France

De l'agriculture au logiciel libre (et autres propositions)

Slate.fr, mis à jour le 26.05.2010 à 18 h 36

100 milliards, c'est la somme que doit rassembler la France pour combler son déficit budgétaire. Mission impossible? Nous attendons vos propositions.

Le 20 mai, à l'occasion du deuxième volet de la conférence exceptionnelle sur la réduction des déficits, le ministère de l'Economie a annoncé le montant de la facture. Pour que la France bouche son trou budgétaire abyssal, il va falloir réunir 100 milliards d'euros d'ici 3 ans. Pour une bonne partie de la classe politique et un grand nombre d'économistes, c'est un défi impossible à relever. Aux yeux du président de la commission des Finances, Jean Arthuis, il faudrait «au moins quatre ou cinq ans» pour y parvenir.

Devant cette somme babylonienne, où trouver les fonds? Christine Lagarde l'a annoncé, il va falloir gratter les «fonds de tiroir». Peu ou prou, cela représente le coût du plan de sauvetage pour la Grèce, une fois et demi le budget annuel de l'Education nationale, trois fois celui du programme de développement du Rafale.

Et vous, où suggérez-vous d'aller chercher un tel pécule? Envoyez-nous vos propositions à 100milliards @ gmail.com, nous publions au fur et à mesure les plus intéressantes (celles-ci doivent être chiffrées, étayées et argumentées).

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Damien Chenel pense avoir trouvé 35 milliards d'euros, le tiers de la somme, à travers six mesures fiscales, qui s'appuient sur le rapport de la Cour des comptes:

- Supprimer le taux réduit de TVA sur les matériaux en cas de rénovation rapporterait 1 milliard d'euros.
- Supprimer l'abbatement de 10% pour frais professionnels applicables aux pensions de retraite rapporterait 2,7 milliards d'euros.
- Supprimer les avantages fiscaux consentis pour investissement dans les DOM-TOM rapporterait 3,5 milliards d'euros.
- Supprimer l'exonération d'imposition des plus-values de cession de filiale rapporterait 12,5 milliards d'euros.
- Supprimer l'avantage fiscal attribué en cas de remplacement de sa chaudière rapporterait 2,8 milliards d'euros.
- Faire une évaluation très précise de l'utilité des différentes agences gouvernementales (Agences françaises pour les investissements internationaux...), offices publics (ONIC, ONF, Pôle Emploi, etc.), autorités (Halde...) etc. dont la gestion me semble opaque. Vu la forte croissance de leurs effectifs et la faiblesse du contrôle exercé par leur ministère de tutelle, je ne serai pas étonné que l'Etat puisse y trouver 2,5 milliards d'euros.

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Eric Janton a d'autres propositions, libertariennes (pour les moeurs), protectionnistes ou ultra-keynésianistes (pour le volet financier). Il propose de «légaliser le cannabis, les maisons closes, d'amnistier les Français ayant déposé de l'argent dans des paradis fiscaux en échange du rapatriement des fonds, de taxer les produits fabriqués en dehors de l'UE (en abaissant de 10 points celle de ceux qui sont fabriqués au sein de l'Union et en accordant une diminution d'impôts aux contribuables qui consomment du «made in France»)». Il préconise également «d'augmenter les salaires de 10%, de diminuer celui de Nicolas Sarkozy, du Premier ministre, des ministres, des députés, sénateurs et hauts fonctionnaires, de nationaliser les banques, de taxer les transactions boursières - même faiblement». Nous étudions encore l'idée de «planter du pavot et inonder le marché anglais»...

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PG pense également qu'il faut taxer les transactions boursières, pour «punir ceux qui nous ont mis dans cette situation». Il rappelle qu'à Paris, «on échange entre 2 et 5 milliards d'euros par jour, 220 jours par an, soit 770 milliards d'euros par an en moyenne. Si on taxe chaque euro de 4,3 centimes d'euros, on arrive à 99 milliards en trois ans, sur une base de 2.310 milliards».

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Dans un mail, Pierre Pelissier suggère quant à lui de «relancer le débat sur l'impôt proportionnel et l'impôt progressif, en étendant la progressivité non seulement aux impôts proprement dit mais aussi aux cotisations sociales et aux cotisations de retraite». A ses yeux,il n'est pas choquant de cotiser pour la Sécurité sociale, le chômage et les retraites au prorata de ce que l'on gagne, en franchissant des paliers de 2 à 5%. «Selon des simulations qui demeurent à réaliser, je ne crois pas stupide d'atteindre 33 milliards par an et 99 en trois ans, écrit-il. Il n'y aurait d'ailleurs aucune raison de stopper ce principe une fois le but atteint...»

Dans un autre registre, il évoque une «rationalisation» et une «mutualisation européenne» des dépenses militaires. Il nous promet de «revenir avec plus d'arguments millimétrés» quand il aura «fait mouliner la calculette».

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Pour Sébastien Le Gall, il faut lancer le débat sur les intérêts bancaires, «ne serait-ce que par respect pour les générations suivantes». Notre internaute rappelle qu'il s'agit du deuxième budget annuel de la France, après la Défense mais avant l'éducation nationale ou la santé. «On arrête de verser cet argent (40 milliards d'euros tous les ans) avant que cela ne prenne des proportions inouïes, écrit-il. On emprunte désormais à la Banque de France. Avec un taux nul.» Depuis la réforme bancaire entreprise sous Pompidou et matérialisée par Valéry Giscard d'Estaing, la France ne peut plus agir de cette façon, «qui risquerait de nous ramener à une situation d'inflation semblable à celles des années 50» selon l'ancien président de la République.

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Laurent Georges, de son côté, suggère une réforme des «régimes très spéciaux», notamment celui des parlementaires. «Ceux-ci paient une cotisation ridicule de symbolique de 0,5% de leur revenu pour avoir droit à une retraite extrêmement avantageuse, nous écrit-il. Quelques dizaines de millions d'euros à économiser de ce côte-là.»

De manière plus inattendue, il suggère la «suppression des remboursements de TVA et les notes de frais relatives aux déjeuners d'affaires. Il est quand même assez incroyable d'imaginer que des centaines de milliers de repas sont passés chaque année en notes de frais et donc en partie remboursés avec l'argent du contribuable alors qu'un nombre assez conséquent d'entre eux sont de simples déjeuners entre "collègues" à partir d'une certaine position dans une entreprise mais également le fait qu'une très grosse partie de ces repas se font entre personnes ayant un niveau de vie n'ayant rien de commun avec le français lambda. Où est la justification?»

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Pour cogito, il faut stimuler le secteur primaire:

Reduire les depenses onéreuses ne suffit plus, il faut faire des sacrifices obligés et vendre des biens de l'Etat. Mais le plus important, qui pourrait rapporter gros, serait d'autoriser les gens à construire sur les terrains agricoles moyennant une taxe calculée au prorata du metre carré construit. Un hectare de terrain agricole vaut en moyenne entre 3.000 et 10.000 euros en fonction des regions. Avec un permis de construire, le prix sera augmenté facilemment de 50.000 euros à 200.000 euros en fonction des regions. 500.000 permis de construire sur des terrains de loisirs et agricoles taxés en moyenne de 100.000 euros (prix d'un terrain constructible dans une ville moyenne) rapporteraient 50 milliards d'euros. Cela permettrait en outre à de nouveaux agriculteurs de s'installer sur de nouvelles exploitations, et d'attirer des gros investisseurs qui régleront le problème de la disparition des villages agricoles en les remplaçant par le tourisme rural.

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Comme une mise en abyme à notre article collaboratif, Bertrand Jubault avance l'idée d'une «initiative populaire» qui s'appuierait notamment sur les réseaux sociaux pour «fédérer toutes les énergies positives». Il cite en exemple le fameux slogan des années 70, «en France, on a pas de pétrole mais on a des idées» et suggère la création d'un «site participatif». En outre, il suggère que l'administration française adopte enfin le logiciel libre au quotidien, «aussi performant et moins cher qu'un logiciel propriétaire».

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Georges Demier pose la question, «pourquoi ne pas rétablir la vignette sur les véhicules à moteur?» En 2007, le parc automobile recensait 37 millions de véhicules, auxquels il faut ajouter 3 millions de deux-roues, sans compter les bicyclettes. Il suggère une taxation comme suit, qui rapporterait 5 milliards de dollars:

- 300 euros par an pour un véhicule utilitaire
- 100 euros pour un véhicule personnel
- 30 euros par deux-roues

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Outre les propositions les plus sérieuses, vous avez été nombreux à nous souffler des recommandations farfelues, parfois drôles, souvent hilarantes. Il aurait été dommage de ne pas en garder un florilège:

- Sur le blog Warrant Marrant («l'économie est une comédie dramatique»), propose un remède en vidéo: façonner la «dream team des traders».

- Faire s'accoupler Tony Musulin & Bernard Madoff, cloner en grande quantité la progéniture et la repartir un peu partout sur le globe (de préférence non-loin d'une bourse ou d'un fourgon) (Kevin Desbonnes, sur Facebook)
- Supprimer le statut de docker, les haras nationaux, des cours de musique au collège, des orchestres philarmoniques et de l'Académie française («qui coûte trop cher en frais d'obsèques») (le bien-nommé jcroispas, dans les commentaires)
- Emprunter à la Grèce (étant donné le nombre d'occurences, il s'agit visiblement d'un running gag)

Photo: Des euros grecs / REUTERS, Yiorgos Karahalis

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