Société / Tech & internet

Comment utiliser les réseaux sociaux sans bousiller sa santé mentale

Temps de lecture : 4 min

Ça va être difficile, mais c'est pour votre bien.

Comme le rappellent les Facebook Papers, les réseaux sociaux ne sont pas conçus pour être utilisés avec modération. | Djamal Akhmad Fahmi via Unsplash
Comme le rappellent les Facebook Papers, les réseaux sociaux ne sont pas conçus pour être utilisés avec modération. | Djamal Akhmad Fahmi via Unsplash

Tout le monde sait que rester des heures à scroller sur les réseaux n'a rien de bon et que la morale n'est vraiment pas une priorité des plateformes de réseaux sociaux –certitudes qui se sont de nouveau vérifiées grâce aux Facebook Papers. Les documents révélés par la lanceuse d'alerte Frances Haugen révèlent que Facebook est parfaitement conscient des dégâts qu'il cause dans d'autres pays et semble plus déterminé à capter le regard des internautes qu'à s'assurer du bien-être des cerveaux qu'il y a derrière. À en croire ses propres études, communiquées au Wall Street Journal par Haugen en septembre dernier, Instagram, qui appartient à Facebook, aggrave les problèmes d'image corporelle des adolescents.

La désinformation sape la démocratie et l'estime de soi de la prochaine génération –problèmes de taille qui, d'une certaine façon, ont l'air insoluble. Il y a pourtant une chose qu'il est possible de faire tout de suite, sans l'aide des plateformes de réseaux sociaux, pour améliorer considérablement votre expérience: restreindre votre compte en mode privé, puis réduire radicalement le nombre de personnes que vous suivez et qui vous suivent. Comme la plupart des millennials de ma tranche d'âge, je n'utilise pas beaucoup Facebook, donc le reste de cet argument sera concentré sur Instagram. Limiter le nombre de gens que vous suivez est un moyen modeste mais efficace pour améliorer votre vie et fonctionne sur n'importe quelle plateforme.

Éjecter le prof de pilate

Si le bon nombre varie en fonction de chacun, il se limite néanmoins à quelques centaines. Vous avez peut-être déjà entendu parler du nombre de Dunbar, selon lequel les humains sont biologiquement incapables d'entretenir des liens réels avec plus de 150 personnes, ce qui semble être à peu près vrai même sur les réseaux sociaux. Si certains chercheurs estiment que cette limite relève des crétineries de la psycho-pop, tenter de suivre sérieusement plusieurs milliers de gens semble une entreprise incontestablement vouée à l'échec (Instagram vous permet de suivre 7.500 personnes).

L'idée est de décider vous-même d'un plafond et de vous y tenir. Ce sera difficile, parce qu'un plafond fixe rend l'appli globalement moins intéressante (ce qui est bien, au final). Cela vous oblige aussi à faire des choix. Vous vous faites une nouvelle relation au travail, ou vous tombez sur le compte d'adorables amis des animaux? Si vous voulez les suivre sur Insta, il va falloir éjecter un prof de pilate ou une cousine de cousin. Plus important, un plafond fixe peut vous empêcher de développer trop de relations parasociales. Selon mon expérience, ce sont les plus mauvaises, les plus susceptibles d'impliquer des professionnels dont le métier est de présenter une certaine image sur l'appli.

En outre, on ne peut jamais savoir si quelqu'un qu'on n'a jamais rencontré retouche ses défauts à grands coups de Facetune. Suivre virtuellement un paquet de gens qu'on ne connaît pas dans la vraie vie est souvent le secret de la frustration jalouse. Cette négativité est aggravée par le fait que beaucoup d'entre eux essaient de vendre des trucs, des vitamines au coaching en bien-être, en passant par des «thérapies». Même pour un consommateur averti, il peut être difficile de repérer l'arnaque tout de suite sur un réseau social servant supposément à vous relier à vos amis.

Rien de bon ne sort jamais de l'exploration aléatoire d'Instagram.

Mais ce plafond d'amis ne suffit pas. Il faut aussi rester à bonne distance des pages Explorer et des Reels! Si les Reels individuels peuvent être sympas (par exemple, ceux qui sont postés par une des personnes que vous avez soigneusement choisi de suivre), sur la page dédiée, Instagram en propose un flux ininterrompu. Et rien de bon ne sort jamais de l'exploration aléatoire d'Instagram –ça finit toujours par l'achat de cent dollars de bralettes qui vont commencer à s'effilocher au bout de deux mois de port (un exemple totalement pris au hasard, bien sûr), ou par l'observation frénétique des photos du chien de l'ex-petite amie du mari de votre amour de colo en balade dans des endroits exotiques.

Pourquoi est-ce que votre chien à vous ne se conduit pas comme ça? Est-ce que les ex de vos ex sont aussi sexy? Est-ce que c'est quelque chose dans votre corps qui a provoqué cette usure du soutif? Et ça, c'est quand ça se passe relativement bien. Au pire, vous risquez de finir avec une rengaine qui refuse de quitter votre tête (merci, les Reels/TikToks transférés sur des Reels), ou de déclencher un trouble alimentaire.

@savv.labrant

Our first time getting ready in 4 weeks.. so of course we had to tik tok it

Laxed (Siren Beat) - Jawsh 685

De pauvres cache-sexe

Est-ce que ce conseil de se limiter est dur à suivre, et est-ce que je parle pour moi autant que pour les autres? Absolument. J'ai passé de longues minutes hier soir à taper «se désabonner» et «retirer», encore et encore, pour tenter de ramener mes abonnés et mes abonnements sous la barre des 200. Il ne fait aucun doute que je renouvellerai l'exercice lorsque je me rendrai compte que les événements m'ont de nouveau subrepticement échappé.

Il serait tellement agréable qu'Instagram fournisse un moyen de fixer un plafond et permette de ne pas avoir accès à la fonction Explorer ou aux Reels. Les mesures proposées en ce moment, comme la possibilité de masquer le nombre de likes, ne sont que de pauvres cache-sexe. La notification «vous êtes à jour» qui apparaît dans votre fil quand vous avez vu tout le contenu des gens que vous suivez n'a pas tellement de sens vu que l'appli se met immédiatement à vous proposer des comptes d'instagrameurs que vous ne connaissez pas pour peu que vous continuiez à regarder.

Mais naturellement, les applis de réseaux sociaux sont conçues pour que vous passiez du temps dessus, comme le rappellent douloureusement les Facebook Papers, pas pour être utilisées avec une saine modération. Cet été, Facebook a banni un utilisateur parce qu'il avait créé une appli qui permettait aux autres de se désabonner facilement de tout le monde (éliminant ainsi les fils d'actualité, mais permettant de continuer de consulter les pages des amis). Sachant cela, le simple fait de limiter votre fil à un petit groupe de gens est un minuscule acte de rébellion.

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Certes, il y a toujours la possibilité de se déconnecter entièrement et d'effacer nos applis. Mais Instagram n'est pas une mauvaise chose en soi. C'est chouette de voir la vie de ses amis: la flore et la faune de leur jardin, leurs petits problèmes de boulot, leurs angoisses existentielles postées sur leur liste «amis proches» dans les Stories, la tête de leurs bébés à différentes étapes de leur vie. L'univers Facebook comporte un élément fondamental qui vise tout à fait juste, il est agréable d'être connecté à d'autres gens. En revanche, ça ne l'est vraiment pas d'être connecté au monde entier.

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