France

Aubry-DSK, pile ou face

Thomas Legrand, mis à jour le 26.05.2010 à 6 h 50

Les divergences entre la première secrétaire du PS et le patron du FMI ne sont pas si profondes que ça.

Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn sont-ils sur la même ligne politique? Vu comme ça, ce n'est pas clair... La semaine dernière, nous recevions, sur France Inter, Martine Aubry et nous lui avions posé la question:

Est-ce qu'avec Dominique Strauss-Kahn, vous représentez exactement la même ligne politique chez les socialistes?

Martine Aubry, confirmait tout haut ce qu'elle ne cesse de répéter hors micro:

Oui.

Il n'y a pas de différence politique entre le patron du FMI et elle-même. Et puis, le lendemain, patatras! Dominique Strauss-Kahn, sur France 2, explique que l'âge légal de 60 ans est un dogme qui sera dépassé à la faveur de l'évolution de l'espérance de vie. Martine Aubry pense que c'est un droit.

Alors un dogme ou un droit?

Les exégètes strauss-kahniens rament depuis la semaine dernière pour dire que c'est pareil! Plus généralement, DSK développe un discours qui prône bien sûr la nécessité de réguler le libéralisme mais qui suggère aussi l'idée que la France devait s'adapter à la mondialisation. On était, lors de son interview sur France 2 (dans la philosophie générale qui se dégageait du discours du patron du FMI), assez éloigné de la petite musique que fait entendre, en ce moment, Martine Aubry. Alors, quand on fait ce constat devant des responsables socialistes, ils vous répondent immanquablement que c'est normal, c'est un effet d'optique, Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn ne parlent pas du même endroit, ils n'ont pas la même fonction et donc, forcément ils n'entonnent pas la même musique.

C'est vrai, ne pas parler du même endroit est une bonne raison pour ne pas parler toujours de la même chose. Mais ce n'est pas du tout une bonne raison (quand ils parlent des mêmes sujets) pour dire des choses différentes, voire opposées.

En réalité Martine Aubry a raison, DSK et elle sont de la même eau politique... Ils sont tous les deux sociaux-démocrates, ils ont tous les deux été des ministres importants dans le gouvernement Jospin dont ils assument de la même façon l'héritage. Mais, par leur discours et leurs fonctions actuels, ils ne couvrent pas tout à fait les mêmes champs politiques. L'intérêt des deux est d'avoir une musique différente et d'affirmer que c'est la même... C'est sans doute très malin tactiquement, ça couvre large, c'est confortable pour les sympathisants qui peuvent entendre ce qui les arrange tout en étant rassurés, il n'y aura pas de guerre de chefs. Seulement, ça repose sur une ambigüité: à l'évidence, ils ne disent pas la même chose.

Pourtant, si Martine Aubry devait accéder à l'Elysée, et vu l'état des finances de la France, il y a fort à parier que son action soit conforme, non pas à son discours actuel mais au discours de Dominique Strauss-Kahn. Et il y a fort à parier que si Dominique Strauss-Kahn était à la tête du PS, son discours aurait des accents plus à gauche. Au fond, on se demande toujours, avec le PS, pourquoi le discours d'opposant et l'action du gouvernant ne sont pas plus honnêtement en adéquation. En fait, on ne se le demande pas vraiment, on comprend parfaitement les supposés impératifs électoraux qui consistent toujours, schématiquement, à gauchir son discours pour finir par se recentrer au moment de gouverner.

Cette distorsion obligatoire est-elle due à notre mode de scrutin? A des équilibres internes au PS, ou simplement à un manque de courage politique ou d'imagination des leaders du PS qui pensent toujours, comme l'avait théorisé, puis pratiqué, François Mitterrand que, pour les socialistes, le pouvoir se prend en passant par sa gauche? En tout cas, le résultat est toujours le même: la distorsion éclate au grand jour quand la gauche gouverne et c'est la désillusion envers le politique qui progresse.

Et si le problème, pour une fois, venait aussi (un peu) des électeurs de gauche et pas seulement des responsables? Parce que finalement, le seul qui ait tenté l'adéquation entre son message de candidat et sa façon de gouverner, c'est Lionel Jospin en 2002. On connaît le résultat!

Thomas Legrand

Photo: Le ministre des Finances et la ministre du Travail, en octobre 1998, à Matignon. Jacky Naegelen/REUTERS

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