Égalités / Sciences

Les hommes gays et bisexuels sont en meilleure santé mentale dans les pays les plus tolérants

Temps de lecture : 2 min

Venir d'un pays intolérant et s'installer dans un autre où les lois et les attitudes sociales sont favorables aux minorités sexuelles diminue le risque de dépression et de suicide.

Leur santé mentale s'améliore d'autant plus s'ils ont immigré depuis cinq ans ou plus. | Sharon McCutcheon via Pexels
Leur santé mentale s'améliore d'autant plus s'ils ont immigré depuis cinq ans ou plus. | Sharon McCutcheon via Pexels

Les hommes appartenant à une minorité sexuelle –ceux qui se disent gays ou bisexuels et/ou qui ont des relations avec d'autres hommes– représentent l'un des groupes les plus vulnérables face à la dépression et au suicide. On estime ainsi leur risque psychopathologique entre 1,5 à 4 fois supérieur à celui des hétérosexuels. En Amérique du Nord, des travaux menés ces dernières années montrent même que les troubles mentaux dits «intériorisés» sont désormais plus nuisibles à la santé de ces hommes que le VIH/sida.

Mais, comme le révèle une grande étude publiée le 15 novembre, cette situation n'est en rien immuable et s'améliore à mesure que la stigmatisation structurelle d'un pays diminue. En d'autres termes, lorsque l'appareil législatif intègre les membres des minorités sexuelles comme des citoyens à part entière et qu'il s'arme de textes visant à les protéger contre les violences et les discriminations.

Ce travail, exploitant des données provenant de quarante-huit pays, étaye des recherches antérieures montrant que les lois, politiques et attitudes sociales anti-LGBT+ d'un pays génèrent une stigmatisation structurelle, susceptible d'avoir un impact négatif sur la santé mentale des hommes gays et bisexuels. Pour en tester les effets délétères sur la santé mentale, l'équipe menée par John Pachankis, de la faculté de santé publique de Yale, a suivi une méthode à rebours consistant à examiner les données d'homosexuels et bisexuels immigrés de pays à forte stigmatisation structurelle vers d'autres où elle est beaucoup moins prégnante.

Il en ressort que les hommes homosexuels et bisexuels voient leur risque de dépression et de suicide significativement baisser lorsqu'ils quittent un pays à stigmatisation élevée pour un autre où elle est moindre, un effet d'autant plus fort lorsqu'ils y sont installés depuis au moins cinq ans.

Stigmatisation structurelle

L'étude exploite les données d'une enquête réalisée en ligne entre 2017 et 2018 auprès de 123.428 participants vivant en Europe et en Asie. La plupart d'entre eux étaient des hommes gays ou bisexuels, tandis qu'environ 6% avaient des rapports sexuels avec d'autres hommes tout en se disant hétérosexuels.

Pour évaluer la santé mentale de leurs sujets, les chercheurs leur ont demandé s'ils se sentaient obligés de dissimuler leur orientation sexuelle, tout en mesurant leur isolement social et les attitudes négatives à l'égard de l'homosexualité (homonégativité) qu'ils avaient intériorisées. Quant à la stigmatisation structurelle, les scientifiques l'ont jaugée grâce à un indicateur compilant des attitudes sociales à quinze lois et politiques relatives aux droits des LGBT+ –celles autorisant, par exemple, le mariage ou l'adoption pour des couples de même sexe.

Chez les 106.883 hommes vivant encore dans le pays intolérant où ils étaient nés, la stigmatisation structurelle était associée à des niveaux élevés d'isolement social et d'homonégativité intériorisée générant dépression et tendance au suicide. À l'inverse, les 11.831 participants ayant quitté un pays à forte stigmatisation pour partir vivre dans une contrée qui leur était plus accueillante avaient vu leur santé mentale s'améliorer, et d'autant plus s'ils avaient immigré depuis cinq ans ou plus.

À noter que dans l'échantillon, plus réduit, d'hommes partis de pays à stigmatisation structurelle faible vers d'autres où elle était plus élevée, les individus ne manifestaient aucune dégradation significative de leur santé mentale. Ce qui pourrait indiquer, selon Pachankis, qu'avoir grandi dans un pays tolérant soit durablement bénéfique à sa santé mentale.

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