Parents & enfants

Le parent impatient n'est pas impatient, il est en plein déni de réalité

Temps de lecture : 4 min

Je vais beaucoup mieux depuis que j'ai accepté que l'éducation, c'était cela: répéter.

Sauf cas exceptionnel, il est assez rare de réussir à calmer quelqu'un en lui hurlant dessus. | Usman Yousaf via Unsplash
Sauf cas exceptionnel, il est assez rare de réussir à calmer quelqu'un en lui hurlant dessus. | Usman Yousaf via Unsplash

Ce qu'il y a de bien avec la parentalité, c'est que ça change tout le temps. On n'a pas le temps de s'ennuyer. Rappelez-vous, dans un épisode précédent, je vous avais raconté mon exercice mental pour apprendre à dire oui aux enfants. Depuis, j'ai eu une seconde révélation que je me dois de partager.

En apparence, on pourrait croire que la population parentale se divise en deux catégories (non étanches, on peut passer de l'une à l'autre): les parents patients et les parents pas patients. Ayant moi-même effectué une translation de la seconde catégorie à la première –ce qui est remarquable, avouons-le, dans la mesure où le chemin se fait généralement dans l'autre sens– je suis en mesure d'affiner cette catégorisation.

Le parent patient n'est pas forcément né comme ça. (Ce n'était pas mon cas.) Mais un jour, il a compris quelque chose. Il a compris de façon intime, le processus s'est fait au plus profond de son être, au creux de ses entrailles, dans la chaleur de ses viscères est apparue la vérité qui est... «ça ne sert à rien».

De crier.

Parce que «c'est comme ça».

Je pense qu'on peut réviser toute la philosophie mondiale avec ces cinq mots, dans le désordre: ça, comme, c'est, rien, sert. Voire simplement avec les trois premiers. Le parent patient a fondamentalement accepté que les choses étaient.

L'enfant est en train de faire une crise. Je vais essayer de l'aider à se calmer, bien sûr. Mais il est en train de faire une crise. Ça ne sert à rien de lutter contre cette réalité. Le parent impatient n'est pas impatient, il est en plein déni. Il refuse d'accepter le réel: mon gamin est en pleine crise. Il ne veut pas que son enfant soit en pleine crise. Ce qui le rend dingue, c'est le décalage entre ce qu'il pense que devrait être la réalité (un enfant sage et obéissant) et ce qu'elle est vraiment (un enfant qui hurle). Un peu comme dans les mèmes attentes/réalité:

Et comme le parent pas patient ne veut pas de cette réalité et qu'il n'a pas de prise dessus, il se met en colère. Mais (est-il nécessaire de le préciser?) sauf cas exceptionnel, il est assez rare de réussir à calmer quelqu'un en lui hurlant dessus. (Parfois, on a l'impression que ça fonctionne, mais en réalité ça s'apparente davantage à de la tétanie qu'à de la sérénité.)

On ne lâche pas l'affaire pour autant

Dans les couples, il y a évidemment toujours un parent plus patient que l'autre. C'est ce parent qui dit des choses comme «c'est un enfant». (Je dis beaucoup, sous forme de simple rappel, «c'est un enfant».) Or cette phrase sous-entend: il faut accepter la réalité que cela recouvre.

Oui, c'est agaçant de leur répéter tous les jours «mets ton linge au sale». Et ça peut finir par peser lourd sur notre moral.

À titre personnel, ça va beaucoup mieux depuis que j'ai accepté que l'éducation, c'était cela. Répéter. (Mes salutations aux ami·es profs.) Si vous partez du principe que le linge devrait être au sale, que l'avoir répété cinquante fois devrait avoir pour conséquence que c'est acquis, cela va finir par vous faire craquer de devoir encore le redire. Vous êtes dans le déni de la réalité. La réalité, c'est que «mettre son linge au sale», ce n'est toujours pas acquis.

Ça ne veut absolument pas dire qu'on lâche l'affaire. On continue de répéter que le linge sale va dans le panier à linge sale et pas dans le bac à Lego. Mais ça ne nous fout plus en rogne. (Enfin... ça dépend des jours, hein.)

Et même, précisons que garder patience n'empêche absolument pas de prendre des mesures de rétorsion. (Ou d'envisager une solution médiane comme l'installation d'un petit panier à linge sale directement dans la chambre de l'enfant.)

Asseyez-vous avant de lire la suite, c'est vertigineux

Et attention, j'ai eu une autre révélation en lisant ce blog très complet sur le sujet. J'ose à peine vous l'écrire. Si vous êtes un parent pas patient, cela risque de vous faire un choc. Je préfère que vous soyez assis.

J'ai réalisé que ça ne serait peut-être jamais acquis. JAMAIS. Ou alors, quand les enfants auront quitté la maison. Comme l'écrit Jane Nelsen (citée par le blog susmentionné), «certaines choses ne seront véritablement acquises qu'une fois que les enfants auront quitté le foyer familial, voire, seront devenus eux-mêmes parents».

Ah ouais... Je pensais que j'étais déjà dans l'acceptation, mais je partais du principe qu'à force de répéter, cela aurait un effet. Mais si ça se trouve: jamais.

Ce slip ne trouvera jamais son chemin jusqu'au panier à linge sale. Ou, plus probablement, il le trouvera mais ce sera dans très longtemps, dans une autre maison, avec un autre panier. C'est vertigineux.

Mais réfléchissez une seconde. Est-ce que vous, il n'y a pas des choses que votre mère ou votre père vous répétait et que finalement, vous n'avez commencé à faire qu'une fois que vous avez pris votre indépendance? Éduquer des enfants = uriner dans un violon?

Non. Disons qu'à court terme (sur une échelle temporelle de quelques années), on peut avoir l'impression d'être comme Sisyphe qui remonte son rocher sans cesse.

Mais rappelez-vous ce que disait Albert Camus à propos des culottes sales: «La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.»

(Je tiens à préciser qu'en réalité, Albert Camus s'est fort peu occupé des vêtements sales de ses enfants.)

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq.

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