Culture

Les sitcoms ont définitivement dit adieu aux rires enregistrés

Temps de lecture : 2 min

Née dans les années 1950 de l'imagination d'un ingénieur du son américain, cette technique semble aujourd'hui totalement dépassée. À plus d'un titre.

La sitcom imaginaire «Horsin' Around», dans la série animée «BoJack Horseman». | Capture d'écran Netflix France via Youtube
La sitcom imaginaire «Horsin' Around», dans la série animée «BoJack Horseman». | Capture d'écran Netflix France via Youtube

Sept décennies et puis s'en vont: les rires pré-enregistrés qui accompagnaient certaines sitcoms semblent avoir définitivement quitté le paysage audiovisuel. Mashable s'en émeut et revient sur l'historique de cet artifice destiné à combler les blancs et à donner envie au public de s'esclaffer à son tour.

C'est au cours des années 1950 que l'idée d'une bande sonore composée de rires a germé. Souvent enregistrés en public, les programmes comiques bénéficiaient alors des rires de l'assistance... mais les choses se sont compliquées lorsque les réalisateurs ont commencé à utiliser plusieurs caméras pour multiplier les angles. À chaque prise correspondait un type de rire différent, ce qui posait des problèmes insolubles en matière de montage.

On doit la solution à Charley Douglass, l'inventeur de la Laff Box, un dispositif ressemblant à une machine à écrire qui permettait de lancer 320 rires différents, tous préalablement enregistrés. La plupart avaient été captés sur le plateau du programme comique The Red Skelton Show, qui était truffé de séquences de mime. Pratique pour recueillir des rires sans que s'y superposent les voix des comédiens et comédiennes.

Le Covid, fossoyeur de rires

Si la naissance du rire pré-enregistré est marquée de façon précise, sa mort est plus difficile à dater. The Big Bang Theory, qui a fait ses adieux en 2019, est sans doute l'une des dernières séries à avoir fait usage d'un tel artifice. Pour les spécialistes, il est possible que la pandémie soit à l'origine de la disparition définitive de ces rires: dans un monde fait de huis clos et de jauges, à quoi bon tenter de faire croire à un large public riant comme un seul homme face aux facéties de ses acteurs et actrices comiques préféré·es?

L'irruption de The Office, imparable monument comique dont les versions britannique puis américaine ont été des cartons jamais démentis, a sans doute précipité les choses, elle aussi. Le journaliste Chris Taylor souligne d'ailleurs que depuis le premier Emmy reçu par la version états-unienne (avec Steve Carell dans le rôle principal), aucun programme avec des rires additionnels n'a plus jamais été élu meilleure série comique.

Sur Youtube, quelques petits malins se sont amusés à enlever les rires enregistrés de certains épisodes de séries réputées pour leur drôlerie. Friends ou encore Seinfeld ne sont pas sortis grandis d'une telle expérience, enchaînant les silences gênants et perdant soudain toute leur énergie comique.

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Depuis que des séries comme BoJack Horseman, Kevin Can F**k Himself ou WandaVision ont carrément utilisé les rires enregistrés comme des outils destinés à créer le malaise, à la manière de ce que le tandem Oliver Stone - Quentin Tarantino avait imaginé dans Tueurs nés dès 1994, il est devenu carrément inenvisageable de continuer à créer une hilarité factice au lieu de se contenter d'écrire et de produire du matériau comique de qualité.

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