La génération D. et les retraites
Dans la vie, on se démerde, on se débrouille, on fera pareil pour la retraite.
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La réforme des retraites se profile comme thème d'actualité n°1. Dans les reportages télé, on trouvera toujours des jeunes pour affirmer d'un air concerné face caméra que «oui, le problème des retraites me préoccupe vraiment», les syndicats étudiants vont s'inviter dans les négociations. Pourtant, dans le fond, la plupart des jeunes (20 ans) et des moyens jeunes (28 ans), n'en ont, disons-le tout net, rien à foutre. Ça peut sembler dommage mais c'est comme ça. La retraite... Alors comment dire... Comment expliquer que plus ou moins consciemment on est persuadé que nous, on en aura pas de retraite?
Mais il y a pire. Ça ne nous choque pas plus que ça. Pas parce que jeunesse folle et insouciante. En fait, cette indifférence révèle un changement en profondeur des mentalités.
Stagiaire dans l'âme
Ce que dit cette indifférence, c'est que les jeunes ont un rapport complètement différent au travail, au salariat et à l'Etat. Rien que ça. Du coup, dans le panier, on peut rajouter les droits, les revendications et le syndicalisme. Voire le code du travail, une expression qui rappelle de vagues réminiscences de cours d'histoire. On ne demande pas ou peu d'augmentation de salaire. On ne serait pas loin de s'étonner d'avoir droit à des congés payés. Des congés payés?... Genre, tu travailles pas et t'es quand même payé? Incongru aux yeux d'une génération de free-lance et de stagiaires ou, version luxe, de CDD.
Si on entend régulièrement louer le système des stages — et en partie à raison — il faut tout de même voir que ça inaugure une nouvelle mentalité. Parce qu'après deux ans de stage, votre esprit sera très longtemps marqué par la logique du stagiaire, un peu à la manière d'un faux pli. Il vous restera toujours quelque chose de ce statut. Quand on commence sa vie active en étant corvéable à merci et en général pas payé (c'est toute la délicate différence entre rémunéré et indemnisé), et qu'en prime on est même plutôt heureux d'en dégotter un de stage alors, forcément, on trouve normal d'arriver tôt et de rester tard.
De toute façon, pour être stagiaire, il vaut mieux oublier toute notion de code du travail, à moins de sombrer dans l'amertume et la dépression. Vous me direz, ça ne dure qu'un temps, ça s'arrange après. Pas tout à fait. Après un stage, vous passez en général en CDD, ce qui est une sorte de prolongement du stage mais cette fois rémunéré. Pour autant, vous êtes toujours dans une position instable. Si par miracle, vous décrochez un CDI, on vous dira que c'est la crise et qu'un CDI à notre époque, c'est déjà une chance. Le patron qui vous embauche en CDI vous fait un cadeau, sachez-le. Une fleur. Vous êtes donc plutôt enclin à vous confondre en expressions de reconnaissance plutôt que d'essayer de négocier votre contrat.
Pas de bras, pas de chocolat
L'autre cas, c'est le free-lance — de plus en plus nombreux, à tel point qu'on peut se demander si, à terme, le monde du travail ne fonctionnera plus que comme ça. Or quand vous êtes free-lance, vous vivez dans un monde beaucoup plus simple que celui des autres gens, les employés. Un monde régit par une règle: tu ne travailles pas, tu n'es pas payé. Mais attention, l'inverse n'est pas vrai. Tu travailles, tu as peut-être des chances de réussir à te faire payer au bout de quelques mois si tu sais te montrer suffisamment persuasif. Oui, le free-lance doit réussir à convaincre ses employeurs de le payer. Alors autant dire que pour lui, la retraite, c'est juste un terme militaire qui désigne le fait de se replier.
Cette idée d'être rémunéré en fonction de la quantité de travail est en train de s'inscrire dans la mentalité des jeunes. On peut me répondre que ce n'est valable que pour une portion de la population. Mais même dans les jobs proches du nouveau prolétariat, tels que les call-centers ou instituts de sondages en tout genre, vous êtes payés en fonction du nombre de formulaires remplis, du nombre d'appels passés. A l'Education nationale, un prof gagne plus s'il accepte des missions supplémentaires (comme être professeur principal).
C'est le cas depuis longtemps mais les réformes les plus récentes tendent à généraliser ce principe et à glisser de «ceux qui travaillent plus gagnent plus» à «il y en a qui travaillent moins, ils n'ont qu'à gagner moins». C'est donc un rapport au salariat totalement nouveau qui se fait jour. D'autant plus pervers que finalement, il a quelque chose de logique: être payé en fonction du travail effectué et pas en fonction des termes d'un contrat signé des mois auparavant.
Se mettre au chômage plutôt que de prendre des congés payés
Quand on en a marre, qu'on veut faire un break, on démissionne. Ou on attend la fin de son CDD. Ou on accepte pas de nouvelles missions. Et les allocations chômage sont alors perçues comme un substitut aux congés payés. Avant, quand vous n'aviez pas vu quelqu'un depuis plusieurs mois, vous lui demandiez «ça se passe toujours bien ton travail chez Xentreprise?» Maintenant, on se demande «Et tu fais quoi en ce moment? T'es toujours chez Xentreprise?» en sachant qu'il y a de fortes chances pour que la réponse soit négative. Ces changements de boulots pourraient faire penser à une génération zapping. Mais le zapping a une connotation de flânerie, de glande, de superficialité. En réalité, il s'agit davantage d'une génération d'auto-entrepreneurs. Sans forcément être officiellement déclaré en tant que tel, on a tendance à envisager sa carrière comme une entreprise qu'on gère. Même en CDI, un employeur est une sorte de client pour lequel on travaille un temps avant de trouver un autre client.
Une multiplicité simultanée
Non seulement on change plusieurs fois de boulot, de secteur d'activité, de façon diachronique donc, mais même de façon synchronique, on multiplie les activités différentes en même temps. Evidemment, il y a des raisons financières. On cumule plusieurs jobs parce que mis bout à bout, ils permettent de payer le loyer. (Et finalement, là encore, l'extrême de cette logique c'est le free-lance qui a besoin de plusieurs clients pour vivre.)
Mais on professionnalise aussi ce qu'on appelait avant le hobby. Tout se mêle, on jongle d'une activité à une autre. On n'est pas prof. On est prof et guitariste dans un groupe de rock et blogueur. On blogue d'ailleurs souvent depuis son lieu de travail. C'est aussi cette pratique d'activités simultanées qui encourage à changer souvent de travail parce qu'elle multiplie le nombre d'opportunités. On pense utile comme tout débrouillard qui se respecte.
Donc dès qu'on trouve une activité sympa, on se demande si on ne pourrait pas en tirer un peu d'argent ou de reconnaissance. Si on caricature, avant on faisait de la confiture le dimanche pour la famille. Maintenant, le lundi matin quand on arrive au bureau, on ouvre un site internet pour vendre nos pots de confiture.
On réseaute
Les dichotomies traditionnelles s'effacent, travail/loisir mais également collègues/amis. Facebook permet de rester en contact avec ses amis certes mais aussi de se créer un réseau dans lequel se mêlent sphère professionnelle et amicale. C'est là où le terme de «réseau» ne reflète pas la réalité parce qu'il renvoie à une notion ancienne. Le réseau était auparavant réservé à un certain milieu, des gens qui avaient fréquenté les mêmes écoles, qui étaient «entre eux». C'était un peu la version boulot des rallyes.
Sur Internet, on peut intégrer un réseau qui n'est pas originellement le nôtre, du moment où l'on parvient à en assimiler les codes. Mais surtout ce réseau fonctionne pour tout. Draguer, trouver un job (ou un stage), récupérer une machine à laver. Quand quelqu'un quitte un appart pas cher, il prévient son réseau via Facebook pour que quelqu'un d'autre le récupère. On se refile les bons plans. Là où l'Etat ou la famille remplissait les rôles d'aide, d'entraide, c'est désormais le réseau qui prend le relais, d'où son importance. Ce n'est pas vraiment un idéal de solidarité qui est en jeu. C'est juste une logique de récupération parce que le recyclage, c'est un des piliers de la démerde.
Tous faussaires et pirates
Ces changements se sont faits insidieusement. Ils n'ont pas pris la forme d'une révolution. On n'a pas manifesté pour une autre société. Le résultat, c'est que ces nouveaux modes de vie ne sont pas du tout en accord avec le reste de la société. Pour autant, loin des jeunes l'idée de gueuler. Le vrai débrouillard ne va pas se plaindre, il va se démerder. Il fait avec, au mieux il râle un peu mais surtout, il trouve des solutions. Par exemple, pour avoir un appart, il est impossible de présenter les fiches de paie des différents petits boulots qu'on fait parce que 1/ on arrive rarement à trois fois le loyer, 2/ aux yeux des propriétaires qui gardent en tête l'ancien système un emploi = un salaire, ça ne fait pas sérieux comme mode de vie. Du coup, on fait des fausses fiches de paie. Pour avoir une convention de stage, on fait une fausse inscription à la fac. (Ce qui revient à payer pour avoir sa convention puisqu'il faut quand même s'acquitter des frais d'inscription.)
En résumé, on fraude.
Et dans le domaine culturel, c'est pareil. L'arsenal législatif anti-pirates ne tient pas du tout compte de la réalité du «système». Si on nous interdit de télécharger, on se rabat sur le streaming et ce n'est évidemment pas pour le plaisir de piller les artistes. C'est toute une économie qui est en jeu. Si on travaille pour pas beaucoup d'argent, on est dans un système économique fragile qui nécessite que certaines choses (dont l'accès à la culture) soient gratuites. En tant que consommateurs, les jeunes téléchargent. Et toujours selon le brouillage des frontières de cette génération D, ils sont aussi critiques et chargés de com'. Si la musique d'un groupe leur plaît, ils s'investiront et feront sa promotion, relayeront les concerts, l'actu du groupe. Ils peuvent à la fois être de vilains pirates et faire le succès d'un artiste. Et évidemment, ils sont eux-mêmes producteurs. De musique, de vidéo, de textes.
Une fois brossé ce tableau, on comprend que la question de savoir si on va calculer le taux plein des retraites sur les 25 meilleures années de salaire est très loin de la réalité vécue par de plus en plus de jeunes.
Titiou Lecoq
Photo: The couch in the forest / iMax via Flick License CC by
Mis à jour le 27/05/2010 à 7h10










































chère Titiou ,vos articles sont toujours d une precision magique...
En tant qu ex jeune (30 piges) j ai ete tailleur de pierre ,sculpteur ,macon ...et tant d autre jobs en meme temps dans plusieurs pays et actuellement je suis prof de sculpture jonglage(a propos des hobbies) ,prof de francais a l arrache,et sculpteur cumulant les jobs ,en turquie.
j ai toujours eu le sentiment que la retraite ce n est pas pour nous et que ce systeme est biaisé.peut etre serai je d un autre avis si je ne reussis pas a avoir assez de sous pour mes vieux jours...
les nouvelles generations vivent dans un environnemet different ,donc avec une logique differente de celle de leurs parents.le probleme c est qu on ne sait pas encore recuperer les combats de nos ancetre pour leur redonner une forme moderne.quid des acquis sociaux de grand papa? est ce que l idee restera ou on revient au XIX siecle?
Je suis entierement d'accord avec cette article, malgre mes 34 ans je me sens en phase avec ce descriptif, et les generations suivantes sont encore plus proche de la descritption faite dans cet article.
La France de demain arrive à grand pas enfin, le changement et l'adaptabilite dont notre societe à besoin, vont devenir peu à peu un mode de vie.
L autoentrepreneur deviendra surement le modele classique et à l inverse le cdi de papa/maman un archaisme.
Quand on me parle d esprit d entreprise, d implication dans une societe cela me fait rire aux eclats. c est juste depasse.
Les societes ont prone et mis en avant la flexibilite, voir dans certains cas l esclavagisme moderne (cdd, stage etc..) mais le phenomene est totalement destructeur pour une entreprise.
Le turn over de plus en plus important, l esprit d entreprise absent.
Ce qui est navrant c est que la France decouvre peu à peu un phenomene qui existe depuis une bonne dizaine d'annee dans les pays anglosaxons.
Au point ou les entreprises changent deja d'attitude, et essaye de traiter ses salaries differement, et d'eviter le plus possible la perte de competence.
Soyons sérieux, nous-mêmes entre 20 et 30 ans étions à cent lieues de penser à nos retraites, trouver un job était facile et, ayant été "chasseur de têtes" dans une de mes vies antérieures, j'aurais été choqué qu'un jeune cadre de 25 ou 30 ans me pose des questions sur sa retraite!
Alors, pas vraiment de quoi se (leur) prendre la tête, de toute façon NOUS déciderons pour eux!!
Comme souvent, un très bon article de Mlle LECOQ;
A rapprocher du livre "L'avenir du Travail", livre écrit sous la direction de Jacques Attali
Cet article est bizarre, il touche à tout, et je suis loin d'être convaincu. J'ai l'impression que sa ne touche qu'une petite partie de la population, ce que vous mettez en avant. Autant je suis d'accord avec le rôle des indémnités chômages, mais la réalité d'un tel changement à plus ou moins long termes, je n'y crois pas.
La génération stage, ouaip, je suis stagiaire et sincèrement travailler plus pour gagner plus j'y crois pas trop... quand il y a de plus en plus de travail où il faut tout faire, ça me paraît un peu fou.
On dirait un roman ou une utopie, ça me rappel ces films complétements fous tel eternal sunshine.
Si totalement vrai... bravo !
Comme toujours, un article très intéressant et je prends autant de plaisir a vous lire sur slate que sur votre blog !
En tout cas, je me retrouve bien plus dans cette vision de la jeunesse que dans celle decrite dans l'article "Les apéros géants, un pied de nez à la crise"
Merci !
Comme les autres avant moi, âs beaucoup plus à dire sauf que j'ai plus de 50 ans et que je vis comme ça, plutôt à mon grand plaisir. Mais pourquoi écrire "D'autant plus pervers que finalement, il a quelque chose de logique"?
D'une effectivement, je pense que le principe du jeune, c'est de se foutre un peu de sa retraite. C'est une problématique de vieux.
Mais la description de la jeunesse faite par la journaliste est juste dramatique.
Où sont les CAP, les BEP, les apprentis, les techniciens, les ouvriers, les professeurs ?
Les jeunes qu'elle décrit sont ses potes, ses relations.
Bref c'est son monde.
Je trouve effarant d'être déjà autant déconnectée.
L'article en lui-même est surement très juste mais pas pour toute une génération.
Un peu comme si un jeune qui sort de HEC écrivait:
"maintenant, tous les jeunes doivent faire un voyage de 6 mois à l'étranger pour réussir. C'est ce que nous faisons, nous les jeunes".
Surtout que toutes ces privations qu'acceptent les jeunes que la journaliste décrit, ils l'acceptent comme une porte d'entrée: "ok je ferme ma gueule, mais demain ahahaha". Il y a tout un tas de gens, tous un tas de jeunes pour lesquels c'est plutôt: "je ferme ma gueule mais demain, quoi?" Bah demain rien mon pote mais tu fais partie de la génération D alors c'est cool. Et comme tu te débrouilles bien après 30 ans à faire vigile ben heu tu gagneras toujours 1000 euros.
Bon en même temps c'est pas grave.
En même temps en lisant les réactions, je me dis que ce sondage définit très bien le lectorat de slate. La cible de cet article ce n'est pas la génération d, c'est de définir le lectorat de slate.fr!
Malgré les commentaires, je pense toujours que cet article est un peu comme écrit plus haut dans son monde. Mais en même temps parler de génération d, c'est pas trop juste, génération sans fontières serait beaucoup plus juste.
17 ans et j'adhère.
Comme il y a plusieurs commentaires qui pointent la même chose, je fais une réponse groupée.
Dans l'article, je devançais la critique en écrivant : "On peut me répondre que ce n'est valable que pour une portion de la population." C'est forcément une question que je me suis posée. Mais je persiste à penser que ce sont des conditions de travail à peu près communes à tous les jeunes. A l'heure actuelle, sans diplôme, on ne rentre pas dans une usine pour y rester toute sa vie. On va de CDD en missions d'intérim en période de chômage - la problématique est la même. Le CDI reste un cadeau incroyable qu'on nous fait.
Pour ceux qui ont des CAP ou des BEP, c'est pareil. C'est même en les écoutant que je me suis faite la réflexion pour la première fois. J'ai travaillé plusieurs années dans un Lycée Professionnel et en suivant les élèves après leurs études, on se rendait compte qu'ils changeaient de travail tous les ans. (Certains d'ailleurs, bossaient comme caissiers chez Mac Do en même temps qu'ils étaient au lycée.) Et dans leurs discours, il n'y avait aucune revendication. Pour le coup, le code du travail, ça leur était totalement inconnu (malgré les cours de VSP). Ils s'en foutaient parce que dans le fond, ce qu'ils voulaient c'était être riche et célèbre. (En faisant quoi, ça, ça restait assez flou dans leur esprit.)
@Valoche : et au sujet des profs, j'en parle dans l'article mais j'aurais pu développer sur le fait que l'Education Nationale emploie de plus en plus de vacataires qui, au final, sont un peu comme des profs free-lance, qui changent d'établissement chaque année et se retrouvent même dans plusieurs établissements à la fois.
Bon ben j'ai pas lu le même article ou j'étais déjà tellement remonté que je ne lisais plus vraiment. Je suis passé à côté des références au prof et de "On peut me répondre que ce n'est valable que pour une portion de la population."
Bien bien bien. Je pourrais contre-argumenter pour prouver que j'ai raison quand même mais là sur le coup, du coup, j'ai un peu tort.
Belle analyse sur comment la précarité nous pousse au changement. En revanche, pas sûr qu'on en fasse un idéal de vie avant longtemps. Je pense qu'avec l'expérience professionnelle aidant, on finit -quand on a de la chance - par se sédentariser. Cette période de démerde serait alors d'avantage une sorte de rite de passage pour ceux qui n'ont pas fait de grandes écoles.
On voit à quel point le parti socialiste est décalé de la réalité d'aujourd'hui, et c'est bien triste pour 2012. Pourquoi ne pas nous laisser travailler une heure par jour lorsqu'on aura 79 ans, et qu'on sera je l'espère encore bien vert? J'aimerais bien un pays où les vieux maîtres en stage (rémunérés) ou en cdd seraient là pour aider la jeunesse (en plus ça exciterait leur libido déclinante et ajouterait sans doute queques mois à leur longévité)...
Tout à fait d'accord avec cet article. Mais je m'étonne que certains pensent que cela ne touche pas les "grandes écoles". J'ai fait prépa puis une école d'ingénieur faisant partie de la commission des Grandes Ecoles. J'ai commencé par faire 5 emplois en 5 ans. Je suis maintenant un peu plus stable. Je me suis donc posé la question, suis je la seule, la voie que j'ai choisi en sortant n'est peut être pas en adéquation avec ma formation. J'ai donc regardé ceux qui sortaient de mon école. Je suis restée amie avec une douzaine de ces anciens. Seuls deux n'ont pas changé de tranvail (et encore, l'un travaille chez son oncle, l'autre ne souhaite pas quitter sa ville). Tous les autres ont quitté, pas toujours volontairement, plusieurs emplois. Je me suis ensuite posé la question, est-ce que cela vient de mon école? Je participe à des échanges d'expériences entre les anciens de ma prépa et ceux qui y sont actuellement. Rare sont ceux qui n'ont pas changé d'emploi et même qui sont dans la filière de leur école.
Je ne crois pas que nous soyons nombreux à vouloir de ce système mais nous nous y sommes adaptés. Le problème ou l'avantage de ce statut précaire est qu'il est à double tranchant. En effet, je loue ma matière grise à l'entreprise contre rémunération, elle ne me doit rien, je ne lui doit rien. Nous acceptons les CDD et ne négocions peu nos salaires. Mais un ami disait qu'après le troisième jobs, on prend du recule par rapport à l'employeur. Je l'ai constaté. Un autre, son patron ne voulait l'augmenter, il ne s'est pas battu, mais il a trouvé un poste ailleurs et lorsque l'entreprise a proposé une augmentation pour le garder, ça a été :"trop tard". Je ne suis pas sure qu'à long terme ce soit bénéfique pour les sociétés.
Pour ce qui est de la retraite, de toute façon, ayant commencé à travailler à 25 ans, je devrai dépasser les 60 ans pour le départ à la retraite. Contrairement à ce qui a été dit, je m'en inquiète un peu. Rendez vous compte, au bout de 5 ans, vous avez déjà eu 5 employeurs, il faut atteindre un minimum de 40 ans, on se demande si ce sera encore 35 ans de précarité et combien faudra-t-il de papier pour justifier: les bulletins de salaires de 40 employeurs, les documents de complémentaire (est ce que ça sert de m'imposer une complémentaire, ce n'es jamais la même, si il y a des minimums de durée de cotisation, je ne suis pas sur d'avoir un retour), les documents ASSEDIC pour les périodes de chômage, ... . Cependant je ne me sens pas concernée par les dernières réformes. Un, je dois déjà trouver du travail aujourd'hui, deux, vu le temsp qu'il reste à cotiser, il y aura bien encore 4 ou 5 réformes.
Encore un magnifique article que j'ai commencé à étudier avec mes élèves madrilènes, de jeunes ingénieurs, des cadres, des cadres supérieurs ; dans tous les cas, de jeunes adultes bien placés.
Eux, ne se reconnaissent pas vraiment dans ce portrait. Il croient trop dans leur avenir professionnel.
Moi si, c'est mon portrait tout craché. La seule différence c'est mon âge, j'ai presque 50 ans et c'est le portrait de beaucoup de jeune - et moins jeunes - espagnols que je connais. Et j'en connais chaque jour d'avantage. La globalisation, l’Europe ont servi de prétexte aux défenseurs du libéralisme, de la précarité et ils ont gagné. Avons-nous perdu ? Je n'en sais rien. Un nouveau modèle apparaît, celui que vous décrivez si bien dans votre article.
Demain je l'étudierai encore, avec une autre élève, professeur d'université, la quarantaine, sur-diplômée et free-lance ...
... mais malheureusement, on glisse effectivement vers ça. Si on se laisse faire.
J'ai du mal à imaginer que tous les lecteurs de Slate qui se sont intéressés à cet article au point de cliquer dessus n'ait pas une pointe de révolte qui émerge, quelquepart au fond du cerveau.
Mince, se faire marcher dessus comme ça par le système, c'est quand même pas bien normal, non ? et le droit du travail, c'est pour les chiens ? et se regrouper en syndicat, c'est impossible ? et ne pas accepter d'être humilié parce qu'on est obligé de demander à ses parents d'être caution à 30 ans passés, c'est normal ? Et ne pas pouvoir vivre un minimum correctement parce qu'on habite en ville et que les loyers sont hors de prix, c'est obligatoire ?
J'écris avec le bouclier de la sécurité de l'emploi que j'ai la chance d'avoir parce que j'ai réussi le concours de prof des écoles, mais quand même, j'ai du mal à croire que "la jeunesse" accepte si facilement de se faire exploiter. Le mouvement du CPE, c'est pas si lointain, quand même, mince...
Je trouve le constat assez juste et assez déprimant: décrit ainsi ce système va empêcher tout une génération d'être propriétaire par exemple. Est-ce une fin en soi ou cela fait-il partie de l'idéal de nos parents qu'il ne sera pas désastreux d'abandonner?
La natalité risque également d'en prendre un coup: d'abord la difficulté à se sédentariser est dommageable pour les relations amoureuses durables, et ensuite quand on base son mode de vie sur la débrouille (donc la précarité quand même...) on a tendance a vouloir éviter une charge supplémentaire. Dans mon entourage (25-30 ans) le raisonnement est assez simple: "des enfants OK mais uniquement si je gagne beaucoup d'argent".
Bref, on avance quand même pas mal dans le brouillard, avec des objectifs pro qui apparaissent souvent difficile à atteindre et donc une certaine incapacité à faire une ébauche de "plan de vie". Ce constat se double parfois d'un certain dégout pour les grosses entreprises (cf. l'essor du free-lance) qui sont pourtant les seules à pouvoir proposer des perspectives de carrière (encore un mot "à papa"?) et des évolutions de salaire assez rapide.
Bref, c'est tout un modèle qui se délite et on ne fait pas grand chose contre. Il est vrai que notre génération n'est globalement pas revendicatrice et n'est finalement pas très attaché à ses droits pourvu qu'on lui fournisse du travail (à Bac+5 on se contente quand même parfois de stage "compensé" à 400 €/mois).
Mais ne cédons pas au catastrophisme et à la désillusion. La clé sera dans la réussite des jeunes à s'approprier la nouvelle donne. Après tout, c'est à nous de bâtir les nouveaux modes d'organisation du travail. Plus que l'avènement du free-lance (quand même pas super positif) on peut croire en la capacité qu'aura notre génération à renouveller le modèle de l'entreprise, à proposer une nouvelle façon de travailler qui s'affranchisse du big is beautiful qui a fourni tant d'emplois aux baby boomers (notamment cadres).
Votre constat est parfaitement juste, il est donc d'autant plus étrange qu'il ne semble pas vous choquer plus que ça. Le jeune qui s'occupe de sa retraite à 20 ans (mon âge) et voudrait l'emploi garanti à vie est à la fois chiant et à côté de la plaque économiquement. S'il est diplômé et bien parti dans la vie - bien né, en somme, si l'on se réfère à la dernière étude OCDE sur l'influence des parents sur la réussite sociale. Il peut néanmoins s'en occuper pour les autres (les citoyens, liberté égalité fraternité tout ça).
Cet article est un peu déprimant dans ses analyses sous-jacentes: vous refusez tout possibilité d'organisation collective des relations de travail et de la vie politique en général, parce qu'il faudrait accepter le fait que les jeunes s'en foutent, ce qui est par ailleurs assez vrai.
Pour vous, le problème des retraites touche un urbain, diplômé qui aurait un groupe de DJ sous là main, à manager pour s'en sortir. Les travailleurs seraient flexibles parce que polycompétents et seraient tous des producteurs de contenu "intellectuel". Allez donc dire ça aux ouvriers, aux immigrés sous-qualifiés, aux sans-diplômes et même plus généralement à tous ceux qui, précaires comme les autres, sont en outre éloignés des centres urbains qui pourraient leur fournir une échappatoire "fun" (c.f. supra - devenir manager d'un groupe de rock) pour monétiser leur "hobby". Bref l'essentiel de la production économique de ce pays échappe à votre paradigme de journaliste/bloggeur/communicant, de même que la majorité des travailleurs.
Enfin, que ferait-on de l'idée de redistribution horizontale? Les pauvres de votre génération ne méritent-ils plus que vous cotisiez pour eux? Parce qu'au dernière nouvelles, il y en aura beaucoup.
En somme, vous combinez l'insouciance du critique-artiste avec le néolibéralisme, pour décrire des jeunes pauvres qui n'auraient qu'à devenir des fluokids, organiser des soirées à Paris ou écrire dans Entrisme pour progresser et mettre du beurre dans les épinards. Pas top
Bonjour Kurz,
j'avoue ne pas comprendre en quoi ceci s'adresse à un urbain, diplômé qui aurait un groupe de DJ sous la main.
En effet, j'ai relu (quoique rapidement, vu que je déteste relire) et nulle part je ne vois de situations qui ne s'appliquerait qu'à cet archétype de jeune.
L'interim, ca se pratique aussi dans les petits patelins, c'est aussi dans les usines et pas besoin d'être diplômé pour ca ...
Même chose pour ce qui est de la monétisation des hobby. Pas besoin d'avoir un groupe de rock à manager. Si tu sais coudre, jardiner ou même faire des super bracelets bresiliens, ca se monetise aussi.
D'autre part, concernant la redistribution horizontale, encore une fois, je n'ai pas vu où Mlle Lecoq (Je me permets, ca fait 3 jours que je lis ton blog au boulot au lieu de bosser ...) remet en cause l'idée de redistribution. Si j'ai bien compris l'article, il s'agit ici plus de décrire l'état d'esprit général des jeunes au sens large (et peut être que mon jugement est biaisé, peut être que je vis moi aussi avec une tranche de la population avec laquelle c'est courant, mais cette vision revient à chaque fois) sur le sujet des retraites et de son rapport au sens plus large au travail et non pas de le juger. "La retraite ? De toute facon, on en aura pas" revient toujours. Pourquoi ? Aucune idée. A cause d'une dramatisation perpétuelle de ce sujet à la tv, à cause d'un défaitisme général ou à cause du grand Ctuhlu ? Possible. Mais j'ai plutôt l'impression que l'idée de la jeunesse, c'est que, de toute façon, il manque tout les ans plus d'argent pour financer la retraite. Quelqu'un va bien devoir payer. Autant que ce soit nous (comme ca, on en aura peut être une petite ...)
On peut d'ailleurs se demander légitimement pourquoi dans ce cas les jeunes ne se syndiquent pas, ne se battent pas pour leurs acquis. Une fois de plus, ce qu'il en ressort de mes discussions, c'est que la politique est vérolée (La médiatisation des scandales politiques ?), que le pouvoir corrompt les gens et que c'est le système entier que l'on devrait changer. Ce que l'on pourrait tenter de faire si l'on nous prenait au sérieux. Cependant, on a surtout l'impression de ne pas être écouté, d'être perpétuellement infantilisé (il suffit de voir Waka, le super site fait en coopération avec Skyrock qui réponds a toute mes questions de jeunes. Ouais, forcement, la, je me sens tout de suite plus écouté …). Personnellement, quand on me parle comme à un abruti, j'ai franchement pas envie de continuer la discussion.
Alors quoi ? On laisse tomber ? Ben non. On attends. On attends l'occasion de se faire écouter. Voilà tout.
En bref, pas vraiment d'accords avec l'idée que cette analyse est faussée car ne s'appliquant qu'à une frange de la population. Bon après, je ne suis pas sociologue, je ne suis pas journaliste ni politologue. Juste mon avis.
Très bon article auquel je m'identifie fortement, ayant à peine 24 ans, enchainant les CDD et les piges en freelance depuis un an, sans perspectives ni vraiment d'espoir de faire un jour ce que je voulais faire pendant mes études.
Dans notre société du spectacle, le rythme de l'existence individuelle et collective est devenu insupportablement élevé. L'information, la culture ou la politique, sont tous soumis à la cadence de productivité exponentielle imposée par la mondialisation marchande. Les gouvernements ne semblent plus quitter le terrain de l'urgence, baclant réformes après réformes, des lois mal foutues qui ne résolvent aucun problème et n'ont pas d'autres but que de soulager un peu une opinion publique de plus en plus fébrile. Jusqu'au prochain accès de crise.
Nous avons finalement atteint au stade ultime, semble-t-il, de la société matérialiste marchande : la crise perpétuelle, la précarité érigée en mode de vie et de gestion des populations.
Les baby boomers ont toujours été dans la négation du lendemain, dans la jouissance immédiate dérégulée. Peu leur importe le déluge, puisqu’ils peuvent encore aujourd'hui prolonger la fièvre consommatrice qu'ils ont initié en 68. Aussi, pas surprenant qu'après avoir brigués tous les postes importants depuis 50 ans, ils en soient désormais à négocier la meilleure retraite de l'histoire de l'homme. Et le fait que cela se fasse au prix de la misère de leurs propres enfants et petits enfants ne surprend pas non plus.
La société moderne est la plus pure expression du darwinisme sociale : les forts jouissent sur le dos des faibles. Il n'y a plus de familles ou de communautés qui tiennent : chacun dans son coin oeuvre laborieusement à sa propre survie, pendant que la génération des jouisseurs accapare l'essentiel du pouvoir, des richesses, de la culture et de l'expression public.
Les jeunes, non seulement n'ont pas le baggage culturel et historique pour pouvoir se situer dans l'histoire et dans le monde, mais n'ont tout simplement pas l'opportunité d'y entrer, même avec tous les efforts possibles. L'économie, et la société en générale, leur envoie clairement le signal suivant : ils ne sont pas désirés.
Ils sont complètement isolés par rapport à un univers qui s'est fait sans eux et qui ne veut pas d'eux. Aussi, il n'est pas surprenant que cette génération D éprouve le besoin de se construire à l'écart, entre eux. A l'exclusion qu'ils subissent quotidiennement, ils répondent par le refus des règles et de la norme. Puisqu'ils n'ont pas accès à une carrière professionnelle, ils se détachent du travail et finissent par ne plus s'y investir. Leur idéal semble également en rupture d'avec celui de leurs parents. La plupart de mes amis n'ont qu'un désir : avoir un petit coin de paix, vivre proche de la nature et en respect avec l'environnement et les autres. L'ambition n'est plus une valeur à la mode, peut-être parce qu'on a compris, pour en être les premières victimes, qu'il ne s'agit que de marcher sur la gueule des autres dans un système pyramidal.
Ceux qui gueulent à tout va qu'il n'y a pas de conflit de génération, qu'on est tous égaux dans la crise, n'ont rien compris à l'histoire du XXème siècle. Les années folles et le mouvement pacifiste étaient une injure aux vétérans de 14-18. Mai 68 et la révolution permanente était une injure à la France traditionnelle, culturelle et religieuse. L'histoire contemporaine est une série d'héritages difficiles qui a aboutit à une rupture de transmission, un phénomène inédit dans l'histoire de l'homme. Oui, après les jeunes qui renversent les vieux, nous voici devant une génération de vieux qui écrasent ses jeunes.
Qui n'accepte pas l'idée de conflit de génération restera perméable aux enjeux de notre époque.
Freelance de 37 ans, je me reconnais a 200% dans cet article, ainsi que les gens que je frequente.
La question que je me suis toujours pose, c'est si nous etions une exception, une infime minorite ou pas, bref quelle est la proportion de gens 'system D' par rapport aux gens fonctionnaires ou en CDI dans une entreprise paternaliste. L'auteur dit "beaucoup" et je suis enclin a le croire, mais des chiffres objectifs aideraient a se situer et repondraient aux accusations de subjectivite. Mais il y a une evolution indeniable, et sur le plan qualitatif l'article est tres bon.
Le mode de vie que vous décrivez est assurément la clef du bonheur...
Savoir vivre heureux avec ce que l'on a...
Savoir profiter de la vie et de la santé... aimer les siens ...
avant qu'il ne soit trop tard
Et pour la masse des petits salariés, c'est la crainte perpétuelle de perdre le peu qu'ils ont.... sans se rendre compte qu'arreter de faire 50 ou 60 km /jour pour aller bosser pour un smic, leur donnerait le temps de faire un peu de jardinage pour eux et leurs voisinage, un peu de bricole à droite ou à gauche, etc...
Et comment feront ils quand ils seront trop vieux pour vivre ainsi... et bien pas différemment... car viré à 55 ans au mieux, la décote de la retraite sera telle qu'ils n'auront pas suffisamment pour vivre grabataire...
Et que feraient ils de leur responsabilité sociétale ? le systèmeD, c'est avant tout de l'humain, de la proximité multiforme... Une forme de solidarité retrouvé.
Je ne suis pas un révolutionnaire... Et travaillant depuis 25 ans dans un grand groupe, je ne peux que constater les désastres des collègues sclérosés par la peur de perdre un statut, une utilité, une fierté purement fictif dont on leur a bourré le mou .... auquel ils s'accrochent parcequ'ils sous estiment leur valeur, leur capacités...
Les enfants ont avant tout besoin d'amour... Ils s'accommodent très bien du système D.... dont ils peuvent très vite apprendre à tirer eux même enseignements et profits.
Il y a quand meme un moment ou chacun a sa responsabilite personnelle, en particulier dans le monde professionnel.
J'ai commence a bosser en 2004 en tant que consultant dans une boite de conseil a Paris (vous savez, les petites boites ou on traffique votre CV, on vous trouve une mission qui ne correspond pas a ce que vous aimez, et on vous parle en plus de gestion de carriere). Cet esprit "chair a canon" m'a saoule, je n'avais aucune confiance en ce mode de fonctionnement, je me suis fait embauche par le client, et maintenant j'y suis depuis plus de 4 ans, et ca se passe bien...Et j'ai des amis qui sont encore dans cette boite de conseil, qui ont enchaine 6 missions differentes chez des clients differents, et ca se passe bien aussi!
Alors, (dans certains cas) y a aucune fatalite a etre free-lance ou je-ne-sais-pas-trop-quoi. Au niveau professionnel, c'est un effet de mode qui permet de gagner plus d'argent rapidement (pas d'intermediaires) mais sans aucune gestion a long-terme.
A un moment, il faut se regarder dans la glace et admettre que pour une certaine classe sociale, etre en free-lance, c'est principalement motive par des raisons financieres...Et je les comprends aussi, si leur motivation premiere c'est se faire de l'argent, c'est sur que c'est le meilleur moyen! Mais en meme temps, il n'y a pas que l'argent dans la vie...
Concernant les retraites, tres honnetement, non, je ne m'en fous pas! Parce que les cotisations, je vais les payer pendant toute ma vie, alors j'aimerais autant un jour pouvoir en recuperer une petite partie... Mais je sais bien que je n'irais pas me faire bronzer sur une plage a La Baule toute l'annee a 60 ans, c'est juste completement evident...Le pays est endette, et il va bien falloir payer un jour. Et quand j'entends des syndicalistes ou autres qui osent dire que les jeunes ne doivent pas se laisser faire pour laisser l'age de la retraite a 60 ans, ca m'exaspere terriblement...C'est une position tellement individualiste par rapport aux generations futures.
Article super !! Il devrait être à la une des quotidiens !
Je ne suis pas néolibéral (et au contraire, très partisan d'une réduction drastique des inégalités sociales), mais la question du salariat devra être posée.
En effet, ce statut reste toujours marqué par son hérédité : l'esclavage. (Dit comme ça, c'est un peu gros, mais je fais court)
Sans doute la nouvelle génération n'apportera pas de réponse, car les rapports de force lui sont très défavorables ; mais la prochaine ?
Je ne suis pas Français, mais j'ai passé 3 ans de ma vie en France pour mes études, et j'ai beaucoup aimé ce pays... ce qui ne m'empêche pas de voir que l'analyse que livre Mlle Lecoq est très pertinente. (Si ça peut vous consoler, amis français, c'est partout pareil, y compris dans mon pays, où la situation des jeunes est même taboue, car tant que la génération du babyboom est heureuse, il est interdit de parler des sujets qui fâchent.)
J'ai aussi vu, en France et ailleurs, ces jeunes de la dite "Génération D.", diplomée et qualifiée, mais vivant au jour le jour car elle a eu le malheur d'être née dans une ère de marasme. Des jeunes qui multiplient les boulots pendant leurs études en n'ayant aucune idée de ce qu'ils veulent faire à long, moyen et même court terme. D'ailleurs, à quoi cela sert-il de tirer des plans s'ils risquent de partir en fumée à la moindre crise financière/économique/écologique? Collection de crises que nous ont bienveillamment légué nos ainés. Des jeunes qui rêvent de devenir riches mais n'ont aucune idée du chemin à suivre pour y parvenir.
Ironie du sort, pendant que les membres de la "génération D" s'adaptent (acceptant la précarité qui leur est imposée et revoyant leurs exigeances à la baisse), la société, gouvernée par leurs ainés (soixante-huitards et autres), elle, poursuit son chemin comme si de rien n'était. On nous demande d'avoir un plan de carrière sur le long et le moyen terme, alors que ce genre de plan, possible il y a 25-30 ans, relève aujourd'hui de l'utopie. On nous reproche notre paresse, notre manque d'engagement ou encore de volonté. Nos ainés auraient-ils accepté de multiplier les jobs pendant leurs études? Pour remuer le couteau dans la plaie, ils considèrent désormais comme "normal" toutes ces choses qui auraient été inacceptables pendant leur jeunesse.
Partis d'une bonne intention, les stages (et CDD) ne font finalement qu'institutionnaliser la précarité. Comme le souligne si bien l'article, de nos jours, un jeune n'a aucune marge de négociation face à l'employeur; au contraire, s'il décroche un stage, il a tout intérêt à se réjouir car cela lui permettra de valider son diplome et acquérir de l'expérience! Les entreprises, particulièrement en France, considèrent les stagiaires comme des recrues à part entière, censées être opérationnelles. Alors qu'à l'origine, le stage est censé faire partie d'un parcours de formation!
Je pourrais évoquer le sujet toute la journée mais je pense que cet article en fait parfaitement le tour. A ceux et celles qui pensent pouvoir combattre ce système injuste, je souhaite bon courage. Pendant ma jeunesse, j'étais moi-même un rebelle contre le système, avant de me rendre compte que cette attitude ne m'attirait que des ennuis.
Les premiers à légitimer ces injustices ne seront autres que vos propres parents, car ce système les arrange! Il suffit de parler à des adultes de la génération babyboom pour s'en rendre compte. Eux parlent vacances, voyages et retraite quand toi tu penses au lendemain et c'est tout juste si tu n'es pas fou de joie (tout le monde n'a pas cette chance) à l'idée de bénéficier d'un jour férié!