Santé

Le Covid, la crise qui a fait comprendre au monde qu'il puait de la gueule

Temps de lecture : 4 min

Vous reprendrez bien un bonbon à la menthe?

Attention cependant, un brossage des dents trop agressif peut abimer l'émail dentaire. | kreatikar via Pixabay
Attention cependant, un brossage des dents trop agressif peut abimer l'émail dentaire. | kreatikar via Pixabay

Le premier confinement a permis à de nombreuses femmes de faire la paix avec leur corps au naturel, et à d'autres personnes de dissimuler sous un masque leur visage qui les complexe. Mais une zone corporelle résiste encore, bien plus tenace que les inévitables cheveux blancs et autres fluctuations de poids au cours de la vie, et impossible à recouvrir totalement: sa propre haleine. Même si le phénomène de «mask mouth», cette haleine devenue désagréable depuis le port du masque, est facile à contrer avec quelques bonnes habitudes, la peur de la mauvaise haleine (aussi nommée halitose) persiste et pousse certaines personnes à remettre en question leur hygiène dentaire.

Comment gère-t-on le fait d'être confronté à son haleine bien plus souvent qu'auparavant? Est-ce que les gens ont changé leurs habitudes d'hygiène bucco-dentaire depuis le port du masque obligatoire?

Blandine a légèrement révisé ses habitudes pour ne plus avoir à supporter son haleine sous son masque. «Je me lave toujours les dents au réveil et au coucher, et aussi quand je vais passer du temps avec des gens au bar ou restaurant. Depuis le port du masque obligatoire, le lavage de dents est devenu automatique dès que je sors de chez moi. Même si je ne mets plus de masque dans la rue pour promener mon chien, j'ai gardé cette habitude.» Elle conserve toujours un paquet de pastilles rafraîchissantes en cas de long moment sans pouvoir retirer son masque. Ce n'est pas la crainte du regard extérieur –ou plutôt de l'odorat d'autrui– qui l'a poussée à adopter cette routine, d'autant plus qu'elle télétravaille (et que les chiens ne semblent pas juger l'haleine des humains), mais bien l'inconfort de cohabiter de près avec son haleine.

Une crainte récurrente

D'autres personnes ont par contre changé leurs habitudes par peur du jugement des autres. C'est le cas de Sophie: «Avant le port du masque obligatoire, je me lavais les dents le matin, je prenais un chewing-gum le midi après le café au travail –je n'aime pas trop garder le goût du café froid en bouche– et j'utilisais un bain de bouche le soir avant dormir. Aujourd'hui, en plus de ces habitudes, je fais souvent un bain de bouche dès que je rentre chez moi. Durant la journée, j'ai le réflexe de prendre un bonbon à la menthe fraîche car le masque me donne toujours cette sensation d'être déshydratée et d'avoir une très mauvaise haleine, surtout qu'il m'arrive ponctuellement de le retirer quelques minutes pour boire de l'eau ou un café en compagnie de collègues de bureau.»


Certains des collègues de Sophie semblent partager la même crainte au regard de leur consommation de bonbons à la menthe, mais personne n'en discute. Elle explique avoir particulièrement peur qu'on lui fasse une remarque sur son haleine, même si ça n'est jamais arrivé. Comme elle le précise: «Avant une réunion, j'avale toujours un bonbon à la menthe, et je remets un coup de parfum… Ma peur du jugement est d'un niveau assez élevé je pense!»

Cette crainte récurrente de la mauvaise haleine est donc due à la sensation de sécheresse buccale provoquée par le port du masque. Dans un article de AFP Factuel, publié en septembre 2020, le journaliste François D'Astier revenait sur des fausses informations circulant à ce sujet, comme de supposés risques de caries ou de maladies parodontales imputés au port du masque obligatoire –et surtout à la traduction d'un article de blog américain douteux. Inutile de paniquer, d'autant plus que cette sécheresse est vite éliminée en buvant régulièrement de l'eau, dans le respect des gestes barrières, bien évidemment. C'est le même phénomène que la classique haleine qui pique du réveil: désagréable mais temporaire, et sans dommage pour les dents et les gencives.

Lors des confinements, «certaines personnes ont mangé davantage de sucreries en oubliant de se brosser les dents trois fois par jour».
Sandra Huguet, dentiste

Plus que le port du masque obligatoire, ce sont les confinements successifs qui ont modifié les habitudes d'hygiène bucco-dentaire de nombreuses personnes. La fermeture des cabinets de dentiste lors du premier confinement entre mars et mai 2020 a retardé la prise en charge des patients habituels, à commencer par la visite annuelle pour vérifier si tout va bien et procéder à d'éventuels soins de carie ou de détartrage. Ces actes n'ont pas pu être repris à la réouverture des consultations, étant «à hauts risques de diffusion du coronavirus», comme le relate Anissa Boumediene pour 20 Minutes. Des personnes interrogées pour l'article confient avoir planifier leurs soins dentaires en fonction de leur situation professionnelle du moment –tant que la mutuelle d'entreprise est là pour couvrir les frais, la santé bucco-dentaire étant hélas un certain luxe, comme le souligne le journaliste Olivier Cyran dans son essai Sur les dents.

Les dents du sourire

Sandra Huguet, dentiste à Rennes, explique que lors des différents confinements «certaines personnes ont mangé davantage de sucreries en oubliant de se brosser les dents trois fois par jour, ce qui a conduit à des caries et du tartre». L'UFSBD avait produit un document dès le début du premier confinement afin de sensibiliser aux risques d'hygiène bucco-dentaire relatifs au grignotage. La spécialiste poursuit: «D'autres personnes ont évoqué une gêne liée à leur haleine, et auraient de toute façon pris rendez-vous pour faire leur contrôle annuel. Le nombre de patients ayant pris rendez-vous uniquement pour un souci d'halitose est négligeable.»

Le port du masque obligatoire a aussi eu des effets bénéfiques pour certaines personnes complexées par leur bouche. «Il permet également aux patients d'être plus à l'aise quant à un éventuel désordre esthétique passager, confie Sandra Huguet. Par exemple, lors de la réfection des dents du sourire [les incisives, canines et premières prémolaires, dents les plus visibles au quotidien], des prothèses provisoires sont mises en place entre chaque séance; les patients se soucient généralement moins de l'apparence de celles-ci car ils portent le masque. Je pense que la même remarque s'applique aux chirurgiens esthétiques qui voient les demandes d'interventions au niveau du visage augmenter.» Une tendance qui s'observe effectivement depuis l'année dernière. De nombreuses personnes se retrouvent davantage confrontées à l'apparence de leur visage et ont pu économiser l'argent permettant de s'offrir une injection de botox ou un nez retroussé.

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L'époque est déjà assez difficile comme ça pour ne pas s'ajouter des complexes, que ce soit une ride du lion marquée ou une haleine un peu râpeuse. De plus, un brossage de dents trop agressif peut abimer l'émail dentaire et un usage trop fréquent de bain de bouche assécher les muqueuses buccales. Gardez votre gourde d'eau près de vous, vos pastilles mentholées sans sucre si nécessaire pour stimuler la sécrétion de salive et enlever cette sensation inconfortable, faites un check-up dentaire et tout devrait bien se passer.

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