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Comment Poutine aurait fait empoisonner son rival politique

Temps de lecture : 3 min

Dans un podcast en cinq volets, les journalistes de l'AFP dressent le portrait du paysage politique russe d'aujourd'hui et reviennent sur les nombreuses affaires d'empoisonnement.

Le président russe Vladimir Poutine, à Volgograd, en Russie, en 2018. | Maxim Shemetov / Pool / AFP
Le président russe Vladimir Poutine, à Volgograd, en Russie, en 2018. | Maxim Shemetov / Pool / AFP

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20 août 2020. Un avion décolle au petit matin de la ville de Tomsk, direction Moscou. À son bord, Alexeï Navalny, principal opposant de Vladimir Poutine. Au bout de vingt minutes, l'homme hurle de douleur avant de tomber subitement dans le coma. Le pilote atterrit en urgence. Navalny est pris en charge et, très vite, le scénario d'un empoisonnement se dessine.

Le Kremlin aurait-il tenté d'éliminer le dissident numéro 1 du pays? Poutine serait-il en train de prendre un virage autoritaire? Dans Le poison de Poutine (ou The Poisoning en version anglaise), documentaire sonore produit par l'Agence France Presse, les journalistes Antoine Boyer, Sarah-Lou Lepers, Jonathan Brown et Andrea Palasciano explorent les difficultés auxquelles est confrontée l'opposition russe aujourd'hui.

La prison, le poison ou l'exil

Le récit de ce podcast produit en deux langues débute devant la prison de Pokrov, à une centaine de kilomètres de Moscou. C'est là qu'est détenu Alexeï Navalny depuis février 2021. Si Jonathan Brown et Andrea Palasciano n'ont pas pu le rencontrer, ils ont réussi à interroger un ancien détenu de cette prison et le récit qu'il fait de son séjour à Pokrov est assez clair: isolement social, nuits interrompues par les gardes, absence de soins… Voilà comment la Russie traite ses opposants politiques. «Le but, c'est d'effrayer les gens. Une fois qu'on connaît les conséquences, on réfléchit à deux fois avant de descendre dans la rue», commente Konstantin Kotov, l'ancien prisonnier.

S'opposer publiquement à Poutine peut donc mener en prison ou à l'assignation à résidence avec interdiction d'utiliser un téléphone portable ou internet, au mieux. Au pire, c'est l'empoisonnement ou l'exil.

Au centre du documentaire, l'empoisonnement d'Alexeï Navalny, rentré en Russie après plusieurs mois de convalescence en Allemagne. «Il n'était pas évident d'énoncer une vérité à propos de cet empoisonnement car il n'y a pas eu d'enquête en Russie», précise la journaliste Andrea Palasciano. Les sources qui se succèdent au micro de l'AFP laissent pourtant peu de doutes quant à l'origine de cet événement: le poison utilisé, le novitchok, est une «arme chimique que seuls des experts qui travaillent pour le gouvernement russe savent manipuler», selon Agnès Callamard, ancienne rapporteure de l'ONU sur l'empoisonnement.

Au fil des quatre épisodes déjà publiés du Poison de Poutine, les témoignages de journalistes, avocats ou simples opposants à Russie Unie, le parti du président russe, se succèdent pour raconter la dérive autoritaire presque assumée de Vladimir Poutine et les multiples affaires d'empoisonnement qui ont entaché sa réputation internationale depuis quelques années.

Un documentaire rigoureux

«On a vécu une année 2020/2021 très intense en Russie en termes d'actu, avec une répression d'une ampleur que l'on n'avait pas connue depuis longtemps, explique la journaliste Andrea Palasciano. Au bureau de l'AFP à Moscou, certains collègues sont là depuis les années 1980 et ça n'avait jamais été aussi systématique. Depuis le retour de Navalny en janvier après son empoisonnement, la machine de répression s'est mise en route. L'aboutissement, c'est le scrutin du week-end passé [les législatives du 17 septembre 2021, ndlr], avec aucun candidat anti-système dans la course. C'était l'occasion de décrypter ces mois historiques.»

Avec ses journalistes basés à Paris, Moscou et Berlin, son fonds d'archives sonores tentaculaire et ses milliers de dépêches qui retracent l'actualité heure par heure, l'AFP utilise ici toutes ses ressources pour raconter au mieux l'histoire de la Russie contemporaine, tout en respectant le contradictoire et la neutralité de rigueur dans cette agence de presse. Dans Le poison de Poutine, Russie Unie a voix au chapitre au même titre que l'équipe de Navalny, dont les journalistes pointent par ailleurs les contradictions et les failles pour ne pas faire de l'opposant une figure de héros face à un chef d'État autoritaire.

Sobre et équilibré, ce documentaire digne d'un film d'espionnage se verra enrichi d'un cinquième et dernier épisode dans le courant du mois d'octobre. Il questionnera l'avenir de l'opposition politique en Russie. Un avenir qui s'annonce plutôt sombre si l'on en croit les fraudes suspectées aux dernières élections législatives.

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