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La Chine s'engage pour le climat (mais n'oublie pas ses intérêts)

Temps de lecture : 7 min

Si le pays ne cesse de clamer sa volonté de lutter contre le changement climatique, il n'a pas hésité à mettre des bâtons dans les roues de la COP26.

Joe Biden, lors de sa réunion virtuelle avec Xi Jinping, le 15 novembre. | Alex Wong / Getty images via AFP
Joe Biden, lors de sa réunion virtuelle avec Xi Jinping, le 15 novembre. | Alex Wong / Getty images via AFP

La Chine est fermement décidée à accentuer le rôle moteur qu'elle entend jouer en faveur de l'environnement. Son industrie a largement pris en main la production mondiale de panneaux solaires et d'éoliennes et de nombreux laboratoires de recherche travaillent sur tout ce qui pourrait aider à diminuer la quantité de particules fines qui empoisonnent l'atmosphère.

La population chinoise vit mal les épisodes de pollution intense qui s'abattent régulièrement sur les grandes villes du pays. Le cas est devenu plus rare depuis quatre ou cinq ans à Pékin, du fait notamment de l'obligation faite à des usines polluantes d'aller s'installer dans les provinces voisines, quand il ne leur a pas été ordonné de fermer définitivement leurs portes.

Il n'empêche que, le 5 novembre, un épais brouillard a fortement réduit la visibilité dans la capitale. De mauvaises conditions météorologiques s'ajoutaient à une reprise de l'extraction du charbon dans des mines proches. Le minerai reste indispensable pour éviter les coupures de courant et pour assurer le chauffage lors de l'hiver. Dans ces conditions, pour le pouvoir chinois, il est très important de ne pas sembler extérieur aux efforts internationaux qui se font dans le monde en vue d'améliorer l'environnement. Pékin veut montrer à la population chinoise autant qu'à l'opinion internationale que la Chine est aussi active que possible dans la lutte contre le changement climatique.

«Je gagne, tu perds»

Cette question n'a cependant pas permis de rendre plus chaleureuses les relations entre la Chine et les États-Unis. Le 15 novembre, comme cela avait été annoncé, Joe Biden et Xi Jinping se sont parlé en vidéoconférence. Depuis que le président américain a pris ses fonctions en janvier 2021, une telle forme de dialogue ne s'était jamais produite. En janvier et en septembre, les deux dirigeants s'étaient seulement parlé par téléphone. Mais, cette fois-ci, ce sommet a passé en revue toutes sortes de questions, sans pour autant régler les nombreux contentieux qui existent entre les deux pays.

La presse chinoise indique que Xi Jinping a insisté sur le «respect mutuel» nécessaire au développement des relations sino-américaines. «Avec leurs intérêts étroitement liés, la Chine et les États-Unis ont tout à gagner de la coopération, et tout à perdre de la confrontation» a dit le numéro un chinois, qui a ajouté que «la chose correcte à faire est de choisir le bénéfice mutuel plutôt que le jeu à somme nulle, ou l'approche du “je gagne, tu perds”». La conversation entre Joe Biden et Xi Jinping s'est prolongée sur les échanges commerciaux entre les États-Unis et la Chine et sur «comment gérer de manière responsable la concurrence».

«La Chine serait contrainte de prendre des mesures résolues si les forces séparatistes pour “l'indépendance de Taïwan” nous provoquent.»
Xi Jinping, président chinois

Joe Biden a aussi parlé de ses «préoccupations» à propos des droits humains en Chine. Mais concernant l'île nationaliste de Taïwan, Xi Jinping n'a montré aucune piste de dialogue. Il a au contraire déclaré: «La Chine serait contrainte de prendre des mesures résolues si les forces séparatistes pour “l'indépendance de Taiwan” nous provoquent, nous forcent la main ou même franchissent la ligne rouge.» En revanche, lors de cette vidéoconférence, Xi Jinping a tenu à répéter à Joe Biden que la question du changement climatique «pourrait bien devenir un nouveau point fort de la coopération sino-américaine». La Chine occupe le premier rang des pays émetteurs de gaz à effet de serre. Elle estime visiblement que sur cette question, une entente est possible avec les États-Unis qui sont les seconds.

À la différence de la plupart des chefs d'État, Xi Jinping n'a pas assisté à une seule journée de la réunion de la COP26 qui s'est tenue du 31 octobre au 12 novembre à Glasgow. Pas plus que d'autres dirigeants de pays grandement pollueurs comme le Russe Vladimir Poutine, le Brésilien Jair Bolsonaro ou le Turc Recep Tayyip Erdoğan. Pour Xi Jinping, il pouvait être délicat d'aller à l'étranger alors que sortir du pays est quasiment interdit à la population chinoise et que toute personne qui souhaite y entrer se voit imposer trois semaines d'un confinement étroitement surveillé. De plus, une autre raison conduisait Xi Jinping à ne surtout pas quitter Pékin en ce début novembre: il devait surveiller de près la préparation du cinquième et dernier Comité central de son deuxième quinquennat, du 7 au 12 novembre à Pékin.

Une disposition était à l'ordre du jour: permettre à Xi Jinping de rester au poste de secrétaire général du parti après les deux mandats qu'il aura effectués en 2022. Il y a quarante ans, Deng Xiaoping, le dirigeant de l'après-maoïsme, avait imposé que les leaders du PC chinois ne puissent pas rester en fonction au-delà de deux mandats de cinq ans. Malgré une opposition probable, mais muette, Xi Jinping a obtenu, à l'unanimité, de pouvoir se maintenir sans qu'aucune date limite ne soit fixée. Ce point sera officialisé par le Congrès du Parti communiste à l'automne 2022.

Un très mauvais exemple

Xi Jinping n'étant pas présent à la COP26, la Chine a cependant multiplié à l'occasion de ce sommet les initiatives et les déclarations concernant l'environnement. Le 27 octobre, est publié à Pékin un livre blanc consacré aux progrès faits par la Chine «pour atténuer les changements climatiques et pour partager son expérience avec le reste de la communauté internationale». Des citations de Xi Jinping sont mises en valeur dans cet ouvrage telles que «si l'humanité ne déçoit pas la nature, la nature ne nous décevra pas». Ensuite, le 3 novembre, le chef de l'État chinois adresse à la COP26, qui venait de commencer ses travaux à Glasgow, un texte de propositions pour «relever le défi climatique». Il y est question de «focaliser l'action internationale sur les actions concrètes et d'accélérer la transition verte». De plus, Xi Jinping rappelle que son gouvernement a promulgué récemment un Plan d'action visant à faire que la Chine atteigne avant 2030 le pic de ses émissions de dioxyde de carbone.

Xi Jinping aurait souhaité s'exprimer en vidéo devant les participants de la COP26. En octobre, la présidence de la République chinoise l'avait fait savoir aux organisateurs anglais de la conférence. Ceux-ci ont refusé. Selon eux, l'intervention d'un chef d'État à distance aurait été un très mauvais exemple pour les autres dirigeants de la planète, qui eux, se sont déplacés en Écosse. La Chine à Glasgow était donc représentée par Wang Yi, son ministre des Affaires étrangères, par Zhao Yinming, un vice-ministre de l'Environnement et surtout par Xie Zhenhua, un expert chinois des questions climatiques dont la compétence est largement reconnue internationalement.

Lorsque le 1er novembre, Joe Biden est venu à la COP26, il a déclaré à propos de l'absence de Xi Jinping: «Je pense que c'est une grande erreur de la Chine de ne pas être venue.» Selon le président américain, le changement climatique «est un sujet gigantesque et ils ont tourné le dos. Comment peut-on faire ça et prétendre à un quelconque leadership.» Il a, après cela, adressé des reproches similaires à Vladimir Poutine. À Pékin, ces propos de Joe Biden n'ont pas été appréciés du tout. Le 11 novembre, un éditorial du Quotidien du Peuple affirmait que «les États-Unis ont monté en épingle la prétendue absence des dirigeants chinois et russes». L'article du journal du Parti communiste chinois s'en prenait ensuite vigoureusement au comportement du président américain en écrivant notamment: «Avant la conférence sur le changement climatique, Joe Biden a emmené avec lui en Europe une flotte très longue de quatre-vingt-cinq voitures de luxe à forte consommation de carburant. Les gens ne peuvent s'empêcher d'avoir des frayeurs sur l'engagement des États-Unis à réduire les émissions polluantes.»

Un souci chinois

Malgré cet agacement évident de Pékin, des discussions s'achevaient au même moment à Glasgow entre Xie Zhenhua et John Kerry, en charge dans l'administration Biden de la lutte contre le changement climatique. Quand il était secrétaire d'État, sous la présidence de Barack Obama, John Kerry a souvent rencontré Xie Zhenhua à propos de dossiers environnementaux. Et les deux hommes se sont beaucoup parlé lors de la mise en route de la COP26. Le résultat a été un évènement qui n'était pas annoncé d'avance: le 10 novembre, la Chine et les États-Unis, publient une déclaration commune pour s'alarmer de voir que le monde n'arrive pas à réduire suffisamment les émissions de gaz à effet de serre et donc à empêcher le réchauffement de dépasser le seuil symbolique de 2°C conclu lors de l'accord de Paris en 2015.

La déclaration insiste sur «l'importance vitale de rattraper au plus vite ce retard, en redoublant d'efforts». Les deux parties «déclarent leur intention de travailler individuellement et conjointement, mais aussi avec d'autres pays tout au long de cette décennie décisive». Du point de vue chinois, l'évolution du climat est un sujet fondamental sur lequel les deux pays peuvent se parler et même accorder leurs perspectives. Les Américains ont donc accepté d'entrer dans cette proposition. Et Xie Zhenhua a tenu à dire face à la presse, avec un optimisme certain, que, sur ce sujet: «Il y a plus de concorde que de divergences entre les États-Unis et la Chine, ce qui crée un immense potentiel de coopération.»

Il a été convenu que, pour la production d'électricité, le charbon serait progressivement supprimé. La Chine, ainsi que l'Inde, a obtenu que le texte prévoit de «réduire» l'utilisation des énergies fossiles et non pas d'en «sortir». Pékin n'a par ailleurs pas signé l'accord sur l'arrêt de l'utilisation du méthane. António Guterres, le secrétaire général de l'ONU, a déclaré que «la catastrophe climatique frappe toujours à la porte» et qu'«une volonté politique a manqué pour surmonter les contradictions entre les pays». En concluant les travaux de cette COP26, son président, le britannique Alok Sharma, s'est dit, les larmes aux yeux, qu'il était «profondément désolé» par son dénouement.

Cette réunion internationale de Glasgow a mis en avant un souci chinois d'être actif sur le thème de la lutte contre le changement climatique ou en tout cas de contrôler les évolutions internationales qui s'y produisent.

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Du côté américain, le secrétaire d'État Antony Blinken a expliqué avant que Joe Biden et Xi Jinping ne s'entretiennent par visioconférence le 16 novembre: «Notre relation avec la Chine est l'une des plus importantes et l'une des plus complexes que nous ayons. Il y a diverses dimensions, de la coopération, de la compétition et de la confrontation, et nous allons agir sur ces trois aspects simultanément.» Ce climat de tension aura une conséquence symbolique lors des Jeux olympiques d'hiver que la Chine va organiser en novembre. Les athlètes américains participeront aux compétitions, mais le président Biden ne viendra pas à leur inauguration.

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