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Pour le pape François, l'Église de demain sera synodale ou ne sera pas

Temps de lecture : 4 min

Les instances qui se réuniront fin 2023 sous l'impulsion du pape François pourraient mener à une refonte des pratiques de l'Église, visant à les rééquilibrer.

Le pape François salué par un cardinal à l'occasion de l'ouverture du Synode des évêques, le 9 octobre 2021 au Vatican. | ho / Vatican Media / AFP
Le pape François salué par un cardinal à l'occasion de l'ouverture du Synode des évêques, le 9 octobre 2021 au Vatican. | ho / Vatican Media / AFP

Ce samedi 9 octobre, le pape François a lancé le synode des évêques ayant pour thème «Pour une Église synodale: communion, participation et mission». Le synode est une instance ecclésiale, née dans la foulée du Concile Vatican II (1962-1965), où siègent des représentants des épiscopats de tous les pays, des clercs, des théologiens, des laïcs, autour d'un thème défini. Il peut être ordinaire ou extraordinaire (comme le synode sur l'Amazonie de 2019, qui réunissait des évêques locaux). Des observateurs des autres Églises et communautés ecclésiales y sont également invités.

Ce qu'on peut qualifier de synode sur la synodalité aura lieu en octobre 2023. Il a été voulu par le pape argentin, lequel souhaite réfléchir aux structures de l'Église, équilibrer son fonctionnement en faisant davantage de place aux laïcs, «décentraliser la gouvernance».

L'organisation de ce synode est sans précédent, puisque deux années durant, tous les baptisés pourront participer à différentes échelles (paroissiale, continentale, romaine). Un questionnaire établi par le Secrétariat général du synode sera diffusé dans les paroisses, ainsi qu'en ligne. Selon nos informations, chaque baptisé pourra donc répondre directement aux questions posées sans passer par une paroisse ou un mouvement.

Les conférences épiscopales, après avoir recueilli les propositions émanant de la base, enverront une synthèse globale à Rome. Puis,le Secrétariat général du synode proposera aux conférences épiscopales continentales un document nourri de ces synthèses. Pour l'Europe, il s'agira de la Commission des épiscopats de la communauté européenne (COMECE). Enfin, les conférences continentales transmettront de nouvelles synthèses qui serviront de bases de discussion au synode réuni en octobre 2023.

Une refonte profonde

S'il ne s'agit pas d'une révolution, c'est un vrai changement dans la pratique de l'Église. Le pape François croit en une Église collégiale, qui ne soit pas uniforme mais pluriforme, reflétant la diversité culturelle des catholiques. Ce qu'il appelle au n°190 de son encyclique Fratelli tutti le «polyèdre où tout le monde trouve une place».

Une Église synodale est une Église décléricalisée, où le clergé n'est pas au centre mais au service des chrétiens.

Déjà en 2015, pour le cinquantième anniversaire de l'institution synodale, il avait déclaré que «le chemin de la synodalité est justement celui que Dieu attend de l'Église pour le troisième millénaire». En clair, il s'agit pour l'Église de passer de la verticalité à l'horizontalité, d'une Église cléricale à une Église de baptisés qui fait de la place aux débats.

François attend beaucoup de ce «moment ecclésial» qui n'est ni «un parlement», ni «une enquête d'opinion», mais un chemin guidé par l'Esprit saint. Le lendemain de l'ouverture du processus synodal, dans son homélie, il a proposé trois verbes qui doivent guider les travaux des pères et théologiens synodaux: «Rencontrer, écouter, discerner». Trois verbes qui doivent permettre d'en finir avec les «modèles pastoraux répétitifs». L'Église est donc mise au défi de se montrer créative.

Tout pour plaire

Pour François, une Église synodale a, pour ainsi dire, tout pour plaire. Plus de synodalité, c'est moins de cléricalisme, cette plaie cause de tous les maux de l'Église, à en croire sa Lettre au Peuple de Dieu. L'Église souffre en effet d'un entre-soi ecclésiastique où les laïcs sont quasiment inexistants, ce qui favorise les violences. Le rapport de la Commission Sauvé l'a bien montré. Une Église synodale est une Église décléricalisée, où le clergé n'est pas au centre mais au service des chrétiens.

Par ailleurs, plus de synodalité, c'est moins de rigidité, particulièrement en matière de dogmes et de pratiques pastorales. Cette rigidité maintient l'Église dans un immobilisme mortifère. François, dès l'abord de son pontificat, a dénoncé dans son exhortation apostolique La joie de l'Evangile la tentation du «on a toujours fait ainsi» (n° 33), laquelle freine le renouveau ecclésial qu'il appelle de ses vœux. Là encore, cette rigidité ecclésiale fut pointée du doigt par le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase) comme un facteur de violences.

Plus de synodalité permet aussi de contrer le centralisme romain en donnant davantage de pouvoir aux conférences nationales et continentales. Actuellement, cela n'existe pas: la relation entre Rome et l'évêque d'un diocèse est directe. Si un évêque a tout pouvoir ou presque dans son diocèse, la conférence épiscopale n'en a pour ainsi dire aucun. Or, la gestion de l'Église universelle (environ 1,3 milliard de catholiques à travers le monde en 2020) par quelques milliers de fonctionnaires de Curie n'est plus viable d'autant que François a décidé de ne pas remplacer les départs à la retraite.

Ce fonctionnement, obsolète car reposant sur des fondations datant du Moyen Âge, ne permet plus à l'Église d'accomplir sa tâche première: l'annonce de l'Évangile, ce que les chrétiens appellent la mission.

Solution miracle

Dans son discours d'ouverture, le pape argentin encourage le synode à «transformer certaines visions verticales, déformées et partielles de l'Église, du ministère presbytéral, du rôle des laïcs, des responsabilités ecclésiales, des rôles de gouvernement, et ainsi de suite». Il attend donc de ce synode une rénovation du sol au plafond.

François est convaincu que l'organisation ecclésiale est défaillante. Du reste, il sait qu'une partie des violences dans l'Église est due à son fonctionnement. Il voit donc dans la synodalité un remède à ce fléau qui ébranle l'Église dans ses fondations et son essence.

En outre, un fonctionnement plus collégial de l'Église favoriserait dialogue et rapprochement avec les Églises orthodoxes et protestantes, régies autrement que le catholicisme romain, où les baptisés non-popes et non-pasteurs ne sont pas condamnés à faire de la figuration. L'ampleur de la tâche est si grande que deux années ne seront pas de trop pour que l'Église devienne «une Église de proximité». Les premières synthèses des paroisses puis des conférences épiscopales indiqueront si la synodalité chère à François est possible dans l'Église catholique ou si elle n'est qu'un pieux rêve.

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