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«La Division», une fiction historique et familiale autour de la collaboration

Temps de lecture : 2 min

Écrit par Emmanuel Suarez, ce podcast en cinq épisodes produit par France Culture explore une face sombre de la Seconde Guerre mondiale: la participation volontaire de soldats français partis se battre aux côtés des nazis dans la division Charlemagne.

Des soldats de la Légion des volontaires français (LVF, 638 - Régiment d'infanterie) en novembre 1941. | Archives générales d'Allemagne via Wikimedia Commons
Des soldats de la Légion des volontaires français (LVF, 638 - Régiment d'infanterie) en novembre 1941. | Archives générales d'Allemagne via Wikimedia Commons

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Trois hommes et une femme se disputent, un coup de feu part, un mystérieux personnage fait son apparition et… l'action est interrompue par un narrateur qui impose un retour en arrière, car «il est malpoli de commencer une histoire par la fin».

Un film noir des années 1950? Non, une fiction sonore produite par France Culture et signée Emmanuel Suarez. Dans La Division, l'auteur du très remarqué L'incroyable expédition de Corentin Tréguier au Congo nous plonge dans une fiction historique et familiale autour de la collaboration française pendant la Seconde Guerre mondiale.

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Sur les traces de la division Charlemagne

Nous sommes à l'été 1995. Le mur de Berlin est tombé depuis quelques années et la guerre remonte à un demi-siècle. Claire Praslin, historienne, est l'invitée d'une émission de radio pour évoquer son sujet de recherche: la division Charlemagne, bataillon de l'armée nazie composé de Français volontaires, des collabos prêts à prendre les armes pour défendre le IIIe Reich. Elle devait interroger deux anciens membres de cette division qui avaient accepté de lui parler, mais le hasard a voulu que les deux hommes décèdent à quelques mois d'intervalle, avant que Claire Praslin n'ait pu récolter leurs témoignages.

Un hasard? L'historienne le croit, mais le mystérieux narrateur affirme que non: la mort de ces deux hommes n'est pas fortuite. «Je suis né le 13 décembre 1995. J'étais donc aux premières loges pendant ces quelques mois. Je serai votre narrateur in utero», dit Thomas, l'enfant de Claire dont elle ignore jusqu'à l'existence à ce moment de l'histoire.

Heureusement, un autre personnage fait son entrée dans la vie de l'historienne pour la guider sur les traces d'un survivant (ou deux) de la division Charlemagne: Thérèse Demongeot, paysanne du Morvan qui va pousser Claire Praslin à partir à la quête de son frère, Bertrand, disparu après la guerre par peur d'être fusillé pour son implication dans l'armée allemande.

À la recherche du frère disparu

Thérèse est catégorique: elle le sent, son frère jumeau est toujours vivant. Tandis qu'elle transmet à Claire Praslin les lettres de ce dernier retrouvées dans une cachette secrète de sa maison, la vieille femme lui confie la mission de le retrouver. «Vous allez sauter dans un train, me retrouver ce petit crevard que Dieu m'a donné pour frère et me le ramener par la peau des roubignoles», l'exhorte-t-elle face à l'historienne médusée.

À partir des documents de Thérèse, Claire Praslin se lance sur les traces de Bertrand Demongeot et de son ami de régiment, Philippe. Seulement voilà, cinquante ans après la guerre, des hommes politiques haut placés ont tout intérêt à ce que l'historienne ne fouille pas trop dans l'histoire du régiment français de la 33e division SS dite «Charlemagne». Et le pays tout entier préfère retenir le scénario d'une France résistante et victorieuse.

Un autre regard sur l'histoire

Du Morvan aux forêts de l'Estonie en passant par la Pologne et Paris, Claire Praslin récolte des témoignages passionnants sur la guerre et les traces qu'elle a laissées, notamment pour les femmes dont les plaies sont parfois toujours à vif. S'il s'agit bien d'une fiction aux allures de polar, La Division interroge notre mémoire collective de la guerre, tout comme l'avait fait le documentaire Le Nazi de la famille, de Raphaël Digard à propos de la même division Charlemagne.

Portée par le jeu de Claire Dumas (Claire Praslin) et Bernadette Le Saché (Thérèse Demongeot), La Division bénéficie du savoir-faire de la réalisatrice Sophie-Aude Picon et de l'écriture fine d'Emmanuel Suarez, d'ailleurs récipiendaire du Prix SACD Radio 2021. Malgré les quelques longueurs du premier épisode, cette ficition sonore diffusée à l'hiver 2020 est pleine de rebondissements et tient l'auditeur en haleine jusqu'à la fin des cinq épisodes de 28 minutes. Une réussite!

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