Société / Culture

Arrêtez Netflix et remettez-vous à la lecture, ça urge

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Collectivement, à force d'ingurgiter des produits culturels sans réelle substance, nous nous bêtifions d'année en année.

Il nous faut retrouver une discipline intérieure. | Matias North via Unspalsh
Il nous faut retrouver une discipline intérieure. | Matias North via Unspalsh

J'ignore si c'est un effet de l'âge, mais plus le temps passe et plus j'ai cette impression que le monde s'enfonce dans une nuit qui serait celle de l'ignorance tous azimuts. Certes, je ne suis pas le plus grand des optimistes. Certes, j'ai une tendance presque psychotique à assombrir constamment le spectacle offert par l'humanité, mais il me semble tout de même que plus nous avons accès à un savoir infini et moins nous nous entendons pour nous instruire.

Ou, autrement dit, collectivement, nous nous bêtifions année après année. Nos cerveaux s'encrassent d'une quantité infinie de produits dont le seul but semble être de nous divertir, comme si nous étions des enfants turbulents à qui il fallait donner la becquée de peur de les entendre brailler trop. Nous devenons de plus en plus passifs, de plus en plus sages, de plus en plus idiots, occupés que nous sommes à visionner à la chaîne des séries qui, la plupart du temps, reconnaissons-le, sont tout juste d'aimables divertissements destinés avant tout à nous empêcher de réfléchir par nous-mêmes.

Je n'ai rien contre Netflix et autres sites de streaming, mais il faut bien avouer que l'utilisation que nous en faisons, cette hyper consommation de séries en tout genre, nous rend de plus en plus absents au monde, comme une sorte de somnambulisme collectif qui signerait la défaite de la pensée. Nous lisons moins, nous réfléchissons moins, nous sommes de moins en moins attirés par les jeux de l'esprit, retirés dans la commodité d'un imaginaire auquel nous succombons sans effort.

L'utilisation massive des réseaux sociaux, la fréquentation assidue des chaînes d'information en continu, le recours à toutes sortes de subterfuges culturels, nous ont rendus de moins en moins friands de découvertes et de plus en plus uniformes dans nos centres d'intérêt. Nous réagissons plus que nous réfléchissons. Nous avons des foucades qui durent le temps d'un tweet, des engouements qui, nés d'une indignation particulière, meurent dans la minute, des emportements factices dont le soufflet retombe aussi vite qu'il s'est levé.

Nous nous dispersons. Notre esprit, infiniment sollicité par une myriade de stimuli, n'arrive plus à dégager du temps pour approfondir la nature de nos questionnements, leur complexité, si bien que la plupart du temps, nous restons à la surface des choses, vaguement conscients de notre paresse sans pour autant nous décider à changer quoi que ce soit à cette vie que d'autres ont choisi pour nous.

Bien souvent, le second degré d'un article ou d'une œuvre nous échappe, conditionnés que nous avons été à prendre la réalité pour argent comptant sans se douter que les variations du langage permettent d'exprimer une variation de sentiments et de notions accessibles seulement à ceux qui se donnent la peine de réfléchir par eux-mêmes. Nous ne savons plus vraiment lire, comme si, à force d'engraisser nos cerveaux de connaissances parfaitement inutiles, ce dernier ne parvenait plus à différencier ce qui relève de la vérité brute et ce qui appartient au domaine de la nuance.

Si bien que nous devenons perméables à toutes sortes d'idéologies dont le maître-mot serait la haine de l'autre, la dénonciation de celui qui ne penserait pas très exactement comme nous. À droite comme à gauche, on dresse des barricades, une pensée de l'entre-soi qui exclurait d'office celui qui aurait le malheur de ne pas adhérer au mot près à la doxa ambiante. Ce sont des passions tristes, l'émanation d'esprits chagrins qui veulent à tout prix imposer à l'autre leur vision du monde, assurés qu'ils sont d'œuvrer pour le bien de l'humanité, là où ils ne font que défendre le pré carré de leurs pensées étriquées.

Le cerveau a besoin de s'affranchir des discours formatés pour exister. Sans quoi, il ressemble à une caisse enregistreuse qui se contente de rendre la monnaie sans se soucier de la valeur de cette dernière. Un cerveau nourri au foin de pensées qui ne le sont pas perd non seulement en simplicité, en bon sens, mais a tendance à s'acoquiner avec des idées marquées du sceau de la violence et du rejet de l'autre. D'où ces invectives qui n'en finissent pas, ces empoignades surjouées qui tournent à vide, ces débats stériles où on aurait bien du mal à trouver quoi que ce soit qui puisse venir nourrir la substance de nos vies intérieures.

Il nous faut retrouver le chemin de l'effort, du temps long, de la lecture non pas considérée comme un moyen d'échapper à la médiocrité de nos vies –une simple évasion–, mais plus comme une tentative de saisir l'essence même de nos êtres, de nos peurs, de nos angoisses profondes, de la quintessence de nos âmes. Retrouver le sens d'une discipline intérieure. Renouer avec notre désir de saisir les enjeux fondamentaux de l'existence humaine, cette appétence à toujours chercher à comprendre ce qui nous échappe, le mystère même de la vie et toutes les questions qui en découlent.

Sans ce sursaut, nous ne nous en sortirons pas. Ou alors au prix d'une grande catastrophe civilisationnelle, qui, une fois qu'elle nous aura plongés dans les abîmes, quand le chaos aura parachevé son œuvre de destruction, nous permettra de nous rendre compte à quel point nous nous étions égarés.

Il n'est pas trop tard, mais le temps presse.

Il y a même urgence.

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