Culture

Faut-il demander ou deviner?

Slate.fr, mis à jour le 19.05.2010 à 16 h 53

«Dis-moi, je serai à Londres ce week-end, je peux dormir chez toi?» Pour certains, une telle question serait totalement déplacée. Et pourtant, dans la bouche de celui qui la formule, elle est on ne peut plus naturelle. A en lire une tribune du Guardian («qui va changer votre vie», selon son auteur) cette incompréhension aurait une explication: la société est divisée en deux catégories, les demandeurs et les devineurs.

Aux origines de ce questionnement existentiel, on trouve un court post publié en 2007 par un certain Andrea Donderi sur un fil de discussion du site MetaFilter:

Dans certaines familles, on grandit avec l'espoir qu'il est correct de demander n'importe quoi, tout en sachant qu'on peut très bien se voir opposer un non. C'est la culture de la demande [...] Dans la culture de la déduction, on évite de verbaliser une question sauf si l'on est sûr d'obtenir une réponse positive. C'est une culture qui dépend d'un réseau d'espoirs partagés.

Partant de ce postulat, le journaliste Oliver Burkeman estime que la rencontre entre un demandeur et un devineur ne peut mener qu'à «des désagréments». Il cite notamment l'exemple des échanges commerciaux et autres négociations commerciales. «Les entrepreneurs britanniques ou américains peuvent être décontenancés lorsqu'ils essaient de faire des affaires au Japon, parce que c'est une culture de la déduction, écrit-il. Dans l'autre sens, ils trouvent les Russes grossiers, parce que c'est une culture de la demande.»

Jonathan Chait, de The New Republic, y va aussi de sa littérature. Pour lui, «les devineurs ont tort, et les demandeurs ont raison». Mais au-delà de cet avis sentencieux, il précise sa position: «Demander, c'est justement déterminer ce que veut la personne, et la réponse qu'elle attend. La culture de la déduction est une recette de la frustration.» A l'inverse, le blogueur libertarien Julian Sanchez s'érige en défenseur de la cause déductrice. A ses yeux, ne pas formuler frontalement les questions permet de préserver une ambigüité «dans les relations où le niveau d'intimité est intermédiaire». Finalement, pourquoi ne pas laisser le mot de la fin à Kevin Drum, de Mother Jones?

J'ai appris une tradition web mineure aujourd'hui. Et maintenant que je suis de retour dans ma grotte, je n'ai plus à deviner, pas plus qu'à demander. Est-ce que je peux écrire à la place?

[Lire les articles du Guardian et de The New Republic, et le billet de blog de Julian Sanchez]

Photo de une: Question Mark and Arrow / laurakgibbs via Flickr CC License by

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