Monde

A quand le coming out nucléaire d’Israël?

Brian Palmer, mis à jour le 09.07.2010 à 19 h 21

L’Etat hébreu se refuse toujours à admettre qu’il possède des armes nucléaires.

Des documents découverts récemment indiquent qu'Israël aurait tenté de vendre des armes nucléaires à l'Afrique du Sud durant l'apartheid. Bien que le président israélien Shimon Peres, à l'époque ministre de la Défense, soutient que ces documents ont été mal interprétés, tout le monde sait plus ou moins qu'Israël détient des armes nucléaires - quels que soient les dires de ses dirigeants. Que se passerait-il si Israël finissait par l'avouer?

Il y aurait des répercussions en Iran. Israël mène depuis longtemps une politique d'«ambiguïté nucléaire» qui repose sur des considérations stratégiques et non des obligations juridiques. L'Etat hébreu n'est pas signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), de sorte que son programme nucléaire assumé ne viole aucun accord international. Néanmoins, si Israël se disait ouvertement nucléarisé, l'Iran pourrait y trouver un prétexte pour annuler son adhésion au TNP. Les pays signataires peuvent en effet changer d'avis et se retirer du traité si «des événements extraordinaires (...) menacent [leurs] intérêts supérieurs». Cela compliquerait, par ailleurs, les initiatives diplomatiques des Etats-Unis, qu'on accuserait certainement d'hypocrisie à cause de leur prise de position intransigeante vis-à-vis de l'Iran.

L'ambiguïté nucléaire qui a cours en Israël remonte à 1963. Cette année-là, Shimon Peres promet au président Kennedy qu'«Israël n'introduira pas d'armes nucléaires dans la région ». En 1969, Henry Kissinger demande à l'ambassadeur israélien aux Etats-Unis, Yitzhak Rabin, si Israël «refuse[rait] de "posséder" des armes nucléaires.» Rabin lui répond que son pays ne deviendra pas une «une puissance nucléaire».

Pourtant, à cette époque, beaucoup soupçonnent Israël de développer un arsenal nucléaire. En 1960, le directeur de la CIA, Allen Dulles, organise une réunion au cours de laquelle il informe J. F. Kennedy, le nouveau président américain, qu'Israël a réalisé des avancées considérables en matière atomique. De nombreux analystes estiment qu'Israël a fabriqué ses premières bombes nucléaires en 1968, de peur que l'Egypte ne tente de détruire son réacteur. En 1979, des satellites américains détectent des opérations qui ressemblent à un essai nucléaire israélien (mené avec l'aide de l'Afrique du Sud, selon certaines indications).

Pour la plupart des observateurs, les derniers doutes sur la nucléarisation d'Israël se sont dissipés en 1986, lorsque le scientifique Mordechai Vanunu remet au journal anglais Sunday Times des photos et un compte-rendu détaillé sur les sites secrets de fabrication d'armes d'Israël. Selon les informations de ce technicien nucléaire, les scientifiques ont estimé qu'Israël avait accumulé entre 100 et 200 armes nucléaires. (Sans tarder, les agents du Mossad [les services secrets israéliens] enlèvent et droguent Vanunu à Rome . Il passera 18 ans sous les verrous en Israël.)

Il y a aussi eu quelques gaffes verbales ici et là. En 2006, dans un entretien avec une chaîne télévisée allemande, le Premier ministre Ehoud Olmert cite explicitement son pays dans une liste d'Etats dotés de l'arme nucléaire.

Israël ne serait pas le premier pays non-signataire du TNP à faire son coming out nucléaire. En 1998, à seulement 15 jours d'intervalle, l'Inde et le Pakistan procèdent tous deux à des essais nucléaires. Ce qui laisse supposer que ces deux pays cachaient des armes de destruction massive depuis plusieurs années. Les Etats-Unis et les pays du G8 imposent alors des sanctions financières à ces Etats du sud de l'Asie. Mais à peine un an plus tard, le G8 lève ses sanctions. Celles infligées par les Etats-Unis tiendront jusqu'au 11 septembre 2001. Il n'y aura pas de conséquence au niveau des Nations-Unies.

Quand bien même Israël serait signataire du Traité sur la non-prolifération, on ne peut pas dire avec certitude que le fait de reconnaître la possession d'armes nucléaires lui attirerait de graves sanctions. Car ce traité ne prévoit pas de sanctions automatiques en cas de violation. Au lieu de cela, un Etat membre doit traîner le pays voyou devant le Conseil de sécurité de l'ONU, où les alliances internationales empêchent toute action rapide.

La plupart des experts s'accordent à dire que l'Iran a violé le TNP à plusieurs reprises. Pourtant, les sanctions sont lentes, sporadiques et pas extrêmement sévères.

Brian Palmer

Traduit par Micha Cziffra

Photo: Reuters

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