Société / Monde

Les Pays-Bas détiennent la solution aux inondations depuis le Moyen Âge

Temps de lecture : 2 min

Avec un tiers de son territoire se situant sous le niveau de la mer, il a fallu s'organiser.

Cet été, d'importantes inondations ont frappé les Pays-Bas, la Belgique, la France et l'Allemagne. | Remko de Waal / ANP / AFP
Cet été, d'importantes inondations ont frappé les Pays-Bas, la Belgique, la France et l'Allemagne. | Remko de Waal / ANP / AFP

Les fortes inondations, souvent meurtrières, font de plus en plus la une de l'actualité en Europe. En juillet dernier, il est tombé l'équivalent de près de trois mois de pluie dans la Meuse et, côté belge, le débordement du fleuve a entraîné la mort de vingt personnes à Liège. En Allemagne, le phénomène a provoqué un événement unique en un siècle, rapportent les journalistes. Près de deux cents personnes ont péri.

Pourtant situés dans la même zone géographique, les Pays-Bas parviennent à s'en sortir plutôt bien. Attention, le pays du nord de l'Europe est lui aussi frappé par les intempéries et les dégâts matériels, mais aucun décès n'y a été recensé. Comment l'expliquer? Grâce à une institution datant de l'ère médiévale: le «conseil de l'eau». Cette instance est chargée de protéger les terres inondées depuis près d'un millénaire. Son existence et son pouvoir croissant sont dus à une bonne raison: le pays, dont le nom signifie littéralement «basse altitude», est confronté à cette vulnérabilité naturelle. Un tiers de son territoire se situe sous le niveau de la mer et certaines villes, comme Amsterdam, au niveau zéro.

Un organe indépendant

Lorsque des inondations surviennent et ravagent les terres néerlandaises, les évacuations sont rapides, de solides digues sont construites pour freiner l'eau et la communication entre les habitants et le conseil de l'eau est robuste. Dès le Moyen-âge, cette instance –waterschap ou hoogheemraadschap en néerlandais– a fait ses preuves. Au XIIe siècle, «les agriculteurs, en particulier, ont dû se regrouper pour protéger leurs terres, explique Tracy Metz, co-autrice de Sweet & Salt: Warer and the Dutch. Il y avait une pression communautaire pour que tout le monde fasse sa part afin de garder ses terres agricoles au sec.»

Pour mettre sur pied cette institution et assurer son efficacité, il a fallu percevoir de l'argent. Au Moyen-âge, l'idée était de collecter les fonds nécessaires de manière indépendante de l'État. Le conseil de l'eau a alors instauré son propre impôt. Et c'est ici que les Pays-Bas font la différence avec le reste du monde.Cette institution n'a pas été démocratique au sens moderne du terme, mais elle a été gérée en commun, par des agriculteurs mais aussi des bourgeois. Elle a permis d'organiser la vie locale. À l'époque, 3.500 personnes étaient membres du conseil de l'eau –on en compte aujourd'hui vingt-et-un. D'abord dédié au maintien des défenses contre les inondations et à la punition des pollueurs, son rôle a été progressivement étendu au contrôle de la qualité de l'eau, à l'entretien des rivières et des canaux, ainsi qu'au traitement des eaux usées.

Ailleurs, la gestion de l'eau se bouscule avec les dépenses pour l'éducation ou le logement, explique Emilie Sturm, responsable du programme Blue Deal, un organisme qui promeut l'expertise néerlandaise dans le domaine de l'eau à l'étranger. En comparaison, les offices de l'eau aux Pays-Bas génèrent 95% de leur budget grâce à leurs propres impôts, tandis que l'État américain du Texas, par exemple, n'a obtenu aucun financement pour faire face aux inondations provoquées par l'ouragan Harvey en 2017.

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Aujourd'hui, le conseil de l'eau existe toujours aux Pays-Bas. Ses membres sont élus par les citoyens. Pour Emilie Sturm, l'eau va jouer «un rôle énorme» dans le monde de demain. Il est donc nécessaire que le reste du monde se dote d'une autorité indépendante en charge de l'eau avec suffisamment d'autonomie pour que «ce qu'elle décide se produise réellement», conclut Tracy Metz.

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