Culture

Un fragment inédit d'un poème du XIIe siècle découvert par hasard dans un livre

Temps de lecture : 2 min

Une universitaire l'a trouvé dans la reliure d'un ouvrage de 1528 qu'elle était en train de feuilleter.

Dans la reliure se trouvait également un second fragment de parchemin, issu d'une ancienne version du Roman de Tristan. l Gabriella Clare Marino via Unsplash
Dans la reliure se trouvait également un second fragment de parchemin, issu d'une ancienne version du Roman de Tristan. l Gabriella Clare Marino via Unsplash

C'est une découverte inattendue, mais réconfortante pour les historiens. Un fragment d'un poème français sur Guillaume d'Orange, datant du XIIe siècle, a été retrouvé par inadvertance. Une universitaire de l'université Queen Mary à Londres, Tamara Atkin, feuilletait un ouvrage publié en 1528 à la Bodleian Library d'Oxford quand elle est tombée sur ce bout de parchemin coincé dans la reliure.

Pendant de nombreuses années, les érudits ont pensé que cet extrait, qui provient du cycle de chansons de geste médiéval, existait, mais ils n'en avaient jamais eu de preuve matérielle. Ce fragment de quarante-sept vers n'est en revanche pas l'extrait original. Il s'agit d'une copie réalisée à la fin du XIIIe siècle.

L'histoire relatée dans le poème se déroule au IXe siècle, sous le règne de Louis le Pieux, fils héritier de Charlemagne. L'extrait a été traduit par Philipp Bennet, expert de Guillaume d'Orange à l'université d'Edimbourg. Voici ce qu'on peut lire: «Il lui demande: “Comment ça se passe avec lui?”/ “Malheureusement”, dit le comte Bertram./“Ton frère n'a ni pain, ni blé, ni vin;/Il n'a pas de provisions pour se sauver,/À l'exception d'une bassine de sang, que je lui ai laissée.”»

Dans la chanson de geste, cet extrait intervient alors que Bertram supplie le roi de l'aider à lever le siège d'Orange, une ville située dans l'actuel Vaucluse. Pour Philippe Bennet, cette découverte vient «combler une lacune importante dans la biographie poétique du héros épique. C'est un ajout des plus passionnants au corpus de la poésie épique française médiévale.»

Une double découverte

En continuant de feuilleter l'ouvrage de 1528, Tamara Atkin est tombée sur un deuxième extrait d'œuvre célèbre, lui aussi caché dans la reliure. Il s'agit d'un fragment de parchemin du Roman de Tristan de Béroul, qui narre une partie de l'histoire de Tristan et Iseult. Ce poème, daté du XIIe siècle et écrit en ancien français, est l'une des premières versions du roman médiéval. À ce jour, la seule preuve de son existence était un manuscrit incomplet du XIIIe siècle qui se trouve actuellement à la Bibliothèque nationale de France (BNF).

Cette version de l'extrait trouvé par Tamara Atkin diffère «significativement» de ce qu'on peut lire dans le manuscrit de la BNF, ce qui prouve que le poème a été largement diffusé et remanié à l'époque. «Ce morceau du poème vient d'un moment important où Iseult parle avec son mari, le roi Marc. Ce fragment élargit notre connaissance du public du poème et de son changement de sens au fil du temps. Il apporte une nouvelle perspective sur la façon dont les légendes de Tristan se sont déplacées à travers l'Europe», explique J.R. Mattison, un spécialiste des manuscrits français de l'université de la Colombie-Britannique.

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L'équipe d'historiens va poursuivre les recherches pour savoir où et quand ces fragments ont été copiés et comment ils ont été reliés dans un livre de 1528. «Les manuscrits contenant ces poèmes français ont probablement été recyclés, car les textes étaient considérés comme démodés et la langue dépassée», explique Tamara Atkins.

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