Santé / Société

Comment les femmes médecins ont changé la perception des règles

Temps de lecture : 2 min

Les premières femmes médecins s'emparent de la santé des femmes pour faire évoluer les représentations notamment celles des cycles menstruels.

Photo de groupe de la Fédération Médicale des Femmes, fin du XIXe siècle, Angleterre | Welcome Images via Wikimedia Commons 
Photo de groupe de la Fédération Médicale des Femmes, fin du XIXe siècle, Angleterre | Welcome Images via Wikimedia Commons 

À partir des années 1870, les femmes commencent à être admises dans certaines universités britanniques et dix ans plus tard en France. Au début du XXe siècle, il y a donc des femmes médecins et elles développent une nouvelle approche de la santé de la femme, en particulier, de la manière dont elles devraient vivre pendant leurs règles.

Jane McChrystal, historienne britannique, dresse un portrait de cette évolution des mentalités scientifiques dans le magazine History Today, car en 1878, on peut lire dans le British Medical Journal qu’une femme qui a ses règles est capable de faire pourrir de la viande de porc par le toucher. Surtout, explique l’historienne, la médecine semble obsédée par l’idée que les femmes devraient se reposer à tout prix pendant leurs règles. En tête de fil de cette pensée: Henry Maudsley, le fondateur de l'hôpital psychiatrique au sud de Londres.

«Il est tout à fait évident que les plus ferventes défenseuses de l’accès à une plus haute éducation et à un meilleur statut social des femmes dans la société ne se sont pas penchées sur la nature de leur organisme et les contraintes de leurs fonctions spéciales sur leur force», écrit-il dans un article intitulé Sexe et Esprit dans l’éducation publié en 1874. Comprenez: les femmes sont trop faibles pendant leurs règles pour faire quoi que ce soit. Pour lui, les cycles menstruels de l’adolescence empêchent les filles d’entreprendre des études supérieures car elles ne sont pas assez solides. Une fois passé cet âge qu’il juge «problématique», les femmes seraient incapables de rattraper leur retard auprès de leurs camarades masculins car leurs efforts seraient interrompus par une période de repos mensuel. Pour lui, les femmes actives pendant leurs règles s’exposent à devenir dérangées, épileptiques ou aménorrhées.

En parallèle, un autre courant de pensée prend la voie opposée puisqu'en 1874, un article publié dans un journal scientifique américain conclut que les règles ne sont pas une maladie invalidante et que les femmes peuvent maintenir un travail intellectuel ou manuel pendant ces périodes.

La première femme médecin anglaise, Elizabeth Garett Anderson, réfute aussi les arguments de Maudsley. Elle explique que n’importe quelle femme a, un jour, ignoré ses symptomes pour pouvoir survivre au monde extérieur, que les femmes qui travaillent dans des usines n'ont pas ce luxe du repos et s'en sortent tout à fait.

De 1876 à 1923, plusieurs articles scientifiques commis par des femmes sont venus soutenir les arguments de la première médecin britannique. Mary Putnam Jacobi reçoit un prix en 1976 pour son essai sur les menstruations. Elle y restitue les conclusions d'une large étude menée aux États-Unis qui montre que la force musculaire des femmes avant et après leurs règles reste la même. En 1914, Leta Hollingworth produit un étude sur l'évolution des capacités mentales pendant le cycle menstruel. Elle enregistre les performances cognitives, perceptives et motrices quotidiennes d'hommes et femmes pendant trois mois. Elle n'observe pas de perte de performance chez les femmes au moment de leurs règles.

Autre femme médecin, Clelia Duel Mosher réalise plusieurs études sur les règles. Elle estime que les hommes médecins ont tendance à pathologiser le cycle menstruel féminin. Elle affirme que les règles n'ont pas à être douloureuses dans la plupart des cas et fait le lien avec un état de santé général détérioré. Elle invente même des exercices de respiration pour soulager les femmes et propose de renoncer au corset trop serré sur le ventre.

En 1930, la fédération médicale des femmes britannique publie les résultats d’une étude réalisée sur 6.000 filles qui montre que jouer pendant leurs règles ne pose aucun problème de santé particulier. L’étude souligne aussi que les écoles doivent se doter de moyens d’accueillir les jeunes filles pendant leurs règles: protections d’urgence, poubelles. Des recommandations relativement appliquées aujourd'hui.

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