Société

Avez-vous déjà pensé au consentement des chiens que vous caressez dans la rue?

Temps de lecture : 5 min

Petit guide des bonnes pratiques pour que la rencontre reste un moment agréable pour tout le monde, humains comme canidés.

Aller le caresser: tentant, n'est-ce pas? Et pourtant... | Alina Belogolova via Unsplash
Aller le caresser: tentant, n'est-ce pas? Et pourtant... | Alina Belogolova via Unsplash

Parmi les petits plaisirs offerts par le quotidien, croiser un chien sur le chemin du travail ou des courses égaie n'importe quelle journée (il paraît que nous autres millennials sommes particulièrement atteints de cette passion). Apprécier son regard pétillant ou concentré, sa démarche joyeuse ou élégante, sa silhouette unique en fonction de sa race –de l'athlétique Braque de Weimar au vieux Yorkshire au pelage un peu défraîchi– et pourquoi pas, faire connaissance au passage. C'est là que les choses se compliquent, autant pour le chien en question que les humains inclus dans cette interaction.

Peut-on vraiment caresser le chien d'une personne inconnue dans la rue? Comment s'y prendre pour que tout se passe au mieux pour tout le monde? Qu'en est-il pour des enfants? Petit guide des bonnes pratiques pour que la rencontre reste un bon moment.

Un chien n'est pas un jouet

Tout d'abord, une règle indiscutable pour toutes les interactions, qu'il s'agisse d'humains ou d'animaux: le consentement. Le chien est un être sensible désireux de vivre une existence satisfaisant ses besoins, dont celui de tranquillité. Vous aimeriez être sollicité tous les deux mètres dès que vous avez mis un pied dehors?[1] Lui non plus.

Cela vaut également pour les personnes accompagnant leur chien dans la rue. Certaines développent même des stratégies afin de gagner en calme pour elles et leur chien. C'est ce que raconte Anne-Laure, propriétaire de Miyu, une «belle peluche» de race Akita Inu. «Je me promène en toute fin de soirée, quand il y a le moins de monde possible. J'adore également me promener sous la pluie, les gens ont moins envie de s'arrêter pour discuter et solliciter ma chienne.»

Mais leur balade du matin est trop souvent dérangée par des comportements intrusifs, d'autant plus que Miyu est, comme tout chien primitif, sensible et craintive face aux personnes ne faisant pas partie de son entourage. «Elle ne tolère pas les caresses sur la tête de la part d'un inconnu, les regards insistants, les personnes qui sifflent pour attirer son attention, celles qui lui parlent, les enfants et les personnes âgées à cause de leur démarche imprévisible.» Cela arrive hélas régulièrement, d'autant plus que Miyu attire beaucoup l'attention.

Un Akita Inu, belle peluche qu'il ne faut pas traiter comme telle. | Ivan Radic via Flickr

Dans ce cas, elle a une réaction de refus extrêmement claire pour mettre fin à une interaction non sollicitée qui l'angoisse: elle se dégage d'un geste brusque, toise la personne et aboie pour la faire fuir. Et ce n'est pas toujours bien compris, ou plutôt accepté, par la personne en question, qui se vexe («elle me dit que mon chien est agressif»), se moque de la situation ou même l'aggrave («certains enfants imitent son aboiement, ce qui la fait aboyer encore plus»).

Le consentement du chien est nié, comme s'il était un jouet à disposition de toute personne le croisant dans la rue. Chaque sortie est donc pour Miyu et Anne-Laure une source d'anxiété, car même avec un travail régulier d'éducation canine positive, ces «agressions» sont trop récurrentes pour que la chienne ait moins peur dehors.

«Le chien ne nous doit rien»

Marie Thiry, éducatrice canine et comportementaliste à Rennes, appuie sur l'absolue nécessité de respecter le consentement du chien. «Quand un chien n'a pas envie d'être caressé, il va le montrer. Il ne vient pas quand on le sollicite, il peut même détourner le regard, ou alors il vient mais souhaite peut-être juste avoir une interaction visuelle ou orale. Ce n'est pas parce qu'un chien nous approche qu'il veut être touché, il n'a pas forcément la capacité émotionnelle de gérer cette interaction. Il peut aussi bâiller pour signifier son malaise, ou sourire et plisser les yeux, comme cette célèbre vidéo de Shiba Inu japonais. Ça semble mignon mais en vrai, il exprime très poliment son inconfort.»

Cet ensemble de signaux, appelé «échelle de l'agression», est le fruit des travaux de Kendal Shepherd, une vétérinaire comportementaliste britannique et autrice spécialiste de l'agression canine. Après des décennies à envisager le chien comme devant être soumis aux ordres des humains, ses besoins –en tant qu'individu et selon sa race– sont enfin pris en compte pour vivre harmonieusement ensemble. «Le chien ne nous doit rien.» À nous de faire l'effort d'observer les signaux communiqués par les chiens et d'adapter notre comportement en fonction d'eux.

«Il ne faut jamais, jamais caresser un chien sur la tête, surtout quand on ne le connaît pas.» Marie Thiry rappelle ce fondamental de l'interaction avec un chien, même si c'est un geste tentant. «C'est un geste agressif et inconfortable pour lui, comparable pour nous à un câlin non sollicité dans la rue.» Réservons ces gratouilles au chien qui partage notre vie, avec beaucoup de douceur et s'il est d'accord pour les recevoir.

Autre habitude à oublier, celle de se pencher sur le chien pour lui parler, car c'est une attitude perçue comme menaçante pour votre interlocuteur canin. «On peut remarquer que les hommes se font davantage mordre que les femmes à cause de ça, ce qui est aussi souligné dans les statistiques de l'AnsesIl faut plutôt s'accroupir pour se mettre à sa hauteur sans l'intimider.

La bonne attitude

Quant à la question des enfants, ils ne doivent jamais être laissés sans surveillance avec un chien, et un grand soin est à apporter dans leur éducation pour adopter un comportement adéquat. Un travail de longue haleine, que décrit Marie Thiry lors d'un échange par téléphone, y compris chez elle pour ses propres enfants. «Ils ne touchent pas les autres chiens car je leur ai expliqué qu'il ne fallait pas, mais ils le font encore avec mes chiens parce qu'ils sont “trop les meilleurs” pour eux.» Or même le meilleur chien avec qui l'on vit depuis ses premiers pas peut un jour montrer les crocs s'il ne supporte pas d'être dérangé dans son panier ou avoir sa tête malaxée par une petite main curieuse.

La bonne attitude face à un chien rencontré dans la rue est donc celle qui sera la moins envahissante envers lui. D'abord on le regarde, ce qui lui offre une interaction visuelle et nous permet d'évaluer son attitude (est-il indifférent, sur la défensive, curieux ou carrément enjoué?), on lui dit bonjour, on peut même le complimenter («ils adorent ça, tout comme le baby talk», dit Marie Thiry). Si le chien semble demandeur et réceptif à une interaction physique, on demande l'accord à son propriétaire (ce que beaucoup de personnes ne font pas, comme en témoignage Anne-Laure), on s'accroupit et on présente gentiment une main au chien, puis on peut lui caresser les bajoues. «Il ne faut pas que l'interaction dure trop longtemps, note Marie Thiry. Ça reste un contact de politesse.»

Pour les propriétaires, sachez qu'il existe des harnais et des dossards pour chiens avec des mentions comme «ne me touchez pas». Très populaires aux États-Unis, ils rentrent petit à petit dans les usages en France, pour devancer les sollicitations pénibles. En somme, ne vous comportez pas comme un relou de rue ou la tata qui exige son bisou à chaque repas de famille, et appréciez simplement la compagnie de ce charmant Spitz se promenant dans votre rue.

1 — La majorité des femmes peuvent hélas facilement répondre à cette question. Retourner à l'article

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