Sciences / Culture

Les injonctions de la mode ont plus de 140.000 ans

Temps de lecture : 2 min

De petits coquillages découverts dans la grotte de Bizmoune, au Maroc, signent le plus ancien comportement symbolique humain.

Abdeljalil Bouzouggar, préhistorien marocain, est l'un des codirecteurs de cette nouvelle recherche. Photo prise le 26 octobre 2007 à Rabat, lors d'une précédente découverte de coquillages perforés. | Abdelhak Senna / AFP
Abdeljalil Bouzouggar, préhistorien marocain, est l'un des codirecteurs de cette nouvelle recherche. Photo prise le 26 octobre 2007 à Rabat, lors d'une précédente découverte de coquillages perforés. | Abdelhak Senna / AFP

C'est vrai qu'ils ne payent pas de mine. Mais la trentaine de coquillages façonnés découverts dans une grotte de l'ouest du Maroc par une équipe d'archéologues menée par Steven L. Kuhn, professeur d'anthropologie à l'Université de l'Arizona, en disent étonnamment long sur notre humanité.

Vieilles de 142 à 150.000 ans, ces perles constituent la plus ancienne preuve connue de communication humaine non verbale et jettent un nouvel éclairage sur l'évolution de nos capacités cognitives et de nos interactions sociales.

Si vous avez commencé votre journée en affichant votre statut social, votre profession ou tout autre aspect de votre identité par un uniforme, un badge ou le choix de tel ou tel bijou, cette découverte atteste du lien qui vous lie à vos lointains ancêtres.

Pièces à conviction

Plus précisément, les trente-deux perles sont à la base des coquilles d'escargot de mer (Tritia gibbosula) mesurant chacune un gros centimètre. Leurs trous centraux, des marques d'usure et le fait que certaines soient colorées à l'ocre rouge, un pigment naturel d'oxyde de fer retrouvé en résidus microscopiques, font dire aux scientifiques que les perles devaient être accrochées à des cordelettes ou à des vêtements.

Excavés entre 2014 et 2018, ces artefacts ressemblent à de nombreux autres trouvés sur des sites du nord et du sud de l'Afrique, mais la datation des précédentes découvertes remontait au maximum à 130.000 ans. Ces ornements sont associés à l'Atérien, une culture du paléolithique moyen connue pour ses pointes de lance pédonculées servant à chasser les gazelles, gnous, phacochères et autres rhinocéros.

Pour les anthropologues étudiant l'évolution de la cognition et de la communication humaines, ces perles sont autant de pièces à conviction. Selon Kuhn, ces coquillages sont une forme fossilisée de communication. «Nous ne savons pas ce qu'elles signifiaient, explique-t-il, mais il s'agit clairement d'objets symboliques affichés pour que d'autres personnes puissent les voir.»

En outre, les perles sont remarquables pour leur durabilité, leurs fabricants ayant voulu à l'évidence créer quelque chose de permanent. Un indice de l'importance du message qu'ils voulaient transmettre.

À bien des égards, admet Kuhn, les perles soulèvent plus de questions qu'elles n'apportent de réponses. Avec ses collègues, le scientifique cherche désormais à savoir pourquoi les Atériens ont ressenti le besoin de fabriquer ces perles au moment où ils l'ont fait. Plusieurs hypothèses sont envisagées. L'une d'entre elles est liée à l'augmentation de la population: lorsque de plus en plus de gens ont commencé à occuper l'Afrique du Nord, ils ont pu avoir besoin de moyens pour s'identifier et se différencier.

Il est également possible que les anciens Nord-Africains aient utilisé cette méthode de communication à une époque où le climat était froid et sec. Peut-être avaient-ils développé des structures d'allégeance clanique pour protéger des ressources limitées et utilisé les perles pour afficher leurs origines géographiques ou leur appartenance ethnique...

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