Santé / Société

Covid-19: faut-il profiter de l'accalmie pour alléger les mesures sanitaires?

Temps de lecture : 6 min

En ce début d'automne, le rebond post-rentrée scolaire que nous avons tant redouté n'a pas encore eu lieu. Il est peut-être temps d'en profiter pour relâcher la pression.

N'avons-nous pas tous besoin de recharger les batteries? | webentwicklerin via Pixabay
N'avons-nous pas tous besoin de recharger les batteries? | webentwicklerin via Pixabay

Les indicateurs sont, au début du mois d'octobre, très clairement au vert en France avec un taux d'incidence national à la baisse, (de plus en plus proche de 50 cas pour 100.000 habitants sur sept jours) et un taux de reproduction qui reste inférieur à 0,9 depuis plus de cinq semaines, des hôpitaux en décrue aussi. Sans aucun doute, la vaccination aura eu un effet très positif sur cette rentrée, tout comme les différentes mesures sanitaires mises en place, notamment l'usage étendu du pass sanitaire dès le mois d'août et le port du masque en intérieur –peut-être aussi un temps très clément, qui a permis de maintenir un certain nombre d'activités en extérieur, limitant ainsi les contaminations par aérosols.

Alors que, d'une part, le pass sanitaire se met en place pour les 12-17 ans et, que d'autre part, dans certaines régions, le masque ne sera bientôt plus obligatoire dans les écoles primaires, peut-on imaginer relâcher la pression sur d'autres mesures sanitaires?

C'est une question qui, à certains égards, divise les spécialistes, quoique nous restons pour la plupart unis pour dire que la conjonction des mesures sanitaires en place et de la vaccination reste un frein efficace contre la circulation du Covid et, probablement, contre le risque d'une reprise épidémique. Voyons quels sont les arguments pour ou contre une levée (pensée comme temporaire et ajustable) de certaines mesures anti-Covid.

La métaphore du parapluie

Commençons par ce qui pourrait nous amener à penser qu'il est temps de remiser au placard, du moins temporairement, pass sanitaire et port du masque. Le pass sanitaire, quoique peu contraignant au quotidien pour le grand public, demeure une mesure qui ne saurait être considérée comme «normale». Il n'est en effet pas du domaine de la normalité démocratique de devoir présenter un laissez-passer pour aller au café ou au cinéma… Cette mesure doit rester une mesure d'exception et être limitée aux seuls moments où elle est vraiment nécessaire. On peut, à ce jour, légitimement poser la question de sa nécessité au vu des indicateurs sanitaires et de la très faible circulation du virus dans certains départements de métropole et d'Outre-mer.

Mettons que le pass soit un parapluie. Aujourd'hui, il ne pleut plus et le ciel n'est pas vraiment menaçant sur plusieurs régions françaises et d'Europe. Bien sûr, si une giboulée devait nous surprendre, nous serons bien contents d'avoir été prévoyants –mettre un parapluie dans son sac n'a jamais mouillé personne. Mais, s'il ne pleut pas, nous nous serons encombrés pour rien. Concernant le port du masque, on peut aussi imaginer s'en passer lorsque la circulation du virus est très faible.

Si le risque n'est pas totalement nul, il reste très limité, et la réduction de risques espérée par l'usage du masque dans ces cas devient quasi nulle, car le risque lui-même de rencontrer un virus est très faible. Va-t-on devoir garder ce masque encore des années parce que le risque ne sera peut-être jamais plus complètement nul, mais quand même presque insignifiant?

Vous êtes sans doute surpris de nous voir écrire cela, nous qui avons été taxés d'alarmistes, de cassandre, voire même d'enfermistes à l'heure où la tempête grondait. Le fait est que nous continuons à redouter l'émergence d'une énième vague à l'automne qui nécessitera peut-être de nouvelles restrictions. Pire, si vous sondiez nos âmes, vous constateriez que nous envisageons toujours l'éventualité de scénarios catastrophe, sans pouvoir ni les prédire ni seulement y attacher la moindre probabilité.

Une période charnière

Mais n'avons-nous pas tous et toutes besoin de souffler un peu lorsque le temps se calme, de reprendre nos forces afin de conserver la belle résilience dont nous avons su faire preuve au cours des derniers mois? Alors, le pendant de ce relâchement de la population serait, du côté des autorités sanitaires, une extrême vigilance face aux indicateurs épidémiques et une grande agilité à remettre en place des mesures sanitaires, même impopulaires, aussitôt que la situation se détériore, si bien sûr elle devait se détériorer.

Elles devront alors faire preuve de pédagogie et de transparence pour expliciter les conditions de levée et de réinstauration des mesures, guidées par des indicateurs sanitaires mesurables et partagés. On pourrait alors dessiner les bases d'une nouvelle doctrine fondée sur une démarche de réduction des risques et par une réactivité aussi prompte à lever qu'à réinstaurer les mesures dès lors que des indicateurs, précautionneusement définis, passeraient du vert à l'orange et vice-versa.

Nous entrons dans une période électorale où le moindre faux pas de l'exécutif pourrait être sanctionné par l'opinion publique.

Les mois écoulés nous ont montré que l'agilité n'était pas le fort des autorités sanitaires françaises, mais aussi de bon nombre de pays européens. Il y a des exceptions, nous parlerons du Danemark un peu plus loin. C'est d'autant plus vrai que nous entrons dans une période électorale en France où le moindre faux pas de l'exécutif pourrait être sanctionné par l'opinion publique et amener du coup les décideurs à brider leurs initiatives prédites comme impopulaires.

L'autre aspect qui doit nous inciter à la plus grande prudence est la période charnière que représente l'arrivée de l'automne, tant en termes de températures et d'humidité que de comportements associés plus souvent à l'intérieur pour un virus dont on sait aujourd'hui qu'il se diffuse particulièrement par aérosols en lieux clos, bondés et mal ventilés. Dès lors, on peut quand même comprendre, sinon approuver, l'attentisme des autorités qui semblent observer d'abord l'évolution des indicateurs pendant les premières semaines de cette période plus froide avant d'aviser, au risque de rater l'opportunité que représenterait une brève accalmie propice à libérer un peu la population.

Réactivité, agilité

Les autorités européennes bénéficient de l'expérience intéressante du Danemark qui pourrait faire école. En effet, ce pays de l'Union européenne de 5,8 millions d'habitants (de la taille de la Nouvelle-Aquitaine, de l'Occitanie, des Hauts-de-France ou du Grand-Est) est très développé, plus densément peuplé que la France, très connecté avec le reste de l'Europe. Il enregistre une mortalité cumulée par Covid de 46 décès pour 100.000 habitants (contre 174 en France). Nous pensons que cette performance sanitaire impose un certain respect et mérite au moins que l'on regarde d'un peu plus près sa façon d'agir et de réagir dans cette pandémie.

La réactivité est le maître-mot de sa politique. Il n'a pas de martingale évidemment, et recourt aux mêmes méthodes et mêmes moyens que tous. Mais il fut le premier en Europe à confiner sa population après l'Italie en 2020, sans attendre que son système de santé soit saturé pour agir. Il fut aussi le premier à instaurer le Coronapass, équivalent du pass sanitaire français, dès avril 2021… et le premier à l'enlever le 10 septembre 2021.

Grâce à son agilité, il évite plutôt mieux que ses voisins la saturation de ses hôpitaux et il sauve davantage de vie. Certes, la Norvège et la Finlande sont encore plus performants que le Danemark dans cette pandémie, mais ce sont des pays plus éloignés des grandes routes de l'Europe de l'Ouest, moins densément peuplés aussi. Après la pause estivale, les Danois auront pu profiter d'une vie sans pass et sans masque pendant au moins trois semaines, le temps de recharger leurs batteries.

Débrayer rapidement

Tout cela ne durera peut-être pas très longtemps encore, car les autorités ont prévenu qu'aux premiers signes de rebond, elles réinstaureraient pass et masques, et le rebond ne semble pas très loin désormais, mais n'est-ce pas toujours cela de gagné? Si l'on devait s'installer dans une longue période d'incertitude, faite d'une évolution imprévisible de la pandémie, ne faudrait-il pas se mettre en capacité de rapidement pouvoir débrayer et libérer la population des contraintes sanitaires, dès que l'accalmie le permet sans excès de risque, quitte à reprendre les habitudes désormais acquises, dès les premiers signaux d'une détérioration toujours possible?

Si l'on était capable de mieux prédire ces phénomènes, par exemple d'expliquer qu'il suffit d'être patients trois ou quatre mois, que l'usage étendu du pass et du port du masque nous délivrerait alors de cette foutue pandémie, on accepterait certainement très volontiers ces contraintes supplémentaires.

Mais lorsque l'on ne sait seulement pas si, dans un mois, nous ferons face à nouveau à un mur épidémique terrifiant, ou au contraire une succession de vaguelettes, voire à rien de tout cela, lorsque l'on n'est pas capable de prédire à un ou deux mois entre le beau temps et la tempête, lorsque chacun des scénarios semble équiprobable, alors n'est-il pas plus judicieux d'être modestement flexibles, agiles, prompts à bondir pour remettre son masque comme on ressort son parapluie aux premières gouttes, mais aussi rapides à le remiser par-devers soi pour enfin profiter de l'éclaircie?

Merci à Mahmoud Zureik pour les discussions en amont de ce papier.


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