Santé / Société

La santé mentale, la nouvelle tarte à la crème de nos sociétés contemporaines

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Je souffre donc je suis. Telle semblerait être la devise de notre époque. À se demander si ces tourments sont bien réels ou s'ils ne sont que le simple reflet d'une société nombriliste.

Tout le monde par les temps qui courent semble être peu ou prou en délicatesse avec sa santé mentale. | Jeremy Perkins via Unsplash
Tout le monde par les temps qui courent semble être peu ou prou en délicatesse avec sa santé mentale. | Jeremy Perkins via Unsplash

Tous les jours que Dieu fait, et même ceux qu'il ne fait pas, je m'interroge sur ma santé mentale. Comment vais-je? Suis-je déprimé ou seulement un peu fatigué? Cette angoisse qui m'étreint depuis hier est-elle le fruit du traumatisme de ma naissance ou bien la conséquence directe du refus récent de mon chat de jouer quand je reviens des courses? Et ce sentiment de terreur qui m'habite constamment, dois-je l'attribuer aux sinistres prévisions des climatologues ou à cette aigreur dans l'estomac que je ressens après avoir mangé de la fondue en conserve?

C'est que, de nos jours, la santé mentale est devenue la nouvelle tarte à la crème servie à peu près à toutes les sauces. Au moindre problème advenu, à la première contrariété rencontrée, qu'il s'agisse d'une nouvelle vague de contaminations due à une reprise de l'épidémie de Covid, du devenir de la planète, des états d'âme d'un sportif de haut niveau ou de la dépression passagère d'une participante à «Koh-Lanta», on évoque d'un ton pudique une question de santé mentale comme s'il s'agissait là d'une évidence, d'un mal si répandu que la planète entière en souffrirait.

Je souffre donc je suis. Telle semblerait être la devise de notre époque. Un bouclier bien pratique derrière lequel on s'abriterait afin de taire toute remise en question. La souffrance mentale a ceci de magique qu'il ne viendrait à l'idée de personne de la discuter. Confrontée à cette dernière, on s'incline, on compatit, on s'excuse. Surtout, on ferme sa gueule et on passe à autre chose –on ne plaisante pas avec la santé mentale. Jamais.

Mais de quoi parle-t-on quand on évoque un problème de santé mentale? D'un mal-être passager? D'une déprime occasionnelle? D'un vague à l'âme qui ne dit pas son nom? Ou alors d'un véritable effondrement psychique? D'une altération de l'humeur qui conduit à la dépression voire au suicide? D'un état psychotique qui nécessite un traitement de fond? D'une mélancolie tenace qui transforme l'existence en un chemin de croix où accomplir le moindre geste de la vie quotidienne exige de votre part des efforts surhumains?

Car il y a souffrance mentale et souffrance mentale. La souffrance mentale qui résulte d'une déconvenue survenue au travail ou dans sa vie sentimentale n'a pas la même portée ni la même intensité que celle ressentie après le décès d'un proche ou l'irruption dans sa vie d'un événement tragique. Il existe autant de variations dans le psychisme que dans le diagnostic médical. Souffrir d'une cheville récalcitrante après une partie de tennis n'a pas forcément les mêmes conséquences que la souffrance causée par un cancer ou une maladie dégénérative.

Or, de nos jours, on semble avoir perdu quelque peu cette notion de degré. Tout le monde par les temps qui courent semble être peu ou prou en délicatesse avec sa santé mentale. Chacun exige de l'écoute, de l'attention, un besoin d'être compris et consolé. À force d'entendre parler de ce type de souffrance à tort et à travers, comme on s'éprend d'une nouvelle mode vestimentaire, chacun, désormais, revendique son droit à sa souffrance à soi si bien qu'on finit par confondre souffrance réelle et excès de sensibilité.

On souffre d'éco-anxiété. On souffre d'être confiné. On souffre de ne pas voyager. On souffre de manquer d'argent. On souffre de n'avoir le temps de rien. On souffre de vivre dans un appartement trop petit. On souffre de s'ennuyer au travail. On souffre d'être seul. On souffre de ne pas l'être assez. On souffre du temps qu'il fait. On souffre de tout et de rien. De mal dormir. De trop dormir. Du voisin qui ne vous dit pas bonjour. De la difficulté à trouver une place où garer sa voiture.

Les grands dépressifs, les mélancoliques profonds, les désespérés, les suicidaires, les psychotiques, les schizophrènes, les affligés de l'âme connaissent le prix de leur souffrance. Ceux-là sont des égarés. Ils vivent dans un monde qui les dépasse et les terrasse. Ils sont démunis, désarmés, à terre. Ils errent dans les ténèbres de leur esprit comme des naufragés sur une mer déchaînée. Ils prennent des traitements lourds qui les maintiennent à peine à flots. Leurs pas sont pesants, leur démarche incertaine. De sortir affronter le monde leur apparaît comme le plus grand des supplices.

Ils souffrent d'être vivants.

Comparés à ces derniers, tous les autres, moi le premier, sommes des amateurs. Des faussaires. Ce que nous appelons souffrance n'est rien d'autre qu'un décalage entre nos espérances et la réalité de notre vie au quotidien. Il ne faut pas nier cette souffrance, il faut juste la combattre et la surmonter. Refuser de s'y complaire. Afin de ne pas sombrer dans une mélancolie factice dont on se plairait à répéter les gestes sans en être vraiment affligé.

Comme un caprice qui ne dirait pas son nom...

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