Sciences

Chez les condors de Californie, la reproduction se fait à présent sans mâle

Temps de lecture : 2 min

Toujours menacée, l'espèce a cependant pu reprendre son essor grâce à ce phénomène peut-être plus courant qu'on ne l'imagine.

Un condor de Californie. | Oregon State University via Flickr
Un condor de Californie. | Oregon State University via Flickr

C'est le plus grand oiseau volant d'Amérique du Nord, rapporte The Guardian. Avec son envergure d'environ 3 mètres, le condor de Californie peut atteindre une altitude de près de 4,5 kilomètres, soit la moitié de celle atteinte par un avion de ligne. Mais ce n'est plus la seule spécificité de cette espèce: les scientifiques viennent en effet de découvrir qu'en l'absence de mâles, les femelles parvenaient à se reproduire entre elles.

C'est ce qu'on appelle la parthénogenèse, mode de reproduction étudié pour la première fois en 1740 par le naturaliste et philosophe Charles Bonnet. Il avait alors découvert que des pucerons étaient capables de se reproduire indépendamment de toute sexualité, le développement d'un individu pouvant se dérouler à partir d'un ovule non fécondé.

Responsable du département génétique et biodiversité pour le pôle californien de l'ONG Wildlife Alliance, qui travaille avec le zoo de San Diego sur la préservation des animaux sauvages, Oliver Ryder explique que les condors sont en danger depuis un siècle. Les Européens qui se sont installés dans l'Ouest ont souvent tué, empoisonné ou capturé ces oiseaux, mais également collecté leurs œufs. En 1982, on ne comptait plus que 22 individus, et leur extinction semblait quasiment inéluctable.

Des mâles présents mais inutiles

Plus récemment, grâce à l'action du zoo de San Diego, la population est remontée à environ 900 condors de Californie. Dernièrement, des analyses ADN ont été menées sur ces animaux afin de déterminer les liens de parenté entre eux et d'éviter la consanguinité. Ces recherches ont abouti à des résultats imprévus, qui ont posé question. Oliver Ryder décrit notamment le cas de deux femelles venues d'un œuf dépourvu du matériel génétique de leur père présumé. Une découverte inattendue mais confirmée à de multiples reprises par différentes méthodes d'analyse.

De fil en aiguille, Ryder et son équipe ont abouti à la conclusion qu'il y avait eu parthénogenèse. Un phénomène qui survient principalement lorsque les femelles n'ont pas accès aux mâles. Or ce n'est apparemment pas le cas chez les condors de Californie: il reste des mâles, et ceux-ci sont accessibles. Cette découverte ouvre donc des perspectives immenses, puisqu'elle indique la possibilité que bien d'autres espèces pratiquent la parthénogenèse sans que nous en ayons eu conscience jusqu'ici. Elle permet aussi d'envisager un fonctionnement de l'espèce tournant uniquement autour des femelles.

Ce mode de reproduction n'est pas sans conséquence: si les condors peuvent vivre une cinquantaine d'années, les deux derniers mâles conçus par parthénogenèse étaient peu développés et ont vécu respectivement moins de 2 ans et moins de 8 ans, avant même d'atteindre la maturité sexuelle.

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Oliver Ryder et son groupe de recherche espèrent maintenant pouvoir étudier des spécimens des XIXe et XXe siècle afin de déterminer comment et quand la parthogenèse s'est mise en place au sein de l'espèce.

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