Politique

Les débats Les Républicains confirment l'union de la droite derrière la sécurité et contre l'immigration

Temps de lecture : 5 min

À eux seuls, ces deux sujets ont occupé plus d'un tiers des discussions visant à départager les cinq candidats à l'investiture pour la présidentielle à l'issue de la primaire interne du parti.

De gauche à droite les candidats à la primaire interne Les Républicians Michel Barnier, Valérie Pécresse, Éric Ciotti, Xavier Bertrand et Philippe Juvin à Paris, le 21 novembre 2021. | Julien de Rosa / AFP 
De gauche à droite les candidats à la primaire interne Les Républicians Michel Barnier, Valérie Pécresse, Éric Ciotti, Xavier Bertrand et Philippe Juvin à Paris, le 21 novembre 2021. | Julien de Rosa / AFP 

Les bouteilles d'eau sont rangées soigneusement sous les pupitres, les éclairages se posent sur la peau maquillée des participants et le décompte des temps de parole démarrent. Mardi 30 novembre, les candidats à l'investiture à la présidentielle du parti Les Républicains se retrouvaient pour un quatrième et ultime débat retransmis en direct sur France Inter, France 2 et TV5 Monde.

Le président du parti, Christian Jacob, doit désormais souffler et se réjouir de la couverture médiatique dont sa famille politique a bénéficié à la veille du second tour du congrès qui révélera le nom du candidat intronisé, samedi 4 décembre à 14h30. Le député de Seine-et-Marne avait été, le 13 octobre 2019, promu à la tête d'un parti exsangue divisé entre les partisans de l'ancien président Laurent Wauquiez et lesdits modérés qui ont claqué la porte avec fracas comme Xavier Bertrand et Valérie Pécresse.

Les deux frondeurs sont rentrés au bercail et figuraient sur la ligne de départ du congrès. L'ancienne porte-parole du gouvernement se hisse au second tour face à Éric Ciotti, arrivé en tête des suffrages en portant un discours très proche de celui de l'ancien chef de la droite. «Laurent Wauquiez, contesté pour sa ligne trop droitière, avait démissionné de la tête du parti en juin 2019. Force est de constater que les candidats se retrouvent tous désormais sur sa ligne», observe le politologue et chercheur associé au Centre d'études et de recherches de sciences administratives et politiques (Cersa), Olivier Rouquan. Le politologue et enseignant Stéphane Rozès abonde: «Il y a une forme de polarisation autour de deux thématiques: la sécurité et l'immigration.»

À droite toute

Le Pacte du pouvoir de vivre, conglomérat d'une soixantaine d'associations de lutte pour les questions sociales et climatiques, s'est attelé à recenser le temps consacré à chaque thème abordé durant les trois premiers débats télévisés. Sur les 9 heures de direct, 134 minutes ont été consacrées aux questions relatives à l'immigration et à la sécurité, soit près d'un tiers des échanges. Si l'on complète avec les chiffres du dernier débat, la durée occupée par ces thématiques a atteint 175 minutes, soit 36% du temps de parole consacré à ces deux sujets. À titre de comparaison, l'éducation n'a mobilisé que 12 minutes d'antenne. Quant à l'écologie, elle n'a pas dépassé les 5% lors des trois premiers débats.

«Il y a une incontestable droitisation de la teneur idéologique de la droite, résume Olivier Rouquan, auteur du livre En finir avec le président!. C'est un mouvement qui a cours depuis une quinzaine d'années, et qui a été enclenché par la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy qui cherchait à se dissocier de Jacques Chirac tout en siphonnant une partie de l'électorat lepéniste.»

«Le mouvement est parti des questionnements qui préoccupent les militants, analyse de son côté Stéphane Rozès. Ils se sentent dépossédés et déclassés depuis le milieu des années 1990 avec la chute du mur de Berlin. Cette tendance s'est accentuée depuis une dizaine d'années. Les candidats s'emparent des thématiques qu'ils recueillent sur le terrain.» L'arrivée en tête, jeudi 2 décembre, du député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti au premier tour du congrès semble être un énième signe de la droitisation du parti.

Union et unité

«Mais la droite de gouvernement sort rarement gagnante en surenchérissant sur ces thématiques», alerte Olivier Rouquan. Si la stratégie de Nicolas Sarkozy s'était révélée payante pour accéder à l'Élysée, elle avait aussi été renforcée par le déclin du leader du Front national, Jean-Marie Le Pen. Lors du dernier scrutin, en 2017, François Fillon, empêtré dans des affaires, n'était pas parvenu à convaincre avec un programme très régalien. Avant d'être désigné à l'issue de la primaire, l'ancien Premier ministre avait défendu l'instauration de quotas limitant le nombre d'entrées légales contre Alain Juppé au second tour. «L'alignement de l'ensemble des candidats sur l'identitaire ne s'était pas produit en 2017», ajoute le chercheur au Cersa.

«L'arrivée tonitruante et inédite d'Éric Zemmour déplace la campagne vers l'identitaire.»
Stéphane Rozès, politologue et enseignant

Convaincu d'avoir échoué cette année-là à cause des divisions nées durant la primaire, le camp Les Républicains s'est appliqué cette fois-ci à camoufler tout désaccord. Même constat, mêmes propositions à quelques virgules près, mêmes mesures à quelques chiffres près. Seuls Philippe Juvin et Michel Barnier avaient nagé à contre-courant sur la question des finances publiques en ne voulant pas s'engager à supprimer des postes de fonctionnaires. «Les distinctions sur les propositions sont de très faible ampleur, constate Olivier Rouquan. Il n'y a pas eu un renouvellement des idées capable d'aller conquérir de nouveaux publics.»

Entre Macron et Zemmour

La prédominance des thèmes régaliens s'explique aussi par l'équilibre des forces politiques. «La droite dite modérée ou sociale n'est-elle pas déjà partie chez Édouard Philippe ou chez Emmanuel Macron?», s'interroge le politologue. Lors d'une enquête d'opinion menée début novembre par l'Institut français d'opinion publique (IFOP) auprès d'un échantillon de 1.001 personnes, 48% des sympathisants LR considéraient que le président de la République «incarne bien» la droite. «Pour des électeurs de centre droit, qui ne veulent pas se laisser enfermer dans des débats caricaturaux comme le “grand remplacement”, Emmanuel Macron est plus crédible que les candidats de LR, qui sont sur une ligne extrémisée», rappelait le délégué général de La République en marche (LREM) Stanislas Guérini dans un article du Monde du 1er décembre.

L'autre donnée à prendre en considération dans ce ce jeu électoral est l'entrée en campagne du polémiste d'extrême droite. «L'arrivée tonitruante et inédite d'Éric Zemmour déplace la campagne vers l'identitaire. Ce n'est pas seulement le cas de Les Républicains, mais de l'ensemble des partis politiques, qui sont contraints de revoir leurs positionnements», décrypte Stéphane Rozès. «Il y a une polarisation avec la candidature d'Éric Zemmour qui met LR dans un étau», abonde Olivier Rouquan.

Comme l'expliquait le chercheur en sciences politiques et spécialiste des droites Gaël Brustier, celui qui est désormais officiellement candidat à la présidentielle fustige les responsables Les Républicains coupables, selon lui, de ne pas avoir été suffisamment courageux face aux questions de sécurité et d'immigration. Dans la vidéo annonçant sa candidature –dorénavant interdite aux moins de 18 ans–, le polémiste a confirmé son offensive à l'égard de ces sujets: «Droite, gauche, ils vous ont dissimulé la réalité de notre déclassement», martèle-t-il.

Pour répondre aux attaques répétées de l'ancien journaliste, les candidats semblent avoir voulu éviter tout procès en laxisme. Jugé moins incisif que ses concurrents lors des trois premiers débats, Michel Barnier s'est lui aussi placé sur le terrain de l'identité mardi 30 novembre face aux questions de Léa Salamé et de Laurent Guimier: «La France, ce n'est pas seulement un pays, c'est une civilisation qu'il faudra défendre et protéger pour pouvoir la transmettre.»

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Ce repositionnement sur des thèmes plus droitiers n'a pas payé, puisque l'ancien négociateur de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne n'est pas parvenu à atteindre le second tour de la consultation militante. C'est à Éric Ciotti ou Valérie Pécresse que reviendra la charge de porter la ligne esquissée lors de ces quatre débats d'automne.

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