Santé / Société

Un vieux masque rangé dans son sac à main ou sa poche reste-t-il efficace?

Temps de lecture : 4 min

Il est loin le temps où nous traitions nos masques en respectant scrupuleusement les règles indiquées par les spécialistes du Covid-19. Faut-il s'en inquiéter?

Les masques ont représenté près de 40.000 tonnes de déchets en 2020. | Jacek Pobłocki via Unsplash
Les masques ont représenté près de 40.000 tonnes de déchets en 2020. | Jacek Pobłocki via Unsplash

Comme à chaque fois qu'elle sort faire des courses, Lucie glisse les élastiques d'un masque chirurgical autour de son bras. Elle le mettra ensuite sur son visage avant d'entrer chez le boulanger, puis l'enlèvera à nouveau en sortant dans la rue pour le remettre en rentrant dans le supermarché.

Pierre, de son côté, a tendance à glisser son masque dans une poche lorsqu'il est à l'extérieur, et à le ressortir pour le mettre quand il prend le métro ou lorsqu'il arrive au travail.

Quant à Carole, elle a pris l'habitude de collecter les masques usagés de sa petite famille et de les mettre en machine avec le linge de la semaine afin d'économiser et de réduire ses déchets.

Comme Lucie, Pierre et Carole, un grand nombre d'entre nous a pris quelques largesses avec les recommandations initiales sur le port du masque. Mais qui, parmi nous, il y a deux ans, avait déjà porté un masque chirurgical? Qui connaissait le sens de «FFP2»? Et pourtant, nous avons appris, au moins partiellement, à les utiliser et à les intégrer dans notre vie quotidienne, tout simplement parce que nous n'avons pas le choix.

Toutefois, pour tenir sur la durée, nous nous sommes aménagé quelques espaces de liberté dans leur utilisation. Rien de plus normal, comme l'explique Charlotte Jacquemot, chercheuse CNRS en sciences cognitives et membre du collectif scientifique Adios Corona, impliqué dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 et contre la désinformation: «Porter le masque pendant des mois n'est pas quelque chose de facile, d'autant qu'il s'agit d'une contrainte. Alors, pour tenir sur la durée, nous nous adaptons.»

Adaptation culturelle, adaptation sociale

La chercheuse distingue deux modalités d'adaptation. D'abord, une adaptation culturelle qui relève de l'identité et de l'appartenance au groupe. «Par exemple, les jeunes ont clairement adopté les masques de couleur noire», remarque-t-elle. Les seniors croisés au quotidien semblent plus enclins à porter des masques FFP2. Nous avons aussi rencontré des récalcitrants arborant un masque en tissu portant un message anti-masque!

L'autre adaptation est davantage sociale et liée à l'obligation: «On nous demande de nous adapter, et c'est ce que nous faisons. C'est très positif! Pour supporter au mieux la contrainte, nous faisons des compromis, instaurons des priorités et faisons des choix de manière à trouver un équilibre entre protection nécessaire et coûts psychologiques, sociaux, économiques et/ou écologiques.»

Reste encore à faire les bons choix car, si, par exemple, s'accorder de porter le masque sous le nez est de fait une liberté, c'est une liberté dangereuse. Quels seraient alors les compromis les plus adaptés pour porter le masque efficacement et protéger les autres sans trop se compliquer la vie?

Lorsqu'au printemps 2020 nous avons enfin pu nous approvisionner en masques, une tendance somme toute un peu hygiéniste s'est imposée à nous, avec de surcroît l'idée selon laquelle la transmission se faisait par les mains et les surfaces. Résultat: il nous était recommandé de nous laver les mains à chaque manipulation du masque. Or, comme nous le rappelions dans un précédent article, la prédominance de la transmission par voie aérosol rend quasiment inutile cette précaution laborieuse.

Surveiller l'humidité plutôt que la durée

On nous a aussi enseigné qu'il ne fallait pas garder un masque chirurgical plus de quatre heures sur le nez (et la bouche, bien sûr). Or, comme le rappelle Denis Corpet, microbiologiste et professeur en hygiène et nutrition à l'université de Toulouse, également membre de Adios Corona: «Cette durée maximale provient d'un rapport de l'OMS et d'une étude portant sur la durée de tolérance du masque montrant qu'au bout de quatre heures, l'acceptabilité et la tolérance du masque par le personnel soignant commencent à diminuer. En réalité, le masque chirurgical peut être porté plus longtemps.»

«Un masque chirurgical lavé dix fois en machine à 40°C pendant trente minutes et séché à l'air ambiant garde une compatibilité avec la norme à laquelle il est supposé être conforme.»
Philippe Cinquin, coordinateur scientifique du Centre d'investigation clinique du CHU de Grenoble

Il rappelle toutefois que le masque perd de ses propriétés de filtration lorsqu'il est humide. Alors, dans le cas où l'on parle, où l'on chante, où l'on rit, où l'on transpire, où l'on éternue et tousse… il est préférable de le changer régulièrement. «On sait physiquement que l'eau annule ou diffuse les charges électrostatiques, ce qui induit une moins bonne filtration des petites particules», explique Denis Corpet. Le changer ne veut pas forcément dire le jeter. Une des possibilités est de le laisser sécher, de préférence en le laissant une semaine dans une enveloppe en papier, ce qui permet ainsi de le décontaminer au besoin.

Il est également possible de le laver avec ses autres affaires. En plus de représenter une économie non négligeable, c'est aussi, collectivement, un moyen de réduire notre impact environnemental: les masques ont en effet représenté près de 40.000 tonnes de déchets en 2020.

Le professeur Philippe Cinquin, coordinateur scientifique du Centre d'investigation clinique du CHU de Grenoble et coauteur d'une étude portant sur le lavage des masques (publiée dans la revue Chemosphere le 11 octobre dernier) bat en brèche les a priori sur le sujet: «Un masque chirurgical lavé dix fois en machine à 40°C pendant trente minutes et séché à l'air ambiant garde une compatibilité avec la norme à laquelle il est supposé être conforme.» Il continue donc à assurer une filtration des particules dont la taille est supérieure à 3 micromètres.

Philippe Cinquin considère ainsi que l'on ne perd que «10% des capacités de filtration du masque chirurgical, ce qui continue à le rendre bien plus performant que les masques en tissu (c'est-à-dire des masques à usage non sanitaire)». Il rappelle toutefois que le masque chirurgical, s'il offre une petite protection individuelle, a essentiellement pour objet de protéger les autres en assurant une filtration de l'intérieur vers l'extérieur. L'inverse étant plus limité.

Un port correct reste capital

Reste enfin à savoir quelles libertés on peut s'accorder concernant le port du masque. En effet, il ne s'agit pas simplement d'éviter de projeter des postillons, mais aussi de diminuer drastiquement les aérosols potentiellement infectés.

Pour Denis Corpet, «il est crucial de faire en sorte que le masque ne bâille pas sur les côtés, comme lorsque, par exemple on croise les élastiques pour les raccourcir». Les petits visages pourront, à loisir, utiliser des masques pour enfants! De son côté, Philippe Cinquin insiste sur l'importance de bien ajuster la barrette nasale, afin d'éviter également les fuites.

Enfin, pour ce qui est de conserver son masque entre deux brefs usages rapprochés, la technique du port autour du bras semble assez partagée dans le milieu scientifique –ainsi que chez les journalistes santé. L'idée est en fait d'éviter au maximum d'endommager le masque, voire de le trouer. On évitera ainsi de le mettre en boule dans sa poche...

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S'il reste aujourd'hui des incertitudes sur les bons usages des masques, c'est que nous manquons d'études en situation de la vie réelle.

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