Politique / Culture

Le secret de la diplomatie russe au début de l’époque moderne: l’alcool 

Temps de lecture : 2 min

Plus un ambassadeur est servi en alcool, plus il est apprécié.

Le couple ivre, Jan Steen,1625-1679, Haarlem, Amsterdam, Rijksmuseum. | Via Jean-Louis Mazières via Flickr
Le couple ivre, Jan Steen,1625-1679, Haarlem, Amsterdam, Rijksmuseum. | Via Jean-Louis Mazières via Flickr

«Boire de l'alcool est une affaire ordinaire pour eux, tous les jours de la semaine», écrit Giles Fletcher, ambassadeur en Russie, en 1588. C’est Tatyana Zhukova, historienne, qui rapporte ces propos dans le magazine History Today. Cette image, qui peut sembler peu flatteuse, est régulièrement évoquée dans les journaux de diplomates et voyageurs du début de l’époque moderne (XVIe siècle - XVIIIe siècle) et infuse encore aujourd’hui dans notre imaginaire collectif stéréotypé.

L’historienne explique: «Il y a une part de vérité dans cette image du Russe ivre, car l'alcool joue depuis longtemps un rôle important dans la culture russe.» À l'époque moderne, dans le cadre familial, religieux et amical, la consommation d’alcool fait partie des rituels, à tel point qu'un refus de boire est considéré comme un acte de déshonneur et, dans un contexte diplomatique, comme une grave violation de l'étiquette.

Dans les échanges diplomatiques entre la Russie et l’Angleterre, la quantité et la qualité de l’alcool fourni par jour sont déterminées en fonction du rang hiérarchique du diplomate en visite. Elles peuvent aussi évoluer en fonction des désaccords.

Des litres et des litres

En 1614, l’historienne relève que Sir John Merrick, un ambassadeur extraordinaire en voyage en Russie, se voit fournir, par jour, un demi-litre de Polugar (un «vin de pain» au taux d’alcool plus proche de la vodka que du pinot), un verre de vin, trois d’hydromel, une trentaine de litres d’hydromel léger et 18 litres de bière. Ses accompagnateurs et ses servants sont, eux aussi, servis de manière individuelle, dans une quantité moindre. Tout cet alcool est offert comme une faveur royale.

L’historienne décrit aussi l’un des rituels les plus courants ayant lieu pendant les dîners entre ambassadeurs et dignitaires russes. Bien qu’ils aient lieu chez l’ambassadeur, ce sont les services du Tsar qui fournissent l’alcool et la nourriture. «Le rituel commence en buvant un verre de vin à la santé du Tsar, suivi de toasts similaires à la santé de l'héritier du tsar, du souverain anglais, de la famille royale anglaise, à la santé de l'ambassadeur, à celle des fonctionnaires russes et à celle de chaque membre de l'ambassade par ordre décroissant d'ancienneté.» Ce cycle infernal peut même être répété jusqu’à l’intoxication d’une ou des parties.

Le refus de boire n’est pas accepté. En 1583, un ambassadeur anglais est malade, les dignitaires russes se rendent dans sa chambre pour que le dîner et la boisson y soient servis.

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Il est difficile de savoir quels succès en termes de négociation pouvaient réellement être obtenus avec de telles pratiques. Mais c’est ainsi que la diplomatie se pratiquait au début de l’époque moderne, elle était moins rigide qu’aujourd’hui et plutôt «une série d’actions adaptées à chaque diplomate en fonction des circonstances».

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