Culture

«Venom 2»: ils ont quand même réussi à faire pire que le premier

Temps de lecture : 3 min

L'ennemi de Spider-Man, qui s'est retrouvé par miracle star de son propre film, a droit aujourd'hui à une suite. Et c'est comme l'adolescence, un peu moche, bête et pas toujours satisfaisant. 

On n'a jamais vu un blockbuster accomplir aussi peu en autant de temps. | Capture d'écran FilmSpot Trailer via YouTube
On n'a jamais vu un blockbuster accomplir aussi peu en autant de temps. | Capture d'écran FilmSpot Trailer via YouTube

Attachez votre ceinture, ça va secouer. Au grand jeu du pire blockbuster de l'année, le deuxième film de Venom prend une longueur d'avance, passe en force et risque de gagner avec une bonne longueur d'avance.Venom est un personnage étonnamment compliqué pour un simple super-vilain dont la raison d'être est de symboliser l'anti-Spider-Man. Et Spider-Man n'est même pas dedans, pour une histoire de gros sous. Cela donne un film un peu fou qui ose tout sans jamais vraiment y arriver.

Pour ceux qui débarquent, c'est l'histoire d'un organisme extraterrestre qui fusionne avec un homme. Les deux entités doivent ainsi coexister. L'E.T ne rêve que de bouffer les gens tandis que son hôte humain, Eddie Brock, essaye de le canaliser. Ils parlent, se crient dessus, se disputent et se réconcilient. Un vrai couple, mais dans le même corps. Ensemble, ils sont Venom. Le premier film est un véritable nanar survitaminé où seul Tom Hardy donnait le sentiment de jouer, mais à la manière de Michaël Youn dans Incontrôlable. C'était un cas d'école dans la catégorie des films si nuls qu'ils en deviennent géniaux.

«Parce que»

Voir Tom Hardy se donner tant de mal alors que personne n'a l'air de se rendre compte qu'il joue dans une daube est devenu un peu la signature du premier film. Dans le deuxième opus, rassurez-vous, tout le monde s'est passé le mot: ils savent maintenant. En premier lieu, Woody Harrelson, qui a changé de perruque depuis le précédent épisode où on l'entrapercevait. Il troque donc sa chevelure de Ronald McDonald pour une sorte de carré rougeâtre qui nous rappelle à quel point cet acteur n'a peur d'aucune audace capillaire.

Ce postiche est sans doute le seul qui joue juste durant cette heure et demie. Et pourtant, il y a Michelle Williams, à qui on ne donne quasiment rien à faire. En se mettant à sa place, on se dit qu'un coup de fil à son agent s'impose. On ne comprend pas pourquoi les personnages agissent, quelles sont leurs motivations, ils vont juste d'un point à un autre «parce que». Woody Harrelson, alias Cletus Kasady alias Carnage est également l'amant / l'ami d'enfance de Frances alias Shriek jouée par Naomi Harris. Pareil, on est supposé y croire... «parce que».

Woody Harrelson, dans Venom 2. | Capture d'écran Movieclips via YouTube

Comme dans le premier Venom, il n'y a que peu d'alchimie et de logique dans tout cela. Du haut de l'accent anglais shakespearien terminé au cognac qu'il se donne, c'est Tom Hardy qui tient tout, fait tout et fatigue un peu tout le monde. D'ailleurs, il a co-écrit le film. On pense beaucoup à Johnny Depp, en fin de règne, qui a continué à faire des films destinés à des enfants alors que personne ne le lui demandait.

Faute de goût

En vérité, on espérait un peu que Venom 2 reproduise ce que faisait son prédécesseur, un nanar qu'on regarde avec de l'alcool et des pizzas entre potes, un mauvais film mais suffisamment drôle pour qu'on s'en moque. Cette suite pue le cynisme de compétition, avec, comme point d'orgue, une scène de parodie de coming out en rave party complètement claquée au sol. C'est une règle quand même évidente: si tu sens que ton film est nul, n'essaie pas de faire de métaphore en boîte de nuit.

De son propre aveu, l'ambition d'Andy Serkis était «un peu» de réaliser un film de couple. De faire de Venom une comédie gay, un buddy movie décalé. De toutes les trois propositions, aucune ne réussit vraiment. Si Venom et Eddie ont vraiment des moments de couple, le film se bloque dans une superficialité un peu gênante.

Un des problèmes du film tient aussi à ça: si Andy Serkis est un comédien expert en motion capture sur la foi de son expérience de Gollum dans Le Seigneur des Anneaux, il ne sait absolument pas diriger des êtres humains. L'ensemble est d'une laideur effroyable malgré la présence de Robert Richardson à la photo, moins inspiré que dans ses collaborations avec Tarantino. La fin, grande bataille de grumeaux visqueux dans la nuit, est à peine lisible.

On n'a jamais vu un blockbuster accomplir aussi peu en autant de temps. Pourtant, Venom 2 est exceptionnellement court pour un film du genre, 1h30 tout habillé. On ne peut de toute façon pas aller beaucoup plus loin quand on décide de donner à son protagoniste la mentalité d'un ado débile. L'ultime faute de goût de l'expérience, c'est quand même la tentative d'intégrer au chausse-pied Venom au MCU. Il n'est pas dit que Kevin Feige, grand manitou des productions Marvel ait envie d'intégrer ce cousin gênant. C'est un peu ça Venom 2, ce gars qu'on connait bien et qui se fout la honte à un mariage parce qu'il est bruyant et bourré.

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