Politique

Si ça continue, je me verrais bien voter pour le Parti animaliste

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Peu emballé par les profils des candidats à l'élection présidentielle, j'en viens à me demander si je ne devrais pas voter pour un parti qui soutient la cause animale.

Si les animaux pouvaient voter, le monde s'en porterait mieux. | Tiago Henriques via Flickr
Si les animaux pouvaient voter, le monde s'en porterait mieux. | Tiago Henriques via Flickr

Franchement, si l'élection présidentielle devait se tenir dimanche prochain, je serais bien en peine de dire vers qui mes faveurs se porteraient. Considérant que je suis encore de gauche, en toute logique, je devrais hésiter entre Madame Hidalgo et Monsieur Mélenchon. Pour ce dernier, j'ai déjà donné. Deux fois. J'ai eu mon compte. J'avais vaguement espéré que, l'âge aidant, il gagnerait en tempérance. Raté. Il a cette obstination propre aux révolutionnaires de salon qui, confrontés à l'évolution du monde, professent les mêmes remèdes qu'au temps doré de leur jeunesse. Le monde a passé, Mélenchon et toute sa détestable troupe de braillards et vociférateurs en tout genre sont restés à quai. Une occasion ratée.

Je ne sais pas qui est Madame Hidalgo. A priori, je n'ai rien contre elle, sans pour autant éprouver un quelconque enthousiasme à son égard. Candidate d'un Parti socialiste exsangue, elle m'apparaît jusqu'à présent dans la droite lignée de ces deux fossoyeurs que furent Ségolène Royal et François Hollande. Ces derniers, autant par paresse que par indigence intellectuelle, ont tant abaissé l'idée qu'on pouvait se faire du socialisme et de son génie qu'il faudrait une personnalité hors du commun pour me ramener à la maison. De toute évidence, nous n'en sommes pas encore là, mais sait-on jamais.

Jadot? Non. D'abord, je le trouve pataud comme un éléphant sous morphine. Et, de toutes les façons, à bien considérer, je n'ai pas la fibre écologique. Tout simplement. Que d'ici la fin du siècle, les températures grimpent de 2 ou de 5°C me laisse royalement indifférent. Je serai mort depuis belle lurette; les temps à venir ne m'intéressent pas outre mesure. Pour autant, n'étant pas à une contradiction près, je serai le premier à saluer celui qui aura le courage de prendre des mesures coercitives pour remédier au changement climatique, mais ne comptez pas sur moi pour être l'initiateur de ce mouvement.

Moi, je parle avec Dieu ou ce qu'il en reste, c'est-à-dire pas grand-chose. Mes pensées naviguent dans le temps long de l'éternité. Et je demeure un abominable individualiste, qui a déjà assez de soucis dans sa vie pour se préoccuper en plus du sort de cette malheureuse planète, planète dont je prends tout de même soin, mais à ma manière, en m'abstenant de manger de la viande et en ne conduisant aucun véhicule motorisé. Si je n'ai pas fait d'enfant, il doit bien y avoir une raison, non?

Du coup, si rien ne venait à bouger, je me vois très bien voter pour le Parti animaliste. Je dis cela très sérieusement. Après tout, il me semble déceler plus d'intelligence et de sagesse dans les yeux de mon chat que dans le regard ahuri d'un grand nombre de mes contemporains. J'imagine très bien mon chat aux commandes du pays. Il a pour lui l'autorité tranquille de celui qui sait prendre des décisions sans en référer à quiconque. Il a une sainte horreur des courtisans et autres lèche-culs qui peuplent les cabinets ministériels. Il sera un monarque absolu, juste, mais intransigeant. Incorruptible, il conduira les affaires du pays sans se soucier de savoir s'il plaît ou pas. Opiniâtre, il suivra le chemin qu'il s'est fixé, insensible aux vociférations de la foule.

J'ai lu dans le programme du Parti animaliste qu'élu, il bâtirait des monuments dédiés aux animaux morts pendant les guerres. Rien que pour cette idée sublime, je suis capable de voter pour lui. Je vois déjà s'élever aux carrefours de nos villes de somptuaires mausolées où seront recensés les chats, chiens, oiseaux, chevaux, vaches et canards morts pour la patrie: Repose ici, Patou, vache normande à la bravoure infinie, tuée par l'ennemi lors de la bataille de Verdun. Entre ici Tamerlan, cheval sans peur et sans reproche lâchement assassiné par la Gestapo en 1943. Gloire à toi, Papillon, infatigable pigeon voyageur qui, au péril de sa vie, par une sombre nuit d'hiver, permit à l'escadrille de la treizième armée de libérer Montargis sans coup férir.

Ce ne serait que justice. Chaque année, on irait s'incliner devant le tombeau du chien inconnu devant lequel on déposerait une ration complète de croquettes venues des quatre coins de la France. S'en suivrait un défilé militaire où vaches comme chevaux, chiens et poules, oiseaux et moutons, ours, dauphins et chameaux descendraient les Champs-Élysées au son du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns. Ce serait le jour de gloire des animaux tombés pour la France. La grande réconciliation nationale.

Voter pour le Parti animaliste forcerait l'admiration de mon chat. Je me vois déjà rentrer du bureau de vote et lui annoncer tout triomphant vers qui s'est porté mon suffrage. Je verrais alors son regard changer et j'apercevrais au fond de ses prunelles comme un début de reconnaissance. D'un miaulement enjoué, il marquerait sa totale satisfaction en me demandant si pour fêter un pareil événement, il ne serait pas bon d'ouvrir une nouvelle boîte d'un émincé de saumon aux fines herbes.

D'ailleurs, en réfléchissant bien, nous devrions élargir le champ électoral à nos animaux domestiques. Un chien, une voix.

Croyez-moi, il ne viendrait à l'idée d'aucun animal de voter pour l'affreux Zemmour.

Les animaux ne s'acoquineront jamais avec un pourfendeur de haine.

Pour suivre l'actualité de ce site, c'est par ici: Facebook-Un Juif en cavale

Newsletters

En laissant péricliter l'accord sur les armes nucléaires iraniennes, Biden se plante aussi lourdement que Trump

En laissant péricliter l'accord sur les armes nucléaires iraniennes, Biden se plante aussi lourdement que Trump

Si les États-Unis attendent trop de l'Iran, ils n'obtiendront rien du tout et le pays deviendra rapidement une puissance nucléaire.

Balle au centre

Balle au centre

De Merkel à Scholz, quelle politique russe pour l'Allemagne?

De Merkel à Scholz, quelle politique russe pour l'Allemagne?

Pour Berlin, Moscou est à la fois un partenaire majeur en économie, un défi récurrent sur le plan stratégique et un sujet de controverse pour la politique intérieure.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio