Médias / Culture

«Squid Game» met mal à l'aise, et c'est ce qui fait son succès

Temps de lecture : 5 min

Il serait dommage de passer à côté de la série la plus regardée sur Netflix en ce moment.

Rapidement, les participants se rendent compte que l'issue du jeu «Un, deux, trois, soleil» n'est pas une simple élimination, mais la mort par balle. | Capture d'écran FilmsActu via YouTube
Rapidement, les participants se rendent compte que l'issue du jeu «Un, deux, trois, soleil» n'est pas une simple élimination, mais la mort par balle. | Capture d'écran FilmsActu via YouTube

Attention, cet article contient des spoilers sur la série Squid Game.

Durant la première demi-heure de Squid Game –la dernière série à succès de Netflix– nous faisons la connaissance de Seong Gi-hun (Lee Jung-jae), un homme d'âge moyen, joueur invétéré, qui perd tellement qu'il finit par voler sa propre mère et offre à sa fille un briquet en forme de pistolet pour son anniversaire, parce que c'est la seule chose qu'il a réussi à attraper à la machine à pince dans laquelle ont disparu ses dernières pièces.

Après avoir rencontré un recruteur bien habillé dans une gare, Gi-hun accepte l'opportunité qu'il lui offre de gagner de l'argent. Il monte dans une camionnette, où il est endormi par du gaz, et se réveille dans un dortoir avec plus de 400 autres personnes. Une voix provenant d'un haut-parleur leur explique qu'ils devront se battre pour remporter une grosse somme d'argent (somme qu'ils ne connaissent pas encore, mais il s'avère que la cagnotte est de 45,6 milliards de wons sud-coréens, soit environ 33 millions d'euros) en jouant à des jeux d'enfants.

Bain de sang

C'est là que commence le bain de sang. L'ensemble des participants est regroupé dans une autre immense salle, peinte de manière incongrue dans des couleurs vives, comme dans une cour d'école maternelle, pour jouer à «Un, deux, trois, soleil». Rapidement, ils se rendent compte que le prix pour avoir bougé après que l'effrayant robot à couettes qui dirige le jeu a crié «Soleil» n'est pas une simple élimination, mais la mort par balle. La partie n'est pas terminée que près de la moitié des participants ont déjà été assassinés.

Si vous ne souhaitez pas voir des personnages se faire tirer dessus à bout portant (ou poignarder, projeter dans le vide, etc.), ce n'est clairement pas une série pour vous. Durant les neuf épisodes, les spectateurs assistent littéralement à des centaines de morts de ce genre, avec, en prime, une scène de dissection, si vous aimez vraiment voir des tripes. Par ailleurs, presque tous les protagonistes ont peur, tout le temps: les acteurs sont constamment en train d'angoisser, de pleurer, de trembler et de subir diverses menaces, toujours extrêmes.

Libre arbitre

Mais si vous pouvez supporter tout ça, vous devriez regarder cette série. Comme vous l'aurez compris, Squid Game, réalisé par Hwang Dong-hyeok, est une nouveauté qui s'inscrit dans le genre Deadly Game (jeu mortel). La série n'est pas sans rappeler le film Cube (1997), en cela que les joueurs portent des tenues qui leur retirent leur individualité, qu'ils sont enfermés dans un environnement qui semble avoir été généré par ordinateur et qu'ils tentent de résoudre des énigmes avant d'être assassinés de manière atroce. Cependant, dans Squid Game, le personnel qui encadre le jeu est visible, et il y a beaucoup plus de participants.

La série ressemble aussi à Battle Royale (2000), bien que les concurrents soient des adultes et non des adolescents, et à Hunger Games, même si la société que prend pour cadre Squid Game n'est pas une dystopie fictive comme le Panem de Suzanne Collins, mais simplement la Corée du Sud d'aujourd'hui. Enfin, Squid Game évoque également le film Gamer (2009), même si, ici, les joueurs ne sont pas contrôlés, de loin, par des gens riches qui veulent se donner des frissons sans prendre de risques, mais simplement observés, de près, par des gens riches qui veulent se donner des frissons sans prendre de risques.

Pourtant, Squid Game est différent des autres productions du même genre sur un point essentiel, et c'est cet élément qui donne à la série sa puissance émotionnelle. Les participants doivent décider s'ils veulent faire partie ou non du jeu. Après le massacre qui ouvre la série, les concurrents profitent d'une clause du contrat qu'ils ont signé et votent, à la majorité simple, de mettre fin au jeu et de rentrer chez eux, sans que personne ne reçoive la récompense. S'ils restent un peu chez eux, ils finissent tous par remonter dans la camionnette, se soumettant volontairement au gaz anesthésiant, pour retourner tenter de remporter le gros lot.

Ils sont tout simplement trop désespérés –qu'ils soient endettés comme Gi-hun; réfugiés comme Kang Sae-byeok (Jung Ho-yeon, qui a une présence envoûtante à l'écran, et est adulée par les fans), dissidente qui a besoin d'argent pour faire venir sa famille de Corée du Nord; immigrés sans papiers, comme Abdul Ali (Anupam Tripathi), un père pakistanais au grand cœur qui se fait voler son salaire par son employeur. Ils préfèrent gagner gros, quitte à voir plein de gens mourir, voire mourir eux-mêmes, que dépérir lentement dans le monde réel, en essayant de réaliser quelque chose qui leur semble impossible.

Ce ne sont pas tous des gens «bien». Le principal «méchant» parmi les participants, Jang Deok-su (Heo Sung-tae), est un gangster qui est endetté auprès d'autres gangsters. D'une méchanceté presque comique, Deok-su n'hésite pas à assassiner purement et simplement d'autres concurrents lorsqu'il comprend que chaque mort le rapproche du gros lot et que les surveillants ne feront rien s'il tue en dehors du cadre des jeux. Il existe un autre «méchant» dont je ne divulguerai pas l'identité, qui fait quelque chose d'inexcusable à un autre joueur et cela vous brisera le cœur. Mais c'est le sort des personnages les plus sympathiques du groupe qui est au cœur de l'intrigue.

Un combat sans merci

Le pire est que l'on se prend au jeu. Durant la scène lors de laquelle l'équipe composée de participants disparates –hommes et femmes, jeunes et vieux– tire sans relâche sur une corde dans la difficile tentative de faire tomber du haut d'une plateforme l'équipe adverse, beaucoup plus forte car composée uniquement d'hommes, je me suis réjouie à chaque pas qui les éloignait du bord, même si leur victoire allait s'accompagner de la mort de plusieurs autres personnes.

Lorsque Ji-yeong (Lee Yoo-mi), une femme qui a tué son père maltraitant et qui vient juste de sortir de prison sans un sou et sans ami, se sacrifie pour Sae-byeok, j'ai pleuré. Lorsque les concurrents arrivent à l'étape du «jeu du Calmar» (le Squid Game, qui a donné son nom à la série, un jeu d'attaque et de défense appelé ainsi en raison du dessin sur lequel jouent les enfants et qui ressemble à un calmar), je n'ai pu m'empêcher de regarder mon téléphone pour échapper à l'angoisse. C'est exactement l'effet qu'un bon match a sur les spectateurs.

Il est difficile de résister à la tentation de voir des gens se livrer à un combat sans merci, notamment lorsque les enjeux sont élevés.

Oui, je sais, il y a une certaine ironie dans le fait qu'une série qui se veut en partie une analyse morale sur les méfaits du voyeurisme soit le plus grand succès de Netflix. Il est difficile de résister à la tentation de voir des gens se livrer à un combat sans merci, notamment lorsque les enjeux sont élevés.

Mais comme on peut le voir dans la scène du salon de coiffure, au dernier épisode, au travers d'un extrait de journal qui parle de l'endettement galopant des ménages en Corée du Sud, l'autre idée importante qui sous-tend la série est le désespoir financier et ce qu'il peut pousser les gens à faire lorsqu'ils se trouvent du mauvais côté d'un mauvais système. Comme le dit à un moment Gi-hun (dont l'histoire s'avère beaucoup plus riche que je ne l'aurais pensé) sur un ton de défi: «Je ne suis pas un cheval. Je suis un être humain

Je suis impatiente de voir la saison 2, pour voir comment tout cela va évoluer.

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