Politique

«On a fini par dégager un profil type du parrain»: les astuces des petits candidats pour trouver leurs 500 signatures

Temps de lecture : 5 min

Difficile de trouver le nombre de parrainages requis dès lors qu'on aspire à se présenter à l'élection présidentielle en dehors des grandes formations politiques.

La cible préférée des candidats à la recherche des précieux paraphes reste les maires de petites communes. | Philippe Hugen, Philippe Desmazes, Jeff Pachoud, Patrick Hertzog, Xavier Leoty, Damien Meyer, Lionel Bonaventure, Chantal Briand, Cedrick Isham, Calvados, Sameer al-Doumy / AFP
La cible préférée des candidats à la recherche des précieux paraphes reste les maires de petites communes. | Philippe Hugen, Philippe Desmazes, Jeff Pachoud, Patrick Hertzog, Xavier Leoty, Damien Meyer, Lionel Bonaventure, Chantal Briand, Cedrick Isham, Calvados, Sameer al-Doumy / AFP

Le Graal des 500 signatures pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle s'apparente à l'ascension de l'Everest pour les uns, à celle d'une petite colline pour les autres. «C'est un obstacle antidémocratique difficile à franchir pour beaucoup de formations politiques», condamne Elsa, qui milite auprès des maires en faveur de la candidature d'Anasse Kazib. Le candidat marxiste et ancien chroniqueur des «Grandes Gueules» de RMC a beau être l'un des «petits candidats» les plus médiatiques, il est lui aussi à la recherche du précieux sésame.

Avec leur réseau d'élus, les candidatures Les Républicains (LR) et du Parti socialiste (PS) n'auront, elles, pas trop de soucis à se faire pour les recueillir et passer la première étape ouvrant la voie vers la course à l'Élysée. La preuve en chiffres: en 2017, François Fillon et Benoît Hamon avaient accumulé respectivement 3.635 et 2.039 signatures, laissant des miettes à François Asselineau (587), Philippe Poutou (573) et Jacques Cheminade (528), tous les trois qualifiés de justesse.

Les vendanges des deux mastodontes de la vie politique française devraient une nouvelle fois être fructueuses en 2022, comme la moisson du pas-encore-candidat Emmanuel Macron, qui avait récolté 1.600 soutiens, malgré son manque d'ancrage local.

Ces signatures tant recherchées étant celles des maires, des députés, des sénateurs, des représentants français au Parlement européen et de nombreux élus locaux, il est infiniment plus facile pour une formation politique ancrée dans le paysage politique français de les obtenir. «Pour le pluralisme politique, elles sont de vraies barrières à l'entrée, insiste Pedro, du parti République souveraine, qui porte la candidature de Georges Kuzmanović. Il y a tout un discours autour de l'abstention, mais les citoyens ne trouvent pas toujours un candidat qui leur correspond.»

Les petites communes, cibles privilégiées

Dans sa recherche effrénée des 500 parrainages, François Asselineau avait pu compter sur l'aide de Norbert Chetail, un professionnel de ce démarchage. L'ancien élu frontiste et ex-soutien de Philippe de Villiers en 2007 s'était même fait croquer le portrait par Florence Aubenas pour le journal Le Monde.

Pour les autres prétendants à la présidentielle, la tâche revient avant tout à toquer aux portes des mairies. «On fait des équipes de deux et on part dans tous les cantons qu'on peut imaginer, détaille Elsa. Pays basque, Yonne… Je suis allée un peu partout! On cible les petites communes et on discute avec les maires. Les parrainages, c'est le 13e travail d'Hercule!»

La cible préférée des candidats à la recherche des 500 signatures? Les maires de petites communes. «La première chose, ça a été de savoir comment avoir une liste des maires. On a consulté les sites gouvernementaux, les annuaires de mairies… Bref, tout ce qui était public. Pour des raisons de probabilités de soutien, mais aussi de disponibilités, on s'est dit qu'on allait cibler les communes de moins 500 habitants. On a commencé à les démarcher en avril, et puis on a élargi, jusqu'à 4.000 habitants», abonde Florent. Coordinateur de la récolte des parrainages au sein du mouvement Espoir RIC 2022, il donne de son temps dans l'espoir de voir Clara Egger, enseignante-chercheuse en relations internationales à l'université de Groningen aux Pays-Bas, accéder au premier tour de la prochaine présidentielle.

Avec plus de 42.000 élus, dont une bonne partie n'accorde son soutien à aucun candidat, quand une autre la donne à des candidats de la majorité, il n'y a pas de signatures pour tout le monde. Seuls 14.000 d'entre eux avaient fait la démarche de soutenir une candidature en 2017 et la moitié de ces élus avaient choisi Benoît Hamon, François Fillon et Emmanuel Macron.

Peu de moyens pour une tâche âpre

Viser juste. C'est le défi permanent des militants de structures aux petits moyens. «On se casse la tête pour savoir quelle est la bonne technique», avoue Florent. Il ne souhaite cependant pas donner toutes les astuces de son équipe, de peur que ses concurrents en fassent de même.

De son côté, République souveraine affiche avec fierté sur son site l'existence d'un système à même d'identifier les candidats les plus susceptibles d'apporter leur signature à leur projet. «Au début de l'année, on a exploité l'open data pour constituer notre base de données nous-mêmes, annonce crânement Pedro. On a aussi épluché les Pages jaunes, mais on a réussi à en automatiser une grande partie, grâce à un algorithme qui nous permet de savoir qui contacter. On a fini par dégager un profil type du parrain qui nous correspond.»

«Il faut que le mouvement ait l'argent nécessaire afin de payer l'essence pour aller à la rencontre des maires.»
Elsa, militante à Révolution permanente

Ce souci d'efficience est dicté par le manque de temps et, surtout, de moyens. Les petits candidats sont épaulés par des bénévoles aux moyens limités. RIC 2022 a ainsi contacté une partie des élus par voie postale. Pour une petite structure, l'envoi de milliers de courriers représente un coût non-négligeable. «Il faut que le mouvement ait l'argent nécessaire afin de payer l'essence pour aller à la rencontre des maires, alors même que son prix augmente, lâche Elsa. On dépense 100 euros d'essence par week-end. Mon embrayage a lâché à force de rouler. C'est un véritable obstacle discriminant de plus.»

Le paradoxe est le suivant: les «gros» partis n'ont besoin de mobiliser que très peu de ressources pour passer la barre des 500 signatures, quand les «petits» partis doivent faire des pieds et des mains pour convaincre les élus, alors même qu'ils n'ont pas vraiment les moyens de le faire.

Pas d'adhésion, mais un soutien

Une loi votée en 2016 a changé la donne pour les «petits partis». Depuis la dernière présidentielle, ce ne sont plus les candidats qui récoltent les parrainages et les apportent au Conseil constitutionnel, mais les élus qui les envoient par voie postale.

Autre changement, désormais, la liste de tous les signataires est publique. Des modifications qui ne sont pas au goût d'Elsa, soutien d'Anasse Kazib: «Le problème, c'est que, comme c'est public, cela permet aux partis d'exercer une pression directe, voire de mettre en jeu des subventions régionales. Les maires nous expliquent souvent qu'ils n'ont rien à gagner en nous soutenant, mais des choses à perdre, comme refaire le toit de l'église, par exemple.»

«Obtenir juste 500 promesses, ce n'est pas suffisant. On doit avoir 25% de perte. Il faut en viser environ 800.»
Pedro, membre du parti République souveraine

Le problème avec les promesses, c'est qu'elles n'engagent que ceux qui y croient… et qui n'oublient pas d'envoyer leur soutien au Conseil constitutionnel. «Comme on peut plus récupérer les parrainages pour les envoyer nous-mêmes, il faut obtenir environ 800 promesses, estime Pedro. En avoir juste 500, ce n'est pas suffisant, entre ceux qui oublient de l'envoyer et ceux qui ne le font pas correctement… On se dit qu'on aura 25% de perte.»

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Et pour arriver à en engranger le maximum, tous les «petits» candidats sortent le même argument: la nécessité d'assurer une pluralité politique. «On ne leur demande pas d'être d'accord avec nos idées, poursuit le militant de République souveraine. Les maires nous soutiennent le plus souvent par soucis d'une certaine vitalité démocratique.»

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