Culture

Un tableau de Lucian Freud désavoué par l'artiste, mais authentifié par les experts

Temps de lecture : 2 min

L'artiste britannique a toujours nié avoir peint le portrait Standing Male Nude, mais trois spécialistes ont conclu qu'il s'agissait bel et bien de son œuvre.

Un tableau intitulé Autoportrait à l'œil noir, de l'artiste britannique Lucian Freud, est exposé à la maison de vente aux enchères Sotheby's, dans le centre de Londres, le 27 janvier 2010. | Shaun Curry / AFP
Un tableau intitulé Autoportrait à l'œil noir, de l'artiste britannique Lucian Freud, est exposé à la maison de vente aux enchères Sotheby's, dans le centre de Londres, le 27 janvier 2010. | Shaun Curry / AFP

Le tableau de la discorde a ressurgi il y a 24 ans, lors d'une vente aux enchères. Un nu masculin en pied, intitulé Standing Male Nude et attribué au célèbre peintre Lucian Freud, était vendu à un collectionneur d'art suisse, qui devait recevoir quelques temps après un appel de l'artiste, lui demandant de le lui racheter.

Le collectionneur, resté anonyme, avait refusé, préférant garder le tableau. Trois jours plus tard, il recevait un nouvel appel du peintre en colère, qui réitérait sa demande. Le collectionneur affirme que face à son second refus, Lucian Freud est devenu agressif et l'a menacé de désavouer le tableau, l'empêchant de jamais le revendre pour ce qu'il était. De fait, les héritiers de Lucian Freud ont toujours refusé d'authentifier ce nu, depuis son décès survenu en 2011, interdisant de ce fait aux commissaires-priseurs de le revendre.

Après avoir couru les experts de longues années, le collectionneur a enfin trouvé gain de cause: trois études indépendantes ont enfin conclu qu'il était fort probable que le tableau ait bien été peint par Freud lui-même.


Un autoportrait caché

Inachevée, l'huile sur toile serait vraisemblablement un autoportrait du maître. Elle faisait partie des possessions d'un individu décédé à Genève, ami de Francis Bacon et dont les biens ont été mis aux enchères en 1997.

D'après Thierry Navarro, un enquêteur privé engagé par le collectionneur, Lucian Freud, qui fréquentait à travers Bacon la communauté homosexuelle, aurait probablement été embarrassé par la reconnaissance de ce tableau comme un autoportrait, et le contexte dans lequel celui-ci avait été retrouvé.

«Il y a un témoin vivant à Genève qui fait partie de communauté gay. Lorsque le collectionneur a organisé une exposition privée de ses tableaux à Genève, cette personne a dit: "Je connais ce tableau." Il a expliqué qu'il se trouvait dans un appartement utilisé par Bacon, et que Genève était une sorte de bulle pour la communauté gay. Ce témoin connaissait la relation entre Freud et Bacon. Il a donné beaucoup de détails. Il a dit que Bacon avait demandé à Freud de peindre ceci pour lui et que Bacon avait ce tableau et un autre dans l'entrée de l'appartement», rapporte Navarro.

La pose du nu masculin aurait également été inspirée par la photographie Athlet. Catching at a Ball d'Eadweard Muybridge, qui avait rassemblé dans son ouvrage The Human Figure in Motion une série de photographies d'athlètes nus, dont le caractère homoérotique a nourri le travail de Francis Bacon.


Trois authentifications

En dépit de tout contexte, les analyses réalisées par les experts tendent à confirmer qu'il s'agit bien d'un authentique Lucian Freud. Nicholas Eastaugh, spécialiste britannique de l'analyse scientifique des peintures, a pu prélever des pigments du tableau et les comparer aux données dont dispose la Tate sur d'autres œuvres déjà authentifiées de Freud, et a utilisé des images infrarouges pour révéler un dessin préliminaire, qui correspond à d'autres esquisses de Freud. Il en a conclu avoir trouvé «à la fois un résultat comparatif positif avec Freud, et une absence d'indicateurs négatifs quant à sa paternité du Standing Male Nude».

De son côté, l'historien de l'art Hector Obalk a affirmé que «la manière dont la chair est représentée est tout à fait typique de l'artiste», et conclut qu'il est «certain que l'auteur des gestes picturaux requis pour l'exécution ne peut être autre que Lucian Freud, dans la mesure où je reconnais sa main».

Enfin, une dernière étude menée par Carina Popovici, cofondatrice d'Art Recognition, une société suisse effectuant des tests scientifiques sur les œuvres d'art à partir de l'intelligence artificielle, rapporte que leur technologie d'IA «a classé certaines parties du tableau comme étant de la main de Freud avec un score élevé –un résultat positif jusqu'à 95%– et cela pourrait impliquer que la surface restante a été peinte par quelqu'un d'autre».

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