France

Apprendre moins pour réussir plus

Daniel Gautheret , mis à jour le 25.05.2010 à 17 h 43

Seul un allègement massif des programmes permettrait à un plus grand nombre d’enfants de «rester dans la course». Une tribune d'un internaute de Slate.fr.

Nous sommes en 2007 lors du débat Ségolène Royal-Nicolas Sarkozy du 2e tour de l'élection présidentielle. Aucun des candidats ne connaît la part de l'électricité produite par énergie nucléaire en France. Les duellistes évoquent 20 à 30% alors que le vrai chiffre est 80%. Quelques intellectuels s'amusent, mais l'évènement ne choque pas. Il s'agit pourtant d'une notion fondamentale du programme de géographie de lycée, le genre de savoir que nombre d'enseignants et de parents estiment devoir faire partie de la culture générale indispensable à chaque citoyen. Des acquis incontournables comme celui-ci remplissent nos programmes éducatifs. On apprend maintenant la structure de l'ADN en seconde, la trigonométrie en 4e et vingt dates sont à retenir par cœur pour la seule période de la Révolution française au lycée.

Sans soutien des parents, pas de salut?

Sans une aide extérieure, combien d'enfants seraient capables d'assimiler les connaissances nécessaires pour réussir un parcours scolaire complet? Pratiquement aucun. A 8, 12 ou 16 ans, il faut avoir une volonté exceptionnelle pour fournir spontanément l'effort de travail exigé par l'école. Une écrasante majorité des enfants, pourtant parfaitement «normaux», se retrouvent potentiellement en difficulté. Heureusement pour nombre d'entre eux, le salut existe: des parents motivés, éduqués et disponibles. C'est ainsi que l'école «reproduit» les appartenances sociales et que l'on retrouve 50% d'enfants d'enseignants à l'Ecole Polytechnique, comme le soulignait récemment Eric le Boucher dans Slate. Et certains pensent encore que c'est un système qui marche!

Il faut bien comprendre qu'aucun dispositif de soutien ne pourra rivaliser avec l'investissement de ces parents prêts à consacrer deux heures par jour aux devoirs de leur enfant. Une telle «aide individualisée» impliquerait un effort humain et financier sans commune mesure avec les quelques heures de soutien en petit groupe accordées actuellement. Il faut donc chercher d'autres réponses qui soient à la fois efficaces et réalistes.

865 heures par an

Les programmes scolaires français sont chargés à bloc. A 8 ans, nos enfants passent 865 heures par an en classe contre 625 heures en Allemagne, 530 heures en Finlande ou 656 heures au Japon (chiffres OCDE 2005). Pour quels résultats? Les ingénieurs français sont-ils 38% meilleurs que les ingénieurs allemands? Ce n'est en tout cas pas leur réputation. Remplacer par du foot ou de la musique tous les après-midi de la semaine ne semble donc pas avoir d'impact sur le niveau moyen des élèves en fin de cycle scolaire. Pourtant, ceci aurait un impact considérable sur l'inégalité des chances à l'école. Un allègement massif des programmes permettrait à un plus grand nombre d'enfants de «rester dans la course» pendant toute leur scolarité sans nécessiter l'investissement considérable consenti par certains parents. En donnant moins de poids à l'accumulation des connaissances et plus au sens de la responsabilité de l'enfant, puis de l'adolescent, nous pourrions former des jeunes ayant, à la fin du secondaire, une maturité suffisante pour se plonger réellement, s'ils en ont la volonté et la capacité, dans une discipline professionnelle ou académique.

Alléger les programmes

A de tels arguments, on oppose souvent l'exemple de tel fils d'ouvrier ou d'agriculteur devenu normalien/polytechnicien via la juste école républicaine. Il faut bien comprendre que de telles histoires personnelles, souvent propagées par des personnes trop facilement persuadées de représenter un exemple de réussite, ne peuvent pas démontrer le bien-fondé de l'ensemble du système. Les rares cas de réussite s'accompagnent d'une hécatombe d'enfants certainement aussi brillants mais impitoyablement éliminés parce que leur maturité insuffisante ne leur permettait pas, à 10 ou 15 ans, de suivre le rythme imposé. Combien de sacrifiés pour un Albert Camus? Combien d'autres Albert Camus n'ont jamais pu réaliser leur potentiel?

La seule solution réaliste pour lutter contre l'inégalité scolaire, c'est une réduction drastique des volumes des programmes, de la maternelle au lycée, accompagnée de la mise en place, dans le temps libéré, de nouvelles structures d'accueil et d'éveil. En voyant la levée de bouclier qu'a récemment causée la perspective d'un cours d'histoire optionnel en terminale scientifique, on voit bien que le combat est loin d'être gagné. La forteresse des savoirs académiques ne sera pas abattue facilement. Elle aura pour défenseurs ces heureux gagnants qui ne comprennent pas pourquoi les autres familles ne s'organisent pas pour aider leurs enfants comme la leur l'ont fait pour eux. Le lobby des perdants n'existant pas, il faudra peut-être leur opposer le lobby des pédagogues, ou celui des animateurs sportifs ou artistiques qui auraient tout à gagner à un rééquilibrage entre l'apprentissage scolaire et l'éveil personnel.

Daniel Gautheret

Photo: Noa Strupler/ND Strupler via Flickr CC License by
Daniel Gautheret
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