignes de mauvais traitements». Le chemin est encore long pour qu'ils renoncent à ses paris, puisque la plupart des hommes interrogés ont confié trouver cette pratique «hilarante».

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