Boire & manger / Santé

Ce qui se cache derrière notre envie de grignoter sans cesse

Temps de lecture : 4 min

Deux hormones impliquées dans la régulation de nombreuses fonctions, dont notre appétit, sont les coupables biologiques de cette envie irrépressible.

Les orexines sont actrices dans des maladies aussi diverses que la narcolepsie et l'obésité, et jouent dans la dépendance comme dans notre réponse au stress. | Ernest Brillo via Unsplash
Les orexines sont actrices dans des maladies aussi diverses que la narcolepsie et l'obésité, et jouent dans la dépendance comme dans notre réponse au stress. | Ernest Brillo via Unsplash

Vous venez de finir de manger. À peine avez-vous regardé un épisode de votre série préférée que vous êtes à nouveau tenaillé par la faim... Nous connaissons tous ces périodes de fringale quasi incontrôlable, mais pas la raison de ce besoin impérieux, l'origine de ces exigences physiologiques.

Parmi les acteurs clés de cette énigme alimentaire, on trouve les orexines A et B, ou hypocrétines: deux petites molécules produites par certaines cellules nerveuses (neurones) de l'hypothalamus. Cette importante région de notre cerveau est impliquée dans la régulation du système nerveux autonome et de nombreuses fonctions comme la reproduction, la thermorégulation ou encore la faim.

Bien que leur rôle ait été initialement lié à la régulation de l'alimentation, notamment la stimulation de l'appétit, on sait maintenant que les orexines contribuent à bien d'autres effets sur tout notre corps.

Elles influencent par exemple la régulation du sommeil, les fonctions cardiovasculaires et endocriniennes, la régulation des dépenses énergétiques et de la thermogenèse, les systèmes de récompense et l'humeur. Elles modulent de nombreux comportements liés à notre santé mentale et physique, allant de l'excitation aux changements émotionnels en passant par notre sensibilité à la douleur. Elles sont actrices dans des maladies aussi diverses que la narcolepsie et l'obésité, et jouent dans la dépendance comme dans notre réponse au stress.

En outre, les niveaux d'orexines sont altérés dans des maladies mentales telles que la dépression et les troubles anxieux. Ils peuvent également expliquer les différences entre les sexes dans la réponse au stress et sont identifiés comme une cible thérapeutique possible pour leur traitement.

C'est cette incroyable polyvalence qui va contribuer à relier notre sensation de satiété au besoin irrépressible de remettre la main dans la boîte à bonbons.

Comment les orexines nous donnent envie de manger plus

Le système qui régule la production d'orexines est capable de détecter les changements dans l'équilibre énergétique et d'augmenter leurs niveaux en réponse au jeûne notamment. Ces molécules ne travaillent pas seules: elles interagissent avec d'autres protéines impliquées dans la régulation de l'appétit, comme la leptine et la ghréline.

La leptine est une hormone digestive libérée par le tissu adipeux qui régule nos réserves de graisse (qui sont une forme de stockage de l'énergie sur le long terme) mais aussi notre appétit en induisant la sensation de satiété. La ghréline, à l'inverse, est une hormone digestive sécrétée par l'estomac juste avant un repas attendu. Elle fonctionne à court terme et stimule la faim.

Comment ces deux molécules fonctionnent-elles avec nos protagonistes, à savoir les orexines?

La régulation de l'énergie et de l'appétit par l'orexine se fait grâce aux informations provenant d'autres zones de l'hypothalamus, qui enregistrent, entre autres, les variations des taux de glucose, de leptine et de ghréline.

Les neurones qui produisent les orexines sont capables d'intégrer ces informations et de déclencher une réponse en fonction des besoins de l'organisme. Et, malheureusement pour nous, peuvent associer la prise alimentaire à une récompense. L'orexine A la relierait également à certains des facteurs environnementaux à l'origine du craving (ce besoin irrépressible observé dans les addictions, où son rôle a d'ailleurs aussi été identifié) et de la rechute.

Un rôle majeur tout au long de la vie

Mais l'impact des orexines est bien plus large. Il y a des périodes où l'envie de manger est parfois accentuée, par exemple pendant la prémenstruation ou après la ménopause. Qu'est-ce qui se cache derrière ces exigences physiologiques? Là encore, la relation des orexines a été étudiée.

Lors de la ménopause, des troubles du sommeil, une prise de poids ainsi qu'un état d'anxiété accru sont fréquemment décrits. Pour essayer de comprendre l'étendue de leurs capacités de régulation, nous avons étudié comment les niveaux de ces hormones sont modifiés dans le corps et si leurs variations peuvent être associées à certains des symptômes observés.

Et effectivement, une augmentation des niveaux d'orexine A se produit alors, parallèlement à la réduction des niveaux d'œstrogènes.

Cependant, les études cliniques réalisées à ce jour ne sont pas encore concluantes et aucune association claire n'a été trouvée entre les niveaux d'orexine A et d'autres variables typiques de l'état post-ménopausique. Il s'agit notamment de l'impact du traitement hormonal substitutif sur ces niveaux, des modifications de la qualité du sommeil et de l'indice de masse corporelle.

Des liens avec les troubles alimentaires

L'anorexie mentale est particulièrement concernée. Ce trouble du comportement alimentaire est caractérisé par une insuffisance pondérale (poids anormalement bas, dû à un apport alimentaire insuffisant et déséquilibré), qui découle d'une perception altérée de l'image du corps et d'une peur intense de prendre du poids.

Cette malnutrition importante affecte l'ensemble de l'organisme et entraîne d'autres manifestations cliniques, allant de l'absence de règles à une altération des fonctions cérébrales. Des études récentes suggèrent que les niveaux d'orexine A et les performances cognitives étaient plus faibles chez les femmes souffrant d'anorexie mentale.

En outre, on a constaté que de faibles niveaux de cette hormone étaient également associés à une moindre flexibilité cognitive et à de moins bons résultats aux tests psychologiques évaluant la prise de décision dans des situations à risque.

Il reste nécessaire d'élargir et de confirmer ces résultats, qui ouvrent néanmoins une voie de recherche intéressante reliant neuropsychologie et dépense énergétique. De quoi peut-être comprendre plus largement les mécanismes par lesquels ils agissent et interagissent.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

The Conversation

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