Monde

Israël, l'Iran et le Hezbollah préparent la guerre

Jacques Benillouche, mis à jour le 24.05.2010 à 7 h 34

La Russie accélère ses livraisons de matériels militaire sophistiqué à Téhéran en dépit des pressions américaines et israéliennes.

Tandis que le doute s'installe dans l'opinion publique israélienne sur l'opportunité et les risques d'une attaque des installations nucléaires iraniennes, des informations de source militaires montrent que non seulement Israël se prépare à un éventuel conflit armé, mais c'est aussi le cas de Téhéran et de ses affidés, en particulier le hezbollah libanais. Chacun accélère les préparatifs comme si la guerre devait éclater demain. Et l'histoire a prouvé qu'il est rare que les militaires fassent des préparatifs pour rien.

Jérusalem s'inquiète notamment du double jeu russe qui consiste d'une part, à se joindre mollement aux Etats-Unis pour le vote éventuel de sanctions contre l'Iran et son programme nucléaire dont personne ne croit qu'il est civil et d'autre part, à participer à la modernisation des armées iranienne et syrienne. Les services de renseignements israéliens affirment que des Gardiens de la Révolution islamique iraniens s'entraînent en secret dans des bases russes, depuis le début du mois de mai, au maniement du système de missiles antiaériens S300 pour être prêts lorsque ce matériel parviendra en Iran. Les russes n'ont pas l'intention de voter des sanctions contraignantes incluant l'interdiction de livraison de ce type de matériel. Ils ont déjà accepté de fournir des avions de combat Mig-29, des missiles de courte portée Pantsyr, des véhicules blindés et d'autres armes conventionnelles.

Mises en gardes américaines

Le président israélien Shimon Pérès, en déplacement à Moscou le 9 mai, a fait part de sa préoccupation au président Medvedev qui a estimé que la Russie était «seule qualifiée pour choisir ses clients». Le conseiller nucléaire de Barack Obama s'est montré menaçant le 11 mai en précisant: «Les Etats-Unis ont fait savoir à la Russie que la livraison d'un système avancé de défense aérienne à l'Iran aurait des conséquences graves sur les relations américano-russes». Le président Medvedev a aussitôt répondu «qu'il n'attendait pas de conseils en provenance de l'autre côté de l'océan». Les Israéliens analysent ces nouveaux faits avec gravité d'autant plus qu'il semble que les Chinois, de leur côté, ne sont pas résolus à accepter des sanctions interdisant le réarmement de l'Iran.

Ces évolutions militaires ont poussé Barack Obama à revoir soudain ses relations avec Israël, et avec Benjamin Netanyahou en particulier, qui étaient devenues conflictuelles. Après avoir pris conseil auprès de ses principaux experts, Dennis Ross,  conseiller sur l'Iran, Dan Shapiro, chef du bureau Moyen-Orient au Conseil national de sécurité, et Rahm Emanuel son conseiller particulier, il les a envoyés faire une offensive de charme auprès des rabbins américains le 13 mai. La visite de ce dernier est par ailleurs planifiée en Israël pour la fin du mois de mai.  Le président américain aurait d'autre part donné des ordres à George Mitchell de cesser de faire pression sur Israël pour obtenir des concessions dans le conflit avec les Palestiniens.

En Israël, on explique ce revirement d'abord par l'approche des élections américaines de la mi-mandat et la nécessité pour les démocrates de conserver le soutien des électeurs juifs. Par ailleurs, l'impasse diplomatique et l'incapacité des Etats-Unis à obtenir de la Russie et de la Chine un soutien suffisant à des sanctions significatives contre l'Iran et son programme nucléaire redonne du poids à Israël. Jérusalem apparaît à nouveau comme le seul allié stratégique fiable au Moyen-Orient de Washington. Pour autant, cela ne veut pas dire que Barack Obama s'est soudain pris de sympathie pour Benjamin Netanyahou et ne fera pas à nouveau pression sur Israël pour contraindre son gouvernement à négocier avec les Palestiniens. Mais ce n'est plus la priorité.

Renforcement des forces navales

Ce changement de politique américain s'accompagne du renforcement de la présence militaire des Etats-Unis notamment naval en Méditerranée et dans le Golfe Persique. Le porte-avions Harry S. Truman, à propulsion nucléaire, a quitté le 21 mai Norfolk en Virginie pour rejoindre le Dwight D. Eisenhower en mer d'Arabie. Jusqu'à 4 ou 5 porte-avions pourraient être visibles des côtes iraniennes d'ici le début du mois d'août.

Les experts israéliens interprètent ces manœuvres comme une volonté des américains d'empêcher toute intervention solitaire de Tsahal contre l'Iran. La doctrine dictée par l'ancien premier ministre israélien Menahem Begin reste de mise en Israël. Elle stipule «qu'Israël bloquera toute tentative de ses adversaires d'acquérir des armes nucléaires». Par deux fois, le principe a été déjà appliqué. Le 7 juin 1981, seize F-16 et huit F-15 ont rasé le site du réacteur nucléaire Osirak en Irak. En septembre 2007, une opération similaire a détruit un réacteur syrien sur les rives de l'Euphrate. Mais si les plans de la première attaque avaient été transmis à Ronald Reagan pour qu'il cautionne l'opération. La deuxième attaque, en revanche, qui n'a jamais été revendiquée par les Israéliens, n'a été annoncée aux américains que quelques heures seulement avant son lancement parce qu'ils voulaient se passer de leur imprimatur.

Il semble que les militaires israéliens, malgré les informations qu'ils laissent distiller, ont pour l'instant intégré l'idée qu'ils n'ont pas intérêt à intervenir seuls devant les marques de bonne volonté transmises par les Etats-Unis. Ils voient dans le renforcement des capacités militaires américaines dans la région une preuve de soutien à Tsahal. Le porte-avion Truman a embarqué sept escadrons d'avions de combat F/A-18 Hornet, un escadron d'avions espions et d'alerte rapide E-2 Hawkeye, des Squadron 130 chargés de perturber les systèmes de radar ennemis et plusieurs escadrons d'hélicoptères de combat anti sous-marins. Toute cette armada a pour but, certes, d'impressionner les Iraniens pour qu'ils acceptent de négocier sérieusement, les Russes et les Chinois pour qu'ils comprennent les risques, mais pourrait aussi servir.

Une nouvelle ligne Maginot

Les Syriens et leurs alliés du Hezbollah se préparent de leur côté à aider les Iraniens en cas d'attaque. Ils savent que les israéliens seront contraints d'intervenir au moyen de troupes terrestres, seules capables de déloger les rampes de lancement des Scud et des roquettes qui inévitablement seraient lancés du Liban en représailles à une frappe israélienne. Ils mettent donc les bouchées doubles pour construire, eux-aussi, selon les services de renseignements israéliens, un mur fortifié, sorte de ligne Maginot s'étendant depuis Rachaya Al-Wadi à l'ouest, le long des pentes du Mont Liban, jusqu'à la ville de la Bekaa Aita el-Foukhar. Cette structure de 22 kilomètres de long, longeant la frontière libano-syrienne, a pour but de bloquer toute avance de chars tentant d'investir la capitale syrienne à partir du Liban sud.

Cette zone militaire, habitée paradoxalement par des druzes et des chrétiens, serait entièrement sous le contrôle du Hezbollah et de la Syrie. Ce projet avait été négocié par le leader druze Walid Joublatt qui avait confirmé son allégeance syrienne lors de son dernier voyage à Damas. Ce mur a surtout pour objectif de masquer les transferts d'armement de la Syrie vers son voisin. Le Hezbollah a du mal à camoufler l'évolution de la construction de ce mur puisque des convois de camions en provenance de Syrie transportent en permanence le ciment nécessaire à sa construction, entraînant une raréfaction de cette matière première à Damas.

Les prochaines semaines s'annoncent décisives.

Jacques Benillouche

LIRE EGALEMENT: Iran: les Israéliens certains de devoir agir seuls, L'Iran sous la menace des bombes, L'armée iranienne: puissance ou tigre de papier? et Liban-Israël: une guerre entre le printemps et l'été.

Image de Une: Une batterie de missiles antiaériens russes S300 tire un missile lors d'exercices en Crimée Reuters

 


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