France

L'Algérie n'est pas une affaire classée

Slate.fr, mis à jour le 20.05.2010 à 19 h 09

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Avec son nouveau film Hors-la-loi, Rachid Bouchareb se confronte une fois de plus aux imbroglios historiques et au devoir de mémoire qui fait parfois défaut dans les manuels scolaires. En 2006, il consacrait son film Indigènes aux combattants issus des anciennes colonies françaises et, à sa sortie en salle, Dominique de Villepin annonçait que les 80.000 anciens combattants concernés recevraient les mêmes retraites que les combattants français.

Dans un article paru vendredi 21 mai, Le Monde retrace la polémique qui intervient alors que la sélection du film pour représenter l'Algérie à Cannes a suscité des réactions pour le moins surprenantes de la part de députés UMP -dont Lionnel Luca est le chef de file- comme de la part du secrétaire d'Etat à la Défense et aux Anciens combattants Hubert Falco. Les parlementaires, membres du Groupe d'études sur les «rapatriés» ont d'ailleurs annoncé une «marche silencieuse» pour protester contre le film vendredi. Une véritable opération médiatique le jour même de la projection de Hors-la-loi en compétition officielle. En cause, le «scénario» du film, et en particulier le passage concernant le massacre de Sétif, lors du défilé du 8 mai 1945. La commémoration qui tourna à l'émeute avait provoqué la mort de plusieurs milliers de personnes parmi la population algérienne, les chiffres restant sujet à polémique.

Isabelle Mandraud, qui signe l'article paru dans la rubrique «contre-enquête» du Monde, juge que le thème abordé par Bouchareb «a soulevé une de ces polémiques familières que les historiens nomment la "guerre des mémoires"». De vieux démons qui se réveillent au mauvais moment, puisque le gouvernement s'apprête à lancer une Fondation pour la mémoire de la guerre en Algérie. Dotée d'un budget de 7,2 millions d'euros, elle intervient dans le cadre de la loi controversée du 23 février 2005 qui proclamait dans son texte initial «le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord».

La future fondation embarrasse -la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie parle d'une «patate chaude»- dans un contexte tendu entre les deux pays. Le projet, rapporte lepoint.fr, prévoit un plan emploi pour les enfants de harkis ainsi que l'extension de l'attribution de l'allocation de reconnaissance de 20.000 euros (prévue à la base pour les harkis ou leurs conjoints) dans des conditions restreintes «aux enfants de harkis dont les parents sont décédés entre le 23 février 2005, date de la publication de la loi et la date butoir du 1er octobre 2005».

Une initiative qui intervient alors que le gouvernement envoie ces dernières années des signaux inverses. L'article du Monde rappelle qu'en 2007 l'armée française a restitué «le plan des mines posées pendant la guerre aux frontières avec la Tunisie et le Maroc». A cette occasion, Sarkozy avait reconnu que le système colonial «ne pouvait être vécu que comme une entreprise d'asservissement». Avant d'apostropher, quelques mois plus tard:

Tous les adeptes de la repentance qui refont l'histoire et qui jugent les hommes d'hier sans se soucier des conditions dans lesquelles ils vivaient, ni de ce qu'ils éprouvaient. Je veux leur dire : de quel droit les jugez-vous?

[Lire l'article dans l'édition du Monde du vendredi 21 mai]

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photo: photo officielle de promotion de Hors-la-loi/site Cannes 2010

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