Société

«Mon conjoint voudrait que j'accepte de tout partager avec ses parents»

Temps de lecture : 4 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Marion, dont le compagnon ne sépare pas sa vie de couple des moments qu'il consacre à sa famille.

«Un soir, alors que j'attends que ses parents partent pour rester en amoureux, ils restent car leur fils leur a fait comprendre qu'ils étaient invités.» | Kampus Production via Pexels
«Un soir, alors que j'attends que ses parents partent pour rester en amoureux, ils restent car leur fils leur a fait comprendre qu'ils étaient invités.» | Kampus Production via Pexels

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par WhatsApp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Je m'appelle Marion, j'ai 35 ans et je vis une belle histoire depuis trois ans avec mon compagnon de 29 ans. Nous ne sommes pas mariés, ni pacsés, encore sans enfants.

Depuis quelques semaines, nous traversons une crise que nous n'avions pas vue venir et qui nous éloigne. Un soir de semaine, où je gardais le chien de ses parents pendant une journée de télétravail, j'avais préparé des crêpes pour faire plaisir à mon conjoint, et nous nous organisions pour passer une bonne soirée.

Là-dessus, son père passe chez nous, puis sa mère. De manière générale, je m'entends très bien avec ses parents et je suis présente pour eux, car je sais que mon conjoint fait tout pour être le meilleur des fils. Il m'avait dit que son père devait passer prendre l'apéro et récupérer le chien, et que sa mère voulait passer aussi. Il ne m'a pas fait savoir qu'il avait proposé à ses parents de manger avec nous. Nous nous retrouvons alors dans une situation inconfortable: j'attends que ses parents partent pour vivre ma soirée en amoureux et eux restent, car leur fils leur a fait comprendre qu'ils étaient invités.

Sauf que je n'accepte pas. Je dis que je n'ai pas été prévenue et, malgré l'insistance de mon conjoint et de sa mère, la soirée s'arrête: ses parents rentrent chez eux (ils vivent à 100 mètres de chez nous). On se fait la bise et je leur dis que je suis désolée, mais que je n'ai pas envie de les recevoir ce soir en leur donnant la moitié des crêpes.

Mon conjoint est très déçu. Il me dit que je suis égoïste, autocentrée, que je rends tristes ses parents, car cela ne «coûte rien» de partager notre repas avec eux. De mon côté, je lui demande pourquoi il ne m'a pas prévenue ni demandé mon avis. Je suis inquiète, car je comprends que pour lui, il n'y a pas de frontière entre le bonheur que lui procure notre vie de couple et celui que lui apportent les moments qu'il partage avec ses parents. Je me rends compte que pour correspondre à sa conception de la générosité, il faudrait que j'accepte de tout partager avec sa famille sans rien dire ni que l'on me consulte.

Je ne me sens pas respectée. Il ne comprend pas. Il me dira plus tard être tiraillé entre l'amour qu'il me porte et l'amour inconditionnel qu'il voue à ses parents et à son frère. Il me reproche de lui poser un «ultimatum». Nous avons passé une soirée horrible. J'ai fait une crise de nerfs et, le lendemain, nous nous sommes éloignés physiquement. L'incompréhension est totale.

Je doute de pouvoir être heureuse dans mon couple si mon conjoint refuse de comprendre qu'il serait respectueux de me prévenir et de me demander mon consentement. Pour lui, cela reviendrait à remettre en cause sa liberté. Il me reproche mes crises de nerfs et ne se sent pas responsable de provoquer ces crises.

Nous sommes dans une impasse. Peux-tu m'aider?

Marion

Chère Marion,

Ce genre de situation fait partie des ajustements nécessaires quand on se met en couple. Il n'existe pas de juste milieu qui convienne à tous et à toutes en ce qui concerne le rapport aux autres et à la place que l'on souhaite leur donner dans nos vies. Certaines personnes auront besoin de beaucoup partager avec leur famille. D'autres ne verront pas pourquoi elles devraient couper les ponts avec leurs ex et auront envie et besoin de garder le contact avec les personnes qu'elles considèrent comme des amis. Il y a aussi des cas où, pour l'un des deux conjoints, il sera vital de réserver une partie de son temps libre à son entourage proche.

Tout le monde n'a pas des besoins équivalents en ce qui concerne la sociabilisation et l'envie ou pas d'avoir une vie sociale en dehors du couple. Le problème, ce n'est pas la quantité, c'est bien de ne pas réussir à se mettre d'accord et à trouver un compromis.

Ce qui pèche, dans la situation que vous décrivez, c'est bien la communication. Oui, idéalement, votre compagnon devrait vous demander a minima votre avis quand il invite des gens dans votre domicile commun. Parce que c'est aussi chez vous et que vous pourriez avoir des raisons de préférer rester avec lui, quelles que soient ces raisons. Ce n'est pas respectueux de vos besoins ni de votre espace d'estimer qu'il n'a pas l'obligation de vous consulter. De votre côté, vous devez essayer de poser ces limites tout en faisant preuve de respect pour la relation qu'il partage avec sa famille. Il n'est pas question pour vous de vous éloigner de ses parents et cela doit être bien clair pour lui.

Peut-être est-ce le moment d'organiser un dîner en forme de rameau d'olivier. D'un côté, cela enverrait le signal que vous n'avez aucun problème à partager un dîner avec la famille de votre conjoint. De l'autre, vous signifiez clairement que vous êtes plus à l'aise avec le fait que ces moments soient organisés.

En ce qui concerne directement votre conjoint, je veux être claire sur un point. Vous pourriez avoir toutes les bonnes intentions du monde, vous pourriez même avoir raison au sujet de la dispute, mais vous n'arriverez à rien s'il décide de ne pas comprendre le problème et de ne pas faire l'effort de dialoguer.

Malheureusement, vous n'êtes pas la seule «responsable» de cette crise. Il faut être deux pour avoir un tel problème de discussion. Ce qui est étonnant, c'est que ce désaccord ressorte aussi tard dans votre histoire et que vous semblez être à ce point prisonnière d'une impasse. Êtes-vous vraiment sûre que cette crise ne soit pas un prétexte? Vous ne pourrez jamais forcer votre compagnon à écouter vos griefs s'il n'en a aucunement l'intention. Même si cela vous paraît injuste, et ça l'est probablement un peu, c'est son droit. Quoi qu'il advienne, il faudra être deux pour surmonter cette crise.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

Newsletters

Chaleur et libido, un cocktail trop hot

Chaleur et libido, un cocktail trop hot

Pas toujours évident de s'amuser par plus de 40 degrés... Mais ce serait tout de même dommage de s'en passer. 

L'acné adulte existe aussi et la plupart des gens ne savent pas quoi faire

L'acné adulte existe aussi et la plupart des gens ne savent pas quoi faire

On associe souvent l’acné aux poussées d’hormones adolescentes mais que se passe-t-il à l’âge adulte? 

Une petite ville anglaise signe un traité pour s'orienter vers le véganisme

Une petite ville anglaise signe un traité pour s'orienter vers le véganisme

Haywards Heath est la première ville européenne à signer ce traité international.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio