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Démanteler la police, la proposition controversée qui pourrait bientôt être appliquée à Minneapolis

Temps de lecture : 4 min

Les habitants de la ville où Derek Chauvin a tué George Floyd sont invités à se prononcer sur la question le 2 novembre.

Un panneau «Defund the Police» lors d'une manifestation contre la violence et le racisme de la police, le 24 août 2020 à Minneapolis (Minnesota). | Kerem Yucel / AFP
Un panneau «Defund the Police» lors d'une manifestation contre la violence et le racisme de la police, le 24 août 2020 à Minneapolis (Minnesota). | Kerem Yucel / AFP

Mai 2020, une équipe de police interpelle un homme noir dans une rue de Minneapolis après l'appel d'un épicier ayant signalé un paiement avec de faux billets. Projeté au sol, le genou de l'officier Derek Chauvin sur sa nuque, George Floyd se retrouve très rapidement en détresse respiratoire et alerte sur son état sans que cela ne suscite la moindre réaction de la part des hommes en bleu autour de lui. Après de longues minutes de supplication et d'agonie, il utilise son dernier souffle pour répéter à son bourreau, Derek Chauvin, qu'il va mourir.

Les images de cette arrestation meurtrière, filmée par les passants, deviennent rapidement virales et choquent le monde. Loin de constituer le premier scandale impliquant la police américaine, la cruauté de Chauvin et la longue souffrance de Floyd provoquent une vague de colère et d'indignation sans précédent aux États-Unis. Très vite, des centaines de milliers de personnes descendent dans les rues des grandes villes du pays pour manifester leur colère envers le comportement et les pratiques de la police, et pour dénoncer le racisme systémique qui touche l'institution. Le mouvement Black Lives Matter, apparu en 2013, revient sur le devant de la scène et prend les rênes de la contestation. En pleine campagne électorale, le président Donald Trump met de l'huile sur le feu tandis que Joe Biden promet qu'il tentera de changer les choses s'il accède au pouvoir.

Du côté des militants et élus les plus radicaux, une revendication émerge: le définancement de la police –«Defund the Police»– qui consisterait à réduire les fonds des polices locales pour les investir ailleurs ou à démanteler totalement les services. Un peu plus d'un an après son émergence, cette proposition va faire l'objet d'un vote à Minneapolis le 2 novembre prochain. Les électeurs décideront de l'adoption ou non d'un amendement à la charte de la ville qui limiterait la taille, la portée et l'influence de son service de police. Ce vote soulève plusieurs questions.

Que se passera-t-il si l'amendement est adopté?

Le département de police de Minneapolis sera remplacé par un département de la sécurité publique qui aura pour responsabilité d'intégrer ses fonctions de sécurité dans une approche plus globale de santé publique.

Le nombre minimum d'agents par habitant requis par la ville disparaîtra, certains d'entre eux seront remplacés par des travailleurs sociaux, des experts en santé mentale ou encore des gestionnaires de crise. Une partie des fonds alloués au service de police pourra être réaffectée à d'autres services municipaux.

Enfin, cette nouvelle entité sera soumise à un contrôle plus démocratique puisqu'elle rendra des comptes au conseil municipal et non plus seulement au maire, le premier étant plus représentatif de la diversité de la population que le second. Si le «oui» est majoritaire, la modification de la charte de la ville prendra effet trente jours après le scrutin.

Qu'en pensent les habitants afro-américains de Minneapolis?

Le démantèlement du département de police est un sujet très sensible et le vote s'annonce serré. Une récente enquête d'opinion du journal local Star Tribune indique une certaine réticence au sein de la communauté noire vis-à-vis du projet proposé par la municipalité (42% pour / 49% contre) et une opposition totale à la réduction des effectifs de police (14% pour / 75% contre). Cela s'explique notamment par l'importance grandissante des thématiques liées à la sécurité pour les habitants des quartiers défavorisés de Minneapolis.

En effet, dans l'État du Minnesota comme dans le reste du pays, la criminalité augmente et a même atteint des records en 2020. Ea Porter, une résidente des quartiers nord, compte voter contre: «Je pense que les électeurs noirs sont plus susceptibles de ressentir les effets du manque de services policiers. [...] N'expérimentez pas cela sur nous, car nous sommes ceux qui vont être les plus durement touchés en premier.» Don Samuels, très engagé contre cette réforme, habite lui aussi au nord de la ville et partage les mêmes préoccupations que Porter: «Les quartiers noirs et les communautés pauvres en paieront le prix.»

Il y a cependant un élément qui fait l'unanimité chez les habitants de Minneapolis, quelle que soit leur couleur de peau: l'image négative de la police. Une très large majorité s'accorde à dire que les choses ne vont pas et que des changements profonds doivent intervenir. «Nous ne voulons plus uniquement des hommes blancs musclés en intervention, avec une attitude brutale, et abattant dans la rue les jeunes Noirs l'un après l'autre. [...] Nous avons besoin de flics qui estiment la vie des Noirs et servent la communauté avec dignité et respect», expose Samuels.

Un scrutin très scruté

Bien qu'il s'agisse d'une consultation locale, celle-ci revêt presque un caractère national. Beaucoup d'autres villes, à majorité démocrate, ont émis l'idée de démanteler leur service de police après la mort de George Floyd. Pour l'heure, aucune n'est allée au bout du processus et beaucoup ont même fait marche en arrière en renforçant les budgets pour faire face à la hausse de la criminalité qui touche notamment les grandes métropoles.

Aussi, ce type de proposition divise au sein même du Parti démocrate, voire de l'aile gauche. Difficile pour l'heure de prédire l'issue mais en cas d'échec, cela signera probablement la fin du mouvement Defund the Police.

À l'inverse, si le «oui» l'emporte, les partis politiques, les médias et les activistes suivront de près cette expérimentation. Mais un problème, dont personne ne parle pour l'instant, pourrait émerger à la suite de la consultation: que faire si le résultat du scrutin ne correspond pas au vote de la majorité des habitants afro-américains de Minneapolis?

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