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COP26: pourquoi la Chine préfère faire chambre à part

Temps de lecture : 7 min

Xi Jinping envoie une délégation à sa place en Écosse et se contentera de suivre les discussions en visioconférence.

La centrale électrique au charbon de Wujing, à Shanghai, le 28 septembre 2021. | Hector Retamal / AFP
La centrale électrique au charbon de Wujing, à Shanghai, le 28 septembre 2021. | Hector Retamal / AFP

Le développement économique considérable réalisé par la Chine en une trentaine d'années l'a métamorphosée en championne du monde des émissions de gaz à effet de serre (GES). À elle seule, elle émet 27% des émissions mondiales de dioxyde de carbone. Pour autant, Xi Jinping, le président chinois, a fait savoir au gouvernement anglais qu'il ne participerait pas au sommet sur le climat (COP26) organisé par l'Organisation des Nations unies (ONU). Il a simplement accepté d'intervenir lors d'une visioconférence.

Du 31 octobre au 12 novembre, une délégation menée par Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, sera présente à Glasgow, mais sans être en mesure de prendre des décisions trop engageantes. Vladimir Poutine non plus ne participera pas à cette grande réunion mondiale, alors que la Russie est en quatrième position pour la production de gaz à effet de serre. D'autres chefs d'État de grands pays, comme l'Australie ou l'Inde, ont tardé à faire connaître leur intention, mais ont finalement annoncé leur venue, fortement encouragés par les États-Unis et la Grande-Bretagne.

En principe, ce sommet doit compléter le traité de Paris de 2015 qui avait vu, après un accord auquel s'étaient associés les États-Unis et la Chine, 196 pays s'engager à limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels. Cette fois-ci, l'enjeu est d'arriver à limiter d'ici 2050 la hausse des températures à 1,5°C, sans quoi les conséquences écologiques s'annoncent catastrophiques.

Inconfort

Sans doute, Xi Jinping n'a-t-il pas été incité à participer à un sommet qui se déroule en Grande-Bretagne. Londres a vivement critiqué la Chine quand, en 2020, elle a pris en main la gestion de Hong Kong. Le territoire bénéficiait en principe d'un statut d'autonomie et les manifestations hostiles à la Chine populaire s'y multipliaient. Pendant un siècle, et ce jusqu'en 1997, Hong Kong était sous administration britannique. Lorsque Pékin a installé sa loi sur le territoire, non seulement le gouvernement anglais a protesté beaucoup plus fort que d'autres pays, mais, de surcroît, il a permis à de nombreux citoyens hongkongais de se réfugier au Royaume-Uni.

Autre raison pour Xi Jinping de ne pas se rendre à Glasgow: il évite de voyager à l'étranger depuis un voyage en Birmanie en janvier 2020, au début de la pandémie de Covid-19. Une exception à cette règle pourrait être mal vue dans l'opinion publique en Chine. D'autant que peu de citoyens chinois sont autorisés à quitter le pays.

Enfin, à Pékin, on est parfaitement conscient de la mauvaise image de la Chine depuis l'apparition du coronavirus et qu'aucune véritable enquête internationale sur ses origines n'a été autorisée. Se retrouver dans ce sommet en Écosse risquait de ne pas être véritablement confortable pour Xi Jinping. À l'inverse, ne pas être physiquement présent lors de cette conférence internationale sur le climat permet au chef de l'État chinois d'apparaître moins engagé par les décisions qui pourraient s'y prendre. Aussi, la décision que Xi Jinping n'irait pas à Glasgow a-t-elle très probablement été avalisée par le Bureau politique du Parti communiste chinois.

Le résultat est donc que le plus haut dirigeant chinois ne participe qu'en visioconférence à la principale rencontre annuelle consacrée à la protection de l'environnement. Tandis que Joe Biden, Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen et bien d'autres vont prononcer des discours dans les premiers jours de ce sommet, devant quelque 180 dirigeants de pays et environ 36.000 délégués d'institutions internationales.

La promesse d'une réduction de 65% des émissions carbone

Cette absence physique de Xi Jinping à ce sommet COP26 souligne le souci des dirigeants de Pékin de mener comme ils l'entendent la politique chinoise de lutte contre le changement climatique. Dans ce domaine, tout indique que la Chine est loin d'être inactive. D'une part pour des raisons internes: dans le pays, toute détérioration environnementale importante provoque de profonds mécontentements au sein de la population. Les manifestations et les mouvements de protestation se déclenchent immédiatement dès que, dans une ville ou un village, des usines ou des travaux entraînent une forte pollution. Aussi autoritaire que soit le pouvoir, il ne peut ignorer ces mouvements déclenchés par l'inquiétude populaire et qui entrent dans la catégorie officielle des 100.000 «incidents de masses» annuels.

En quelques années, les dirigeants chinois ont mis au point un plan qui vise à limiter le recours aux énergies fossiles. L'objectif est d'atteindre un pic des émissions chinoises en carbone en 2030, puis de parvenir à la neutralité carbone d'ici 2060. L'action contre les énergies polluantes sera donc véritablement engagée à partir de 2030. Il s'agira alors de parvenir en trente ans à ce que les énergies non fossiles représentent 25% de la consommation d'énergie du pays.

L'ensemble de ces engagements de la Chine a été repris et détaillé dans une nouvelle «contribution déterminée au niveau national» (NDC) que Pékin a mis en ligne le 28 octobre sur le site de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Le gouvernement chinois s'engage désormais à réduire l'intensité carbone des émissions de CO2 de plus de 65% par rapport à 2005.

Dans la précédente NDC, il était prévu que ce serait «entre 60 et 65%». Tout cela suppose, entre autres, que le solaire et l'éolien produisent au moins 1.200 GW par an. Nombre d'experts de la COP26 semblaient attendre plus d'engagements nouveaux et plus vigoureux de la part de la Chine. De leur côté, les dirigeants chinois qui ont rédigé cette NDC tiennent à rappeler que «les pays développés doivent continuer à prendre résolument la tête en matière de réduction d'émissions». Ce qui sous-entend que la Chine ne se classe toujours pas parmi les pays développés.

Le 7 août 2020, Howey Ou, 17 ans, brave l'intimidation et la critique en Chine en organisant une manifestation pour militer contre la catastrophe climatique qui s'annonce. | Nicolas Asfouri / AFP

Pour réaliser les ambitions annoncées, la Chine devra progressivement réduire sa consommation de charbon –qui fournit actuellement 60% de la production d'électricité du pays– et diminuer aussi le recours au gaz et au pétrole. Pékin affirme une nette volonté d'aller vers une diminution de la consommation chinoise de charbon.

Le 21 septembre, le président Xi Jinping l'a réaffirmé en vidéoconférence devant l'Assemblée générale de l'ONU, en ajoutant que la Chine ne construirait désormais plus de centrales à charbon dans le reste du monde. Ce qui signifie que des projets de centrales prévues notamment en Turquie, en Indonésie, au Zimbabwe ou en Bosnie-Herzégovine devraient être abandonnés faute de financement chinois. Les propos du numéro 1 chinois visent à donner de son pays une image de bon élève du combat écologique. Il s'agit en même temps de montrer aux Chinois que leur gouvernement travaille en vue d'améliorer l'environnement, en Chine et dans le monde.

Dépendance au charbon

Seulement, en même temps, il apparaît qu'à court terme, la Chine peut difficilement se passer du charbon. Sa production industrielle est considérable et les équipements alternatifs sont loin de pouvoir lui suffire. Se priver du charbon risquerait d'entraîner un ralentissement de la croissance. Par ailleurs, il n'est guère envisageable de bloquer autoritairement l'utilisation habituelle du charbon dans les provinces du nord du pays où, comme chaque hiver, le froid va arriver.

Si bien que la Chine a décidé de se diriger vers une augmentation de sa production de charbon. Nombre de mines situées en Mongolie intérieure qui avaient entamé une réduction de leur production inversent la tendance. Début octobre, la Commission nationale du développement et des réformes (NRDC), le puissant organisme de planification en Chine, a fait savoir que 153 mines avaient été autorisées à augmenter leur production afin de produire 220 millions de tonnes supplémentaires par an. Et comme tout cela ne semble pas suffire, la Chine a repris des importations de charbon australien.

Des éructations de fumée s'échappent d'une centrale électrique alimentée au charbon près de Datong, dans la province du Shanxi, au nord de la Chine. | Greg Baker / AFP

Cependant, ce renouvellement du recours au charbon n'empêche nullement le pays de s'engager fortement dans les énergies renouvelables. Le pays est le principal fabricant au monde de panneaux solaires et de turbines éoliennes. En septembre dernier, Pékin a encore annoncé le lancement d'un nouveau parc éolien et photovoltaïque d'une puissance de 100 CW près du désert de Gobi, à l'extrême ouest de la Chine.

«Améliorer la gouvernance environnementale mondiale»

Le 24 octobre, le gouvernement chinois a publié un document qui indique les étapes prévues pour aller jusqu'au pic d'émissions de carbone de 2030. Le lendemain, un livre blanc est paru à Pékin qui décrit «les actions et les progrès de la Chine dans l'atténuation du changement climatique, un défi commun à l'humanité». Le but de ce livre blanc est très officiellement annoncé: il s'agit de «partager l'expérience de la Chine et ses approches avec le reste du monde».

On peut y lire des citations de Xi Jinping sur le climat telles que: «Nous devons améliorer la gouvernance environnementale mondiale, répondre activement au changement climatique et créer une communauté de vie pour l'humanité et la nature. Nous devons accélérer la transition vers une économie verte et à faible émission de carbone et réaliser une reprise et un développement verts.»

Les dirigeants du pays cherchent sans doute à garder la maîtrise de leurs décisions en matière de lutte contre le changement climatique.

Manifestement, la Chine cherche à ne pas être trop à l'écart de la COP26 de Glasgow. Dans ce contexte, Emmanuel Macron a téléphoné le 26 octobre à Xi Jinping. Outre une demande de poursuivre le rééquilibrage de sa relation économique avec l'Europe, le président français a recommandé au chef de l'État chinois de rehausser les ambitions climatiques de son pays en envoyant un «signal décisif» pendant la COP26.

Qu'il y ait en Chine un effort programmé pour répondre à l'urgence climatique semble peu contestable. Mais, sur ce sujet, les dirigeants du pays cherchent sans doute à garder la maîtrise de leurs décisions. Pour cela, ils gardent une certaine distance par rapport à la grande majorité des pays de la planète. Mais ils doivent aussi tenir compte de la population chinoise qui exige une atmosphère plus saine. Ne pas répondre à toutes ces exigences ne serait encourageant ni pour la Chine, ni pour le reste du monde.

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