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Les femmes sont-elles vraiment moins compétitives que les hommes?

Temps de lecture : 3 min

Une hypothèse servant à justifier le plafond de verre pourrait avoir volé en éclats.

La compétitivité des femmes est motivée par le partage des gains dans le but de prévenir l'hostilité de leurs congénères. | Tima Miroshnichenko via Pexels
La compétitivité des femmes est motivée par le partage des gains dans le but de prévenir l'hostilité de leurs congénères. | Tima Miroshnichenko via Pexels

C'est la saison. En novembre, comme tous les ans depuis déjà belle lurette, le sujet des différences salariales entre hommes et femmes revient sur le tapis. Aux États-Unis, en 2021, on estime que les femmes gagnent 82 cents pour chaque dollar payé aux hommes. Si on prend ce chiffre au pied de la lettre, il signifie que les femmes doivent travaillent près de trois mois de plus que les hommes pour toucher le même montant.

Sauf que l'on sait aussi que dans ce simple appareil, la statistique ne veut pas dire grand-chose, puisqu'elle est calculée sur la différence moyenne des rémunérations et ne tient pas compte de certains facteurs essentiels comme l'âge, l'expérience, le niveau d'études ou encore le domaine de spécialisation des travailleurs, dont beaucoup sont une affaire de préférences et de choix individuels. Une fois tout cela mis dans l'équation, l'écart salarial se réduit comme peau de chagrin et finit par frôler à peine 2%.

Mais face à ce bout d'écart «inexpliqué», bien des économistes se grattent la cervelle. Une théorie désormais courante, celle du «capital humain», voudrait qu'il existe certaines différences dans des aptitudes jouant directement sur la propension à être mieux (ou moins bien) payé. Par exemple, que les femmes seraient moins à l'aise avec la compétition que les hommes, entravées qu'elles seraient par leur «prosocialité». Ce terme désigne tous les comportements sociaux orientés positivement vers autrui ou le partage des coûts et bénéfices avec ses congénères et un amour du risque respectivement plus et moins marqué que chez ces messieurs.

Un niveau record de femmes PDG

Les économistes Mary L. Rigdon et Alessandra Cassar, respectivement directrice associée du Centre de philosophie de la liberté à l'université d'Arizona et professeure d'économie à l'université de San Francisco, ont mené une étude qui sera formellement publiée dans les PNAS le 9 novembre. Elles y montrent que si les femmes étaient plus réticentes à la concurrence, on n'en trouverait pas à la tête des grandes entreprises. Ce n'est d'ailleurs pas la tendance qui se dessine depuis déjà plusieurs années.

Dans le dernier classement Fortune 500, les femmes représentent environ 8% des PDG. Une proportion qui peut sembler faible, mais qui marque un niveau record. Et qui nous dit donc que quelque chose de plus subtil doit se jouer dans ces ultimes 2% d'écart salarial entre les hommes et les femmes. Selon Rigdon et Cassar, les femmes sont en réalité tout aussi compétitives que les hommes. Là où elles varient, c'est dans l'expression de cette aptitude. Et la prosocialité de jouer effectivement un rôle majeur dans leur étude expérimentale. Elle montre que les femmes s'engagent dans la compétition au même rythme que les hommes, mais seulement si elles ont la possibilité de partager leurs gains avec les perdants.

Motivées par l'appât du partage

Pour arriver à ce résultat, Rigdon et Cassar ont réparti de manière aléatoire 238 participants dans deux groupes. Ensuite, les participants de chacun de ces deux groupes ont été répartis, là encore de manière aléatoire, dans des sous-groupes de quatre personnes.

Pour tous les participants, la première étape de l'expérience était identique: chacun devait étudier des tableaux de douze nombres à trois chiffres et deux décimales et trouver les deux dont la somme était égale à dix. Les participants devaient résoudre autant de tableaux que possible –jusqu'à vingt maximum– en deux minutes. Pour chaque tableau résolu, ils recevaient 2 dollars.

Lors de la deuxième étape, la tâche était identique, mais avec les récompenses avaient changé. Dans le premier groupe, les deux participants de chaque équipe de quatre résolvant le plus de tableaux obtenaient 4 dollars l'un, et les deux autres rien du tout. Dans l'autre groupe, les deux meilleurs touchaient la même somme, mais avaient le droit d'en répartir une partie avec les autres. À la troisième étape de l'expérience, tous les participants ont pu choisir leur mode de rémunération préféré. Pour la moitié des participants, cela voulait donc dire soit 2 dollars garantis par tableau réussi, soit 4 dollars par tableau s'ils finissaient premiers de leur groupe. Dans l'autre, le choix se faisait entre 2 dollars par tableau réussi ou le double pour les deux premiers, avec la possibilité de répartir les gains avec l'un des perdants.

Résultat: le nombre de femmes à choisir l'option compétitive allait quasiment doubler (en passant de 35% à 60%) selon qu'elles avaient ou non la possibilité de partager leurs gains. Chez les hommes, l'augmentation a été aussi là, mais moins marquée: 51% pour l'option rafleuse de mise et 52,5% pour la partageuse.

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Parmi les théories exposées par les chercheuses pour expliquer le phénomène, Rigdon et Cassar citent celle, conforme avec le paradigme darwinien, voulant que les femmes aient plus à perdre du ressentiment des perdants et donc davantage à gagner à leur faire croquer de leur gâteau pour les calmer d'entrée de jeu. On retombe sur une explication tout aussi évolutionnaire de la prosocialité. Celle-ci traduit moins l'amour désintéressé de ses congénères que la sagace anticipation de leur hostilité.

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