Santé

«J'éprouve des sentiments romantiques à l'égard d'un personnage de fiction»

Temps de lecture : 3 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Pierre, qui a du mal à accepter son histoire d'amour fictive.

«Quand je vois ce personnage, je ne peux m'empêcher de vouloir le voir être heureux.» | Benjamin Réthoré via Flickr
«Quand je vois ce personnage, je ne peux m'empêcher de vouloir le voir être heureux.» | Benjamin Réthoré via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par WhatsApp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Je m'appelle Pierre et j'ai 16 ans.

Je suis un adolescent banal, avec quelques amis avec qui je m'entends et rigole beaucoup et auxquels je suis attaché, des parents aimants, des bons résultats à l'école. J'ai une passion vorace pour la lecture et les mangas. Bref, rien en particulier qui pourrait être sujet à problème.

Seulement voilà, tout ce beau et flatteur portrait cache quelque chose que j'ai du mal à comprendre et qui me fait sentir à la fois heureux et triste en même temps. Il semblerait que j'éprouve des sentiments romantiques à l'égard d'un personnage de fiction. Non, ce n'est pas une blague.

J'ai déjà été attaché à des personnages de fiction, ça ne m'avait jamais dérangé puisque l'un des buts de la fiction est de nous immerger dans l'histoire et de nous faire rêver. Mais ça n'a clairement rien à voir avec ce que je ressens actuellement. Quand je vois ce personnage, je ne peux m'empêcher de vouloir le voir être heureux continuellement, et j'ai des papillons dans le ventre.

Seulement voilà, le personnage n'est pas réel. Le fait d'être amoureux de ce personnage me fait me poser un tas de questions sur mon futur comme «et si cette amour perdurait?», «comment gérer cette situation?».

D'un côté, cet «amour», si on peut appeler ça comme ça, m'a permis de développer une plus grande créativité et m'a permis de m'essayer aux poèmes ou autres dessins que j'apprécie particulièrement et me permet de me rendre heureux ou de me motiver dans les moments difficiles. Mais d'un autre côté, le personnage n'est pas réel...

Il ne le sera jamais, une relation comme celle-ci sur le long-terme n'est pas viable. J'aimerais en parler à des amis, à mes parents ou à un psy mais la peur du jugement et de révéler cette facette de moi-même m'empêche de le faire. J'ai peur qu'il me prenne pour quelqu'un de malade ou qui a des problèmes mentaux.

Mais d'un autre côté, si je décide moi-même de renier ces sentiments, je sais que cela me fera mal sur le coup et que j'aurai du mal à m'en remettre, que ça me détruirait mentalement comme une vraie rupture en somme.

Pierre

Cher Pierre,

Je vais vous répondre quelque chose que vous trouverez peut-être étrange, mais nous aimons tous et toutes un peu des personnages de fiction. On se crée toutes et tous des carapaces sociales. On cherche à se montrer sous son meilleur jour et même sous le jour spécifique dont on suppose qu'il plaira le plus aux autres. C'est encore plus vrai dans les phases de séduction et au début de la relation. On ne sait jamais vraiment de manière absolue qui est l'autre. Il ou elle est aussi ce qu'on a envie d'y voir.

Je ne vois personnellement pas ce qu'il y aurait de mieux à être totalement seul plutôt que d'être amoureux d'un personnage. Vous dites vous-même que vos sentiments vous nourrissent et offrent un terreau fertile à la créativité. Cette histoire vous construit, tout simplement.

Il existe des personnes qui entretiennent des relations avec des objets, des robots ou des personnages virtuels dans plusieurs pays, dont le Japon. Il n'est pas difficile à analyser que ces relations sont aussi confortables quand on a peur ou pas envie de mettre un aspect physique dans son histoire. Je ne vois pas ce qu'il y a de mal à vouloir se sentir en sécurité et à composer un amour qui nous ressemble et répond à nos besoins.

Dans la vie, souvent, nos besoins et nos envies évoluent. C'est ce qui explique en partie les statistiques autour du divorce. Mais on peut imaginer aussi que vous puissiez vous réveiller un matin et que le personnage tant aimé ne vous suffise plus ou qu'il manque quelque chose à votre relation. Peut-être même allez-vous faire une rencontre et qu'à ce moment-là, un choix sera nécessaire de votre part. Vous avez 16 ans, Pierre, tout peut se passer et tout a le temps de se passer. Si vous aimez, aimez fort.

Ce que vous vivez, c'est ce dont vous avez besoin maintenant, c'est ce vers quoi votre cœur et votre corps vous ont mené. Il y a aura peut-être, certainement, un moment de rupture, mais celui-ci n'a pas besoin d'être dramatique. Et surtout, il n'a pas besoin d'être forcé. Je crois plus aux conséquences négatives d'une volonté de se conformer à la norme qu'à celle de mener sa route conformément à ses sentiments. Vous ne faites de mal à personne, ni à ce personnage ni à vous-même. Pourquoi faudrait-il vous obliger à payer le prix de votre singularité? Pourquoi y aurait-il un prix à payer? Allez à votre rythme, suivez votre route. Vous êtes heureux, aujourd'hui, c'est tout ce qui compte vraiment.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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