Santé

Les contaminations au Covid-19 repartent, on n'a toujours pas compris la transmission par aérosols

Temps de lecture : 8 min

On ne le dira jamais assez: la ventilation des espaces clos est absolument essentielle.

Ouvrez les fenêtres et les portes en grand plusieurs fois par jour afin de créer des courants d'air. | Chris Barbalis via Unsplash
Ouvrez les fenêtres et les portes en grand plusieurs fois par jour afin de créer des courants d'air. | Chris Barbalis via Unsplash

A-t-on vraiment activé tous les leviers pour limiter la propagation du Covid-19? En cette mi-novembre, alors que les indicateurs sont à la hausse en France et que plusieurs pays d'Europe sont confrontés à une nette dégradation de la situation sanitaire, c'est une question qui se pose.

Vaccination et pass sanitaire apparaissent comme les principaux piliers de la sortie de crise. Mais, si utiles qu'ils puissent être, ils ne sont pas parfaits et il manque quelque chose à l'équation: une prise en compte plus générale et massive de la transmission par aérosols.

Faute d'une communication ad hoc –et ce malgré les appels du pied de la communauté scientifique depuis des mois– le message peine à passer et les usages révèlent autant une méconnaissance qu'une incompréhension, voire une négligence. Prenons quelques exemples concrets issus de notre vie de tous les jours.

Quatre exemples révélateurs

Rendez-vous chez le médecin. La salle d'attente est pleine, certains patients toussent, portant parfois le masque sous le nez. La petite fenêtre est close et le restera tout au long de l'attente. Entre chaque patient, le temps de compléter les dossiers et de faire une mini-pause, le praticien ôte son masque et ne le remet que lorsque le patient pénètre dans son cabinet.

Passage dans une pharmacie. À l'entrée, du gel hydroalcoolique bien en vue. Au comptoir, derrière son Plexiglas d'un mètre de hauteur, la préparatrice porte une visière mais pas de masque. Elle porte aussi des gants en plastique et désinfecte la carte vitale qu'on lui tend avant de l'introduire dans le lecteur.

Samedi soir à Paris dans un petit bar où l'on écoute de la musique. Les clients s'amassent et le patron, seul au comptoir, ne peut vérifier les pass sanitaires de chacun. On parle fort pour réussir à s'entendre, on crie pour commander, évidemment on rit et parfois, on chante. Personne, bien sûr, ne porte de masque. Il n'existe qu'une seule manière d'aérer les locaux: laisser la porte d'entrée ouverte. Sauf que non seulement il commence à faire froid dehors, mais surtout le respect du voisinage impose de laisser porte close, au risque d'une fermeture administrative pour tapage nocturne.

Lundi depuis la gare de Cornavin, dans le train flambant neuf qui file vers Zurich, pendant les trois heures du trajet, nous serons nombreux à bord à cette heure d'affluence et beaucoup tombent le masque pour siroter leur café brûlant en oubliant de le remettre pour passer un appel (car en Suisse, ce n'est pas comme dans les TGV français: on téléphone en restant à sa place, et non pas depuis les plateformes).

Le dénominateur commun de ces quatre exemples est une méconnaissance ou une indifférence aux modes de transmission du Covid (mais aussi de la plupart des maladies à virus respiratoires, la voie aéroportée) ou une incapacité matérielle à pouvoir contrer le risque aérosol.

Le 12 novembre, Le Parisien a publié un important testing qui confirme cette bien trop légère prise en compte de la transmission par aérosols. Les résultats sont éloquents: trains, bars, restaurants, boîtes de nuit, salles de spectacle, murs d'escalade, salles de classe... la plupart des lieux testés affichent des concentrations de CO2 témoignant d'une bien trop faible ventilation qui crée des espaces particulièrement propices à la propagation du virus.

Pourtant, dans de nombreux cas, s'adapter et prévenir la transmission par les aérosols est très efficace, relativement simple et ne demande ni investissements démesurés ni technologies poussées.

Fourbes micro-gouttelettes

Afin de mieux comprendre de quoi nous parlons, une petite mise au point préalable s'impose peut-être. Lorsque nous respirons, parlons, crions, chantons, rions, toussons, éternuons... nous émettons des micro-gouttelettes et des postillons de tailles différentes. Au-dessus d'une taille de 100 microns, on parle de gouttelettes ou plus communément de postillons. Nous les connaissons bien parce que nous pouvons parfois les voir. Si la personne qui postillonne est elle-même contaminée par un virus respiratoire comme celui du Covid, elle pourrait en théorie le transmettre par cette voie (que l'on peut qualifier de «balistique») aux personnes qui se trouvent juste en face d'elle (suffisamment près, à quelques dizaines de centimètres, sur les muqueuses de la bouche, des narines ou sur les conjonctives oculaires, pour que ces postillons puissent être inhalés).

Ces gouttelettes tombent rapidement, par l'effet de la gravité, vers le sol dans un rayon de 1 à 2 mètres. C'est ce type de transmission –avec celui par les surfaces qui peuvent aussi être contaminées par la voie balistique– qui a fait jusqu'à présent l'objet de toutes les attentions des pouvoirs publics, à tort. Car c'est là que le bât blesse: c'est oublier que les postillons ne sont pas nos seules émissions aériennes et que par ailleurs, ils n'ont été rapportés jusqu'à présent que de manière très anecdotique comme responsables de la transmission du coronavirus et des autres virus respiratoires.

En effet, nous émettons aussi de minuscules gouttelettes dont le diamètre est inférieur à 100 microns, et qui sont presque invisibles et imperceptibles: les aérosols. On peut les voir s'échapper de notre bouche ou de nos narines dehors en hiver, et se diluer rapidement dans l'atmosphère extérieure.

Si une personne contaminée est restée dans une salle pendant un certain temps et que la salle n'est pas ventilée avant la réunion suivante, les participants aux deux réunions peuvent être contaminés.

Ces micro-gouttelettes aérosolisées sont fourbes: elles peuvent planer longtemps dans l'air –pour les plus petites, celles de moins de 5 microns, jusqu'à plusieurs heures– et se déplacer sur plusieurs mètres dans une pièce. En fait, nos micro-gouttelettes de respiration se comportent un peu comme la fumée de cigarette, un autre nuage d'aérosols que nous visualisons mieux et qui peut aussi planer plusieurs minutes ou heures dans une pièce mal ventilée.

Alors, si une personne contaminée par le virus est restée dans une pièce pendant un certain temps, mettons, le temps d'une réunion, et que la salle n'est pas ventilée avant la réunion suivante, il est possible que les participants à la première puis à la seconde réunion soient contaminés.

En outre, plus ces micro-gouttelettes sont petites, plus elles ont tendance à entrer profondément dans les voies respiratoires et être à l'origine de formes pulmonaires graves d'emblée.

Des mesures individuelles

Alors, comment se protéger de la transmission par ces aérosols provenant de notre respiration? D'abord, n'enterrons pas nos «classiques»: la distanciation physique, les jauges, les masques, et le vaccin. Si les deux premières ont d'abord été conçues pour limiter la transmission par postillons, elles gardent toute leur pertinence: le nuage d'aérosols se déplace à plusieurs mètres de la source émettrice mais plus on en est loin, moins la concentration d'aérosols est importante. Par ailleurs, moins il y a de monde dans une pièce, moins forte est l'émission de CO2, moins élevé le risque qu'une personne soit contaminée et meilleure la capacité à ventiler correctement les lieux.

Ensuite, il faut bien comprendre qu'aucune mesure seule n'est efficace à 100% et que l'objectif est de créer des conjonctions de mesures qui, elles, réduisent substantiellement le risque de transmission. Cela repose sur des mesures individuelles et collectives.

Individuelles, c'est essentiellement la vaccination et le port du masque. «Lequel choisir? FFP2? Chirurgical? En tissu?» nous demanderez-vous. À cette question, nous répondrons sobrement: «Le masque que vous êtes sûr de porter sur le nez et la bouche dans les situations qui l'exigent.» Si le masque FFP2 est, en laboratoire, le plus efficace de tous pour filtrer les microparticules, les essais cliniques ayant comparé les masques entre eux n'ont jamais réussi à établir la supériorité des FFP2 sur les masques chirurgicaux dans la prévention de la transmission des virus respiratoires en conditions réelles.

En outre, on peut interroger l'impact écologique des masques jetables et préférer, au moins dans certaines conditions, les masques en tissu. Le bon côté de savoir que la voie aérosol est reconnue aujourd'hui comme quasi exclusivement responsable des contaminations par le coronavirus, c'est qu'il n'est plus besoin de verser dans un hygiénisme obsessionnel concernant la manipulation des masques: quelle utilité de se laver les mains avant et après l'avoir mis, puisqu'on n'attrape pas (ou vraiment anecdotiquement) le virus par les mains ou les surfaces infectées?

Des mesures collectives

En revanche, la conséquence de cette voie de contamination est sans appel sur le plan collectif, car la ventilation des espaces clos est absolument essentielle pour prévenir la transmission par aérosols. En effet, ceux-ci se «diluent» dans l'air et moins leur concentration est élevée, moins le risque de contagion est grand. Alors que faire?

D'abord, mesurer la qualité de l'aération de la pièce; comment savoir sinon qu'une pièce dans laquelle on pénètre est suffisamment aérée? Nous y reviendrons plus en détails plus bas.

Ensuite, aérer systématiquement et efficacement les locaux. C'est-à-dire ouvrir les fenêtres et les portes en grand plusieurs fois par jour afin de créer des courants d'air. Il est aussi possible d'utiliser des purificateurs d'air équipés de filtres dits HEPA (High Efficiency Particulate Air), c'est-à-dire de classe minimale H13 selon la norme EN 1822-1 et installés de manière étanche pour arrêter efficacement les particules fines de l'air de la pièce, dont les aérosols de notre respiration susceptibles de véhiculer le virus.

À noter pour les amateurs de DIY: deux ingénieurs de l'Université de Californie, Richard Corsi et Jim Rosenthal, PDG d'une entreprise de fabrication de filtres, ont apporté une réponse low cost en développant un concept baptisé «Corsi-Rosenthal Box», qui se réalise à la maison en moins d'une heure et qui est un dispositif efficace à faible consommation énergétique, donc respectueux de la planète. Sinon, il en existe sur le marché à moins de 150 euros.

Il est possible de casser la dynamique de transmission en mesurant la concentration de CO2 dans les locaux, puis en les ventilant correctement.

Afin d'évaluer la qualité de l'air intérieur et d'agir en conséquence, il est possible d'effectuer des mesures répétées de la concentration de CO2 à l'aide de capteurs. Il n'existe pas aujourd'hui en Europe, ni même en France ou en Suisse, de normes contraignantes pour assurer la qualité de l'air intérieur qui imposeraient déjà de mesurer en continu la concentration de CO2, puis qui fixeraient des concentrations à ne pas dépasser pour recevoir du public ou qui imposeraient d'installer des purificateurs d'air en cas de ventilation insuffisante.

Pourtant, des chercheurs taïwanais avaient ouvert la voie. C'était avant la pandémie de Covid-19 et cela concernait un autre agent microbien qui se transmet également quasi exclusivement par voie aérosol, le bacille de Koch, responsable de la tuberculose. Une épidémie sévissait alors dans une université de Taïwan. Les chercheurs ont mesuré la concentration de CO2 dans les amphithéâtres et ont découvert des taux de plus de 3.200 ppm [parties par million] de CO2. Leur intervention a consisté à améliorer la ventilation des amphis: arrivés à 1.000 ppm, ils avaient grandement réduit les transmissions et au-dessous de 600 ppm, le risque était tombé à zéro.

Il est donc possible de casser une dynamique de transmission dans des locaux fermés recevant du public, d'abord en mesurant la concentration de CO2, puis simplement en les ventilant correctement.

Aujourd'hui, il nous semble urgent d'imposer des normes contraignantes vis-à-vis de la qualité de l'air qu'il convient de mesurer systématiquement et de manière continue dans tous les espaces clos recevant du public, puis en fixant des critères à partir desquels il ne devrait pas être possible de recevoir du public.

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Il s'agit peut-être, couplée à la vaccination et au port du masque, d'une mesure totalement oubliée qui pourrait faire une grande différence cet hiver. Différence non seulement sur la pandémie de Covid, mais aussi sur les épidémies de virus respiratoire syncytial (VRS, virus de la bronchiolite) et de grippe, toutes rapidement responsables de saturation des services hospitaliers adultes et pédiatriques.

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