Life

De l'information à l'exhibition inconsciente [2/5]

Isabelle Fillet, Guillaume Griffart, Thibault Mercuzot et Julien Rivet, mis à jour le 11.08.2010 à 15 h 34

Slate.fr publie une série de cinq articles sur les enjeux des réseaux sociaux de géolocalisation. Ils sont écrits par 4 étudiants de Sciences-Po Paris dans le cadre d’un travail de réflexion. Ils sont un préalable à la rédaction d’un livre blanc commandé par Mobicampus, service d’informations mobile pour les étudiants.

» Du qui suis-je au où suis-je (1/5)

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Janvier 2010. Dans les Antilles, un violent séisme secoue Haïti. Comme souvent lors des catastrophes naturelles, les communications reposant sur le réseau télégraphique sont immédiatement coupées. Difficile alors de pouvoir communiquer avec son entourage, afin de donner des nouvelles. Difficile aussi pour les journalistes à l'étranger d'obtenir régulièrement des informations sur la situation du pays lorsque les communications à l'extérieur fonctionnent mal.

Comme lors de l'amerrissage de l'A320 sur l'Hudson, le service de microblogging Twitter et les réseaux sociaux ont montré qu'ils pouvaient apporter une plus-value à l'information. En l'espèce, c'est à travers le compte Twitter d'un journaliste local, Carel Pedre, que le monde s'est tenu informé pendant quelques heures de l'ampleur de la catastrophe en Haïti. A l'aide de son téléphone portable, le journaliste capture des images et des séquences vidéo. Il parvient à transmettre à un habitant de Miami qui les met en ligne. Une source directe, fiable, à laquelle s'abreuvent abondamment les chaînes américaines qui court-circuitent le canal habituel de la circulation de l'information à travers les agences de presse.

Un usage encore embryonnaire

L'exemple haïtien signale-t-il une nouvelle façon de s'informer? A la vérité, les pratiques de géolocalisation sont encore peu instituées sur le service de microblogging, que ce soit dans la publication de tweets (messages) géolocalisés ou dans le suivi d'un événement uniquement à partir des messages émis dans une zone déterminée.

Malgré un usage encore embryonnaire, le blogueur Tristan Mendès-France avait toutefois montré une utilisation atypique de Twitter en novembre 2008. Lors des attentats de Bombay, ce dernier s'était servi du moteur de recherche de Twitter pour ne sélectionner que les messages émis dans une zone restreinte autour de la ville (il explique la marche à suivre ici). Le filtre de la géolocalisation se révèle alors puissant lorsqu'il s'agit de trier des dizaines de milliers de messages émis à travers le monde sur un événement particulier et rassemblés dans un fil de discussion au moyen d'un hashtag (#).

Une nouvelle façon de s'informer?

Quels types de service peut-on alors imaginer avec pareille évolution?

L'une des premières compositions autour de la géolocalisation sur les réseaux sociaux a été Stweet. Ce site propose de mélanger Google Street View et Twitter («street» et «tweet») en représentant les tweets sur une carte détaillée. Sa créatrice, Albertine Meunier, le décrit comme un «projet artistique d'appropriation des données géographiques, photographiques et en temps réel du Web» qui «permet une représentation enrichie du flux d'informations présent sur Internet».

Stweet ne dépassera sûrement guère l'aspect ludique, mais d'autres développeurs cherchent à tirer parti de la géolocalisation. C'est le cas de Renaud, éditeur du site GeoInWeb, qui a lancé un projet baptisé Paris-Périphérique. En recueillant les données sur le trafic en région parisienne publiées par le site gouvernemental Sitadyn et en les branchant sur un compte Twitter, il permet à chacun de pouvoir disposer d'un bulletin de trafic autoroutier en direct depuis son smartphone. Avec une plus-value notable: les accidents, bouchons et travaux sont géolocalisés via l'API Twitter.

De l'information au secret

La géolocalisation n'a cependant pas toujours la même vertu. Lorsqu'elle sert à authentifier une information en lui conférant une légitimité géographique, elle agit comme un marqueur positif. Sur Twitter, cachés derrière des avatars et un rôle de passeur d'infos, les utilisateurs sont relativement à l'abri des effets néfastes de la géolocalisation.

Ce n'est pas le cas de tous les réseaux sociaux qui comportent une fonctionnalité de géolocalisation. Même sur Twitter, celle-ci peut avoir des effets pervers. L'introduction du couplage, qui permet de diffuser du contenu depuis un réseau social vers un autre, multiplie les failles dans un service jusque-là hermétique à la diffusion de données de géolocalisation.

Le nouveau réseau social de géolocalisation, Foursquare, permet ainsi de se localiser en direct dans un endroit déterminé -station de métro, restaurant, bar, ou tout autre lieu préalablement inscrit sur le site, y compris son chez-soi- et de partager immédiatement sa localisation avec l'ensemble de son réseau Facebook ou Twitter.

Des développeurs ingénieux ont eu l'idée de tirer le fil de cette géolocalisation sociale vers l'absurde. En février dernier, le site PleaseRobMe.com a brièvement recensé l'intégralité des tweets indiquant que les utilisateurs avaient quitté leur domicile. Une invitation publique et crédule à se faire cambrioler par un voleur malin, en quelque sorte.

Ainsi, selon qu'elles révèlent l'intime et le privé ou non, les données de géolocalisation se montrent plus ou moins intrusives dans la vie privée d'un individu. La provocation PleaseRobMe servira peut-être d'exempla à l'heure où Facebook, le réseau social de la médiatisation de soi par excellence, de nombreuses fois critiqué pour sa politique de confidentialité pas toujours claire, présentera ses fonctionnalités de géolocalisation.

Isabelle Fillet, Guillaume Griffart, Thibault Mercuzot et Julien Rivet

Photo: Capture d'écran de Stweet

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